
Fly Moon Die Soon est le dernier album du trompettiste neo-soul Takuya Kuroda. Notre chroniqueur Alex Muscalu l’a écouté.
Fly Moon Die Soon de Takuya Kuroda
J’étais bien excité en me lançant dans ce nouvel album de Takuya Kuroda, Fly Moon Die Soon. Le trompettiste Japonais établi à New-York nous a effectivement fait attendre depuis 2016 avant d’offrir un nouvel album studio. Je me demandais s’il allait poursuivre sa création dans la même direction que l’opus de 2016, Zigzagger, qui offrait une combinaison irrésistible de rythmes dansants et de cuivres jazz-funk éclatants.
Un autre tour de force
Takuya Kuroda nous propose ici un album très semblable à Zigzagger; cependant, Fly Moon Die Soon démontre d’un effort très intéressant du trompettiste et compositeur à faire évoluer le son de sa musique. La production y est bien plus travaillée et rodée; les grooves plus diversifiés. Fly Moon Die Soon est un autre tour de force pour Kuroda.
Les lignes de basse de Fade et Change
Dès le premier morceau, Fade, on constate le retour de Corey King à la voix (en plus du trombone). Une caractéristique de cet album est la voix, qui prend un peu plus de place que sur l’opus précédent. King revient sur Change, un morceaux plus rapide et mouvementé, mais à la même connotation soul-jazz. Les lignes de basses de Rashaan Carter sont un de mes aspects préférés dans ces morceaux, et Kuroda prend un solo incroyable sur Change, sur un groove neo-soul/hip-hop. Il s’agit de l’un de mes solos de trompette préférés de Kuroda à ce jour.
Les solos de trompette de Takuya Kuroda sur Fly Moon Die Soon
Les solos de trompette sont l’un des éléments les plus forts de Fly Moon Die Soon. Takuya Kuroda me fait souvent penser à Donald Byrd (surtout dans ses albums funk des années 70) ainsi que Miles Davis dans sa période des années 80. Le son de Kuroda est balancé, “fat” et également précis dans tous les registres, et ses phrases mélodiques mélangent chromatisme bebop et intervalles blues-pantatoniques, le tout exécuté avec un groove funky – des fois hip-hop – naturel et impeccable. On peux en dire ainsi également des mélodies en unisson de trompette et trombone.
Les contrastes de Do No Why, Fly Moon Die Soon et TKBK
Les arrangements des pièces sont également très intéressants et intrigants; écoutez les différentes sections contrastantes de Do No Why, la production ambiante de Fly Moon Die Soon, ou les évolutions de textures dans TKBK. L’approche de certaines textures électroniques et la répétition hypnotique de certains passages me font penser au duo Autechre. Généralement plus électronique, les basses-synthés sur plusieurs morceaux sont un autre ajout intéressant à la musique de Takuya Kuroda. Du solo de saxophone ténor sur ABC au solo de trombone sur Moody, en passant par le jeu de Rhodes de Takeshi Ohbayashi ou les micros de batterie compressés donnant aux morceaux une texture hip-hop/sample, cet album est réellement un plaisir à écouter.
Je le recommande fortement à tous ceux qui veulent écouter d’une oreille distraite autant que d’une oreille attentive. Du jazz trip-
hop, neo-soul et afro-beat savant mais qui ne casse pas la tête, avec des solos irrésistibles, une production studio impeccable ainsi
que quelques morceaux plus jazz-pop/R’n’B: Fly Moon Die Soon saura en satisfaire plus d’un/une!
Takuya Kuroda : trompette / Takahiro Izumikawa : claviers / Takeshi Ohbayashi : claviers / Rashaan Carter : basse / Adam Jackson :
batterie
Fade / ABC / Change / Do No Why / Fly Moon Die Soon / Moody / Sweet Sticky Things / Tell Me A Bedtime Story / TKBK
https://takuyakuroda.bandcamp.com/album/fly-moon-die-soon
Alex Muscalu : alexandre.muscalu@mail.mcgill.ca
Alex Muscalu est une guitariste actif sur la scène musicale de Montréal et du Québec, branché sur les nouvelles tendances en jazz. Tout en poursuivant ses études à l’Université McGill il souhaite nous communiquer son amour de la vie et des gens à travers la musique. Pour lire les autres chronique d’Alex, c’est ici