Omar Sosa nous parle d’Aguas – avec Yilian Cañizares et Gustavo Ovalles @ PdA (28 fév)

Omar Sosa nous parle d'Aguas - avec Yilian Cañizares et Gustavo Ovalles @ PdA (28 fév)

Le pianiste Omar Sosa et la violoniste-chanteuse Yilian Cañizares présenteront la musique d’Aguas (2018) avec le percussionniste Gustovo Ovalles le 28 février prochain @ la Place de Arts. Nous avons eu l’occasion de discuter avec le célèbre pianiste sur ce projet profondément personnel d’une grande beauté et qui reflète les regards de deux générations d’artistes cubains.


Dans cette entrevue zoom réalisée par Charlotte Désilets et Claude Thibault il nous parle de son retour à Montréal, sa vision de la paix, de l’amour, et de l’unité, l’importance fondamentale de l’eau sur la planète, sa rencontre avec Yilian, sa longue relation avec Gustavo et le Suba Trio, la connexion entre sa musique et la spiritualité, la Santeria, l’influence de ses voyages, la musique et l’énergie, l’intelligence artificielle et plus.





NDLR : voici la transcription de l’entrevue


Bonjour, je suis Charlotte Désilets de sortiesjazznights.com et aujourd’hui je rencontre le pianiste de renommée mondiale Omar Sosa, qui présentera la musique de son nouveau projet Aguas à la Place des Arts le 28 février à Montréal. Il sera accompagné de la chanteuse et violoniste Yilian Cañizares et du percussionniste Gustavo Ovalles.


Charlotte Désilets : Bonjour Omar, comment allez-vous ?


Omar Sosa : Très bien, très bien. Je suis en Europe en ce moment parce que je suis en tournée, mais je suis vraiment heureux de revenir bientôt à Montréal. J’adore Montréal, j’y vis toujours de très belles expériences. Nous avons la grande chance de présenter Aguas (2018), un projet que nous avons enregistré il y a quelques années. Ce projet est essentiellement basé sur la PAIX, l’amour, l’unité, et sur le rôle fondamental de l’eau sur la planète.

Parce que parfois, tu sais, on boit un verre d’eau sans même réaliser l’importance de pouvoir boire une eau propre et transparente. Aguas veut dire « eau » en espagnol. Pour nous, il est très important de transmettre ce message d’unité. Je le répète : PAIX, en lettres majuscules, amour et unité. C’est ainsi que nous pensons pouvoir contribuer à un monde meilleur.


Omar Sosa nous parle d'Aguas - avec Yilian Cañizares et Gustavo Ovalles @ PdA (28 fév)


Charlotte Désilets : Et comment est né ce projet avec Yilian ?


Omar Sosa : Eh bien, il y a très longtemps – je n’ai plus 25 ans, même si j’ai l’impression d’en avoir 27 –, Yilian assurait la première partie d’un de mes concerts en France. J’ai assisté à tout son concert et, quand elle a terminé, je lui ai dit : « Ce ne serait pas une mauvaise idée si on faisait quelque chose ensemble. » Elle m’a répondu : « Wow, ça pourrait être magnifique. » Quelques mois plus tard, nous avons commencé à tourner en duo en Italie.

Puis, après un certain temps, je lui ai dit : « Il nous manque la troisième patte de la table. Il nous faut un percussionniste. » Parce qu’avec seulement piano et violon, à un moment donné, ça devient surtout du piano. La voix n’est pas toujours présente, le violon non plus. Il fallait donc une troisième voix. Et ça faisait déjà plus de 30 ans que je jouais avec Gustavo.



Charlotte Désilets : Oui, il a joué avec toi et Seckou Keita dans le Suba Trio. J’imagine que c’est agréable de renouer avec lui et de refaire de la musique ensemble ?


Omar Sosa : Oui. Il y a une vraie connexion avec Gustavo, ce n’est pas juste un collègue : c’est un ami, un frère. On est une famille. On vieillit ensemble. J’ai rencontré Gustavo quand il avait à peine la fin de la vingtaine…et maintenant, il a presque 60 ans. Moi aussi, j’ai 60 ans, je vais en avoir 61 bientôt. J’ai expliqué à Yilian qu’il nous fallait un percussionniste parce que ce projet, dans sa philosophie et dans la façon dont on présente la musique, exige quelqu’un qui comprenne profondément ce qu’on veut transmettre au public. Et ce message, encore une fois, c’est la paix, l’amour et l’unité.



Charlotte Désilets : C’est précieux d’avoir une connexion comme ça et de partager une même philosophie. Et Yilian ? Vous venez tous les deux de Cuba. Est-ce qu’elle partage aussi ta vision ?


