
En un peu moins de 15 ans de carrière aux États-Unis, le guitariste Israélite Gilad Hekselman s’est rapidement établi comme une figure de guitar-hero moderne auprès des cercles d’étudiants jazz universitaires. Ses improvisations au mélange habile de langage jazz moderne, mélodies pop soyeuses, idées rythmiques non-conventionnelles, forte utilisation de pédales d’effets et mélismes inspirées de la musique Israélite passionnent une horde de jeunes fans de jazz qui attendent avec impatience chacun de ses nouveaux albums et projets. J’ai donc été très intrigué de le voir sortir subitement ce nouvel album auquel je ne m’attendais pas. Trio Grande le voit s’associer à deux autres musiciens de la scène New-Yorkaise, soit le britannique Will Vinson au saxophone et claviers et le natif de Mexico Antonio Sanchez à la batterie.
Trio Grande et l’art très complexe guitare-saxophone-batterie
La formation de trio guitare-saxophone-batterie est un art très complexe, exemplifié avec prouesse depuis le légendaire trio de Bill Frisell, Joe Lovano et Paul Motian. Heureusement, Hekselman-Vinson-Sanchez n’ont pas à rougir. De plus, Gilad est reconnu pour sa maîtrise des groupes sans basse. Écoutez-le jouer en bassless trio avec Joel Ross (vibraphone), Aaron Parks (claviers) ou John Raymond (trompette).
Un environnement spacieux et riche en textures – Oberkampf et Firenze
L’absence de bassiste rend effectivement le son de l’album plutôt léger et aérien. Cependant, le trio réussi à créer un environnement sonore très spacieux et riche en textures. Écoutez la ballade aux sonorités rock/fusion années 80 Oberkampf, dans laquelle Vinson supporte la guitare langoureuse et distordue de Gilad avec des accords de piano électrique chaleureux. Ou le jazz moderne groovy Firenze, morceau dans lequel Sanchez offre une performance de batterie et percussions extrêmement colorée et versatile. Sur Firenze Gilad et Vinson interagissent, les lignes de saxophone alto post-bop dansant avec les accords de guitare légers et gracieux, le tout supporté par la pédale d’octave d’Hekselman qui ajoute beaucoup de viande à l’os. Le registre dynamique de Firenze est également très large et intéressant; ici se trouve une des qualités les plus fortes de l’album.
Le groove redoutable de Trio Grande
À défaut de ne pas avoir de basse, les trois musiciens compensent par du groove redoutable, des mélodies ver d’oreille, une utilisation exploratrice des dynamiques et des textures électroniques surprenantes. Ajoutez à cela beaucoup d’interactions (typique de l’improvisation jazz) et des boucles sur lesquelles ils construisent et enrichissent le son. Leur virtuosité et maîtrise de l’improvisation complexe ne les empêche pas du tout de créer de la musique mémorable et agréable.
Scoville (John Scofield)
Je recommande le morceau hommage à John Scofield Scoville (fortement influencé par le groupe Medeski-Scofield-Martin-Woods, excepté pour la coda carrément rock) ainsi que tout l’album! Trio Grande est un album de jazz moderne, mais vous y entendrez beaucoup de musiques de différents endroits du monde et les trois talents sauront vous surprendre encore et encore. Le son de l’album représente finalement la composition du groupe, tous les trois venant de coins complètement différents du monde. Il est indéniable que la diversité fait la force.
Antonio Sanchez : batterie / Will Vinson : saxophones et claviers / Gilad Hekselman : guitares
Northbound (Sanchez) / Elli Yeled Tov (Hekselman) / Oberkampf (Vinson) / Upside (Vinson) / Scoville (Hekselman) / Gocta (Sanchez) / Firenze (Sanchez) / Will You Let It (Hekselman)
pour la page bandcamp Trio Grande, c’est ici
Alex Muscalu : alexandre.muscalu@mail.mcgill.ca
Alex Muscalu est une guitariste actif sur la scène musicale de Montréal et du Québec, branché sur les nouvelles tendances en jazz. Tout en poursuivant ses études à l’Université McGill il souhaite nous communiquer son amour de la vie et des gens à travers la musique. Pour lire les autres chronique d’Alex, c’est ici