Tigran Hamasyan – Red Hail

Tigran Hamasyan - Red Hail

Si la critique réserve initialement un accueil plutôt mitigé au premier opus (2008) du groupe Aratta Rebirth fondé par le prodigieux pianiste Tigran Hamasyan, la récente réédition sur vinyle de Red Hail constitue une excellente occasion de faire le point, treize ans plus tard, sur cet essai explosif de fusion des genres.


Red Hail de Tigran Hamasyan – une musique nouvelle ancré dans le jazz


Pour bien saisir l’importance de Red Hail dans l’évolution du jeune pianiste, il est avant tout nécessaire d’effectuer un bref retour en arrière. Avec ses deux premiers albums acclamés par la critique, dont le sublime Word Passion (2006), Tigran Hamasyan fut propulsé au rang de véritable prophète d’une musique nouvelle, certes formellement ancré dans le jazz nord-américain, mais dont les matériaux mélodiques et rythmiques sont extraits à chaud de l’héritage traditionnel arménien. Plus qu’un simple exercice de collage, le résultat dépasse la somme de ses influences et prend vie sous les doigts virtuoses du jeune prodige.



Red Hail : racines arméniennes, riffs de guitares et progressif sur Serpentine / Moneypulated


Initialement paru en 2009, Red Hail s’inscrit dans la continuité musicale des deux précédents albums et puise encore dans les racines folkloriques arméniennes du pianiste, tout en y accolant cette fois une solide dose de sidérurgie lourde. Aux délicats écrins  mélodiques et rythmes complexes auxquels on est familier se mêlent en toute transparence de lourds riffs de guitares électriques qui étirent et enrichissent l’univers musical édifié dans les précédents albums. Affichant une pensée architecturale évidente, Tigran Hamasyan développe d’imposantes structures évoquant à la fois le côté progressif de Return to Forever dans le diptyque Serpentine / Moneypulated, et la circularité rythmique associée au djent sur la pièce titre Red Hail, le groupe suédois Meshuggah venant instantanément à l’esprit.



La voix d’Areni Agbabian et le saxophone de Ben Wendel : Shoge Jan


Entouré d’improvisateurs triés sur le volet, dont la voix souple et éthérée de la chanteuse Areni Agbabian qui brille tout particulièrement sur Shoge Jan, Tigran Hamasyan joue sur les contrastes, l’atmosphère sombre et oppressante de Corrupt laisse place à de touchantes envolées mélodiques (Love Song) ou à de solennelles relectures d’hymnes traditionnelles (Chinar Es et Amran Gisher). Toujours à point, le polyvalent saxophoniste Ben Wendel s’insère habilement dans l’univers éclectique du pianiste et donne lieu à de mémorables improvisations sur Shogan Jan et Moneypulated.



La basse de Sam Minaie, la batterie de Nate Wood, la guitare Charles Altura


Quant à la section rythmique constituée de Sam Minaie (basse) et Nate Wood (batterie), elle fait office de contrefort sur lequel se déploient en toute aisance des rythmes millimétrés, tantôt groovy et libres, tantôt cartésiens et répétitifs. À l’image du côté lourd et agressif de certains morceaux, la guitare de Charles Altura donne du volume aux riffs et apparaît souvent saturée et abrasive.


Red Hail – un maillon essentiel dans l’évolution de l’artiste


Loin de la proposition musicale écartelée entre le jazz, le rock et la world music que décrivent les critiques de l’époque, Tigran Hamasyan nous sert plutôt un bouquet garni qui augmente et raffine un univers musical à la fois dense et singulier. Bien que n’affichant pas le lyrisme et la poésie des précédents opus, Red Hail constitue tout de même un maillon essentiel dans l’évolution de l’artiste et mérite assurément qu’on s’y attarde.

Tigran Hamasyan : piano, claviers / Areni Agbadian : voix / Ben Wendel : sax soprano, tenor, basson / Sam Minaie : basse / Nate Wood : batterie / Charles Altura : guitare sur les pièces 3-7-11

Shoge Jan (Dear Shogher)* / Red Hail (of Pomegranate Seeds) / The Glass-Hearted Queen / Love Song / Falling / Sibylla / Corrupt / Part 1 : Serpentine / Part 2 : Moneypulated / Chinar Es (You Are as Tall as a Plane Tree)* / The awakening of Mher (Mithar) / Amran Gisher (Summer Night)*

Toutes les pièces sont de Tigran Hamasyan sauf avec * qui sont des pièces traditionelles arméniennes.

L’album Red Hail est sorti en 2009. Cette re-édition est en format vinyle seulement.

tigranhamasyan.com

facebook.com/TigranHamasyan


NDLR : Ceci est la première chronique d’album d’Arnaud G. Veydarier qui nous donne également le bon plan jazz de la semaine. Il remplace le musicien Alex Muscalu. Merci pour de ta contribution Alex!


Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook / twitter

Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Il est également impliqué à la Coopérative des professeurs de musique. Pour voir tout ses articles, c’est ici


Tigran Hamasyan – The Call Within (2020)


 

 

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