
Le saxophoniste Yannick Rieu lancera Qui Qu’en Grogne avec le Génération Quartet au Dièse Onze les 29 et 30 avril et au Café Morin de Saint-Adèle le 7 mai. On a voulu en savoir plus sur ce nouvel opus qui nous propose huit pièces qui jonglent avec tension / détente / joie / désespoir…avec un titre plus qu’intriguant.
Yannick, dans les notes de l’album Qui Qu’en Grogne on dit que la musique est comme une courroie de transmission qui permets de faire le saut dans un autre monde. Parles-nous donc de cet autre monde…
Cet autre monde est celui de la concorde! On imaginerait mal un groupe où les musiciens joueraient les uns contre les autres…C’est malheureusement un peu ce qui se passe dans nos sociétés. Un système où la valeur des choses et du vivant se résume presqu’uniquement à la question marchande est voué à produire du tous contre tous. La musique est l’inverse de ce triste constat: les musiciens d’un orchestre participent à quelque chose qui les dépasse. Cette volonté de s’oublier soi-même pour créer cet art du temps me semble la plus belle chose au monde.
Sur Qui Qu’en Grogne tu jongles en quelque sorte avec les émotions extrêmes : tension / détente / joie / désespoir – pourrais-tu nous décrire l’émotion que chacune de pièces suscite en toi ?
Qui Qu’en Grogne – fais ce que dois, finalité
Song Sisters – sérénité
Riff Droite – mantra, puissance, détermination
Time is, Life was – douceur de vivre
Le Philosophe – profondeur, réflexion, joie de l’apprentissage, processus
Prétexte – jeu, répartie, légèreté, dialogue
Pharaon – nostalgie, histoire, souvenirs, luminosité
Porta di Cinese – contraste, insouciance, sériosité
Tu t’es retrouvé à un moment stratégique de l’album en résidence à Orford Musique – dans quel sens c’était stratégique ? sur le plan créatif ?
La résidence s’est déroulée juste avant l’enregistrement en studio de l’album. Elle arrivait donc à point nommé en nous donnant, les musiciens et moi, l’occasion de partager intensivement des moments musicaux et amicaux. Il ne faut jamais oublier que la musique est tout d’abord une aventure humaine!
Comment a été l’expérience d’Orford ?
Nous avons pu, grâce à cette résidence, travailler en collégialité sur le répertoire que j’ai proposé. Le cadre exceptionnel qu’offre Orford Musique, par sa situation unique – en pleine nature – et son infrastructure (studios de répétition, salle de spectacle, hébergement etc.) nous a permis de nous concentrer sur la musique mais aussi de nous ressourcer et renforcer les liens qui nous unissent à la nature. Un retour aux sources qui nous a fait prendre conscience de notre place dans le monde et de la responsabilité qui incombe aux musiciens et plus largement, aux artistes de proposer des pistes de solutions pour plus de fraternité, de partage, de convivialité.
Qui Qu’en Grogne sera proposé en format disque compact ainsi que vinyle en collaboration avec le label Dièse Onze. Génial on aime le vinyle! Pourquoi un vinyle et pourquoi le Dièse Onze ?
Il se glisse, dans cette volonté de produire un vinyle, un peu de nostalgie…Je me réfère à mon souvenir – ce qui trahit un peu mon âge – où je me procurais mes premiers albums avec fébrilité. C’étaient des moments uniques, particuliers. L’acquisition des disques se faisait avec beaucoup de célérité, presque comme un rituel. Le fait d’offrir ma musique sous cette forme parlera sans doute à beaucoup de mélomanes pour qui la musique ne relève pas de la consommation (mot abject!) de la culture mais bien un instant privilégié, une parenthèse dans une monde où le survol, l’incessant « zapping » du tout et rien est devenu le modus operandi de beaucoup de gens.
Depuis plus de dix ans le Dièse Onze et son propriétaire, Gary Tremblay, me permettent de présenter des projets sur une base régulière (j’y suis résident depuis plus de 10 ans). C’est donc le plus naturellement du monde que notre collaboration pour le vinyle s’est faite. Le Dièse Onze, pour moi, c’est un peu ma famille.
Avec le Génération Quartet (toi au sax, Gentiane Michaud-Gagnon au piano, Guy Boisvert à le contrebasse et Louis-Vincent Hamel à la batterie) un savoureux mix avec un pied dans la tradition jazz et l’autre dans l’innovation…parles-nous de ça un peu…
Ce projet s’inscrit dans ma volonté de favoriser, en premier lieu, le dialogue entre différentes générations de musiciens. L’idée de faire côtoyer la fraîcheur et l’expérience dans un aller-retour constant n’est pas nouvelle mais reste toujours pertinente car enrichissante pour toutes les parties. Apprendre d’artistes plus expérimentés pour les uns et trouver une source d’inspiration, un renouvellement du langage musical pour les autres par le biais d’une expérience commune et concrète reste un des moyens les plus efficace d’affiner, enrichir et diversifier le vocabulaire musical de tous les participants. L’innovation pour l’innovation est pour moi stérile si elle ne se situe pas à l’intérieur d’un continuum musical historique. Connaître le passé et s’appuyer sur celui-ci pour aller de l’avant nous permet d’éviter de croire que nous pouvons la « réinventer » sans bien la connaître…
Et pourquoi ce titre intrigant qu’est Qui Qu’en Grogne ?
Fais ce que dois, advienne que pourra! Agir selon sa conscience, faire du mieux possible dans nos domaines respectifs tout en ayant que peu ou pas de contrôle sur les conséquences de cette philosophie du « bien faire ». Notre époque où sévissent – j’utilise ce mot à bon escient – les réseaux dits sociaux en est une du qu’en dira-t-on, du « de quoi ai-je l’air », de la discussion stérile et du bavardage souvent puériles et inutiles semblent apporter que bien peu de choses de positif au final.
Qu’aimerais-tu dire à nos lecteurs sur ce qui les attend au Dièse les 29 et 30 avril et au Café Morin le 7 mai ?
Nous allons, bien entendu, proposer le répertoire qui se retrouve sur l’album plus quelques surprises. De plus, deux nouveaux musiciens (Jonathan Cayer et Alex Le Blanc en remplacement de Gentiane Michaud-Gagnon et Guy Boisvert) permettront de renouveler l’approche globale du répertoire proposé. Des soirées à ne pas manquer!
https://www.facebook.com/yannickrieumusic
Yannick Rieu Génération Quartet lance Qui Qu’en Grogne
Yannick Rieu, sax et compos
Jonathan Cayer, claviers et piano (Gentiane MG sur l’album et au Café Morin)
Alex Le Blanc, contrebasse (Guy Boisvert sur l’album)
Louis-Vincent Hamel, batterie
Dièse Onze – 4115A St-Denis – pour réservations : 514-223-3543
Vendredi le 29 avril – Samedi le 30 avril @ 19h et 21h30
Café Morin (Ste-Adèle) – 42 Morin – pour réservations : 450-229-4416
Samedi le 7 mai @ 19h30
Photo : Randy Cole
Claude Thibault, éditeur – contacter / Facebook
C’est pour soigner son blues post-FIJM 2002 (après toute cette extravagance musicale le quotidien en prenait un coup!) que Claude lançait le 1e janvier 20003 sortiesJAZZnights.com. 17 ans et quelques versions plus tard l’aventure et la mission de faire connaître le jazz d’ici se poursuit!