Omar Sosa : Tu poses la question et tu donnes déjà la réponse (rires). Nous venons du même pays, mais pas de la même génération, et j’adore ça. J’ai toujours beaucoup de respect pour les aînés, et dans ce projet, on essaie justement de montrer que l’on peut créer ensemble, peu importe l’âge. Nous sommes avant tout des êtres humains. Si on s’écoute vraiment, on peut atteindre de merveilleux espaces de création. Nous partageons la même tradition et la même culture. Tous les trois, nous pratiquons la Santería, la tradition lukumí à Cuba, où tout est lié à l’esprit, à la vie, aux ancêtres et aux origines.

C’est aussi pour ça que le projet s’appelle Aguas. Dans notre tradition, chaque cérémonie commence par l’eau : on dit Omituto, Anatuto, on verse l’eau sur le sol, puis vers le ciel, pour prévenir les esprits que la cérémonie commence. Yilian est fille d’Oshun, je suis fils d’Obatalá, et Gustavo est aussi fils d’Obatalá – et en plus, il est prêtre. Le projet est donc, d’une certaine manière, une cérémonie. La musique nous permet d’appeler les esprits, les ancêtres, et de dire : nous sommes ici pour représenter notre tradition.




Charlotte Désilets : C’est fascinant. Tu joues partout dans le monde, et ta spiritualité est très présente dans ta musique. Ici, au Québec et au Canada, les gens viennent de traditions religieuses très diverses, et au Québec en particulier, beaucoup se sont éloignés de la religion institutionnelle depuis une cinquantaine d’années. Il y a parfois comme un vide spirituel.


Comment vois-tu le lien entre ta musique, ta spiritualité et des gens qui se questionnent sur le sens de la vie ?


Omar Sosa : C’est une très belle question. En réalité, tout est une question d’énergie. Quand tu donnes de l’amour, il n’y a aucune raison que tu n’en reçoives pas. Quand tu proposes la paix, tu envoies la paix. Si l’autre ne la reçoit pas, c’est qu’il y a un problème ailleurs. C’est exactement ce qui se passe dans le monde aujourd’hui. Nous faisons tous partie d’une seule grande famille : l’humanité. Peu importe la couleur de peau. La plus belle chose, c’est de partager nos cultures et nos traditions avec respect, amour et unité. Et encore une fois : paix, paix, paix. Il s’agit de trouver un équilibre clair, une unité, et de se respecter. On peut tous manger à la même table. Je n’ai pas besoin de te manger pour prendre ta place.


Charlotte Désilets : Comment tes voyages ont-ils influencé ta vision de la vie et de la musique ?


Omar Sosa : Je dis toujours que le meilleur livre que tu puisses lire, c’est celui que tu écris toi-même. En rencontrant des gens, des cultures, des traditions, on découvre la beauté d’être en vie. Être humain, c’est aussi transmettre sa culture et sa tradition aux autres. Et c’est comme ça qu’on grandit. On comprend pourquoi certaines personnes mangent différemment, s’habillent différemment. Ça, c’est le respect. Quand j’ai quitté Cuba il y a 40 ou 50 ans, je ne savais même pas ce que voulait dire namaste. Aujourd’hui, je le sais, parce que des gens m’ont transmis leur tradition, et moi, je transmets la mienne. Quand je dis Ashé, dans notre tradition, ça veut dire « bénédiction ». Au Brésil, à La Nouvelle-Orléans, en Afrique de l’Ouest, c’est la même chose.


Omar Sosa nous parle d'Aguas - avec Yilian Cañizares et Gustavo Ovalles @ PdA (28 fév)


Charlotte Désilets : Comment cette rencontre des cultures se reflète-t-elle dans la musique  d’Aguas ?


Omar Sosa : Quand les esprits et les ancêtres viennent à toi, tu traduis leur message. Moi, je le traduis par la musique. D’autres le font avec des mots, d’autres avec la danse. Certains ressentent quelque chose sans savoir comment l’exprimer. Et puis, il y en a qui essaient de traduire ce message pour faire de l’argent. Mais l’argent, en soi, n’est rien. C’est un outil qu’on a créé pour s’organiser. Mais ça, c’est une autre conversation.


Charlotte Désilets : J’ai lu plusieurs articles où tu dis que la musique est, pour toi, une forme de guérison.


Omar Sosa : Oui, on parle de fréquences. Les fréquences peuvent tout guérir… ou tout détruire. Autant les utiliser pour guérir. Parfois, il faut détruire de mauvaises énergies pour laisser entrer les bonnes. Quand je dis détruire, je ne parle pas de bombes : je suis totalement contre la guerre. Tu vois combien de fois je dis « paix » ?




Omar Sosa : Quand je vais mal, je m’assois au piano et je joue. Après quelques minutes, mon énergie commence à flotter dans une rivière claire et belle, comme de l’eau transparente. Transparent Water est d’ailleurs un album que j’ai fait avec Seckou Keita. Aguas, c’est aussi de l’eau transparente. La musique peut guérir. C’est pour ça que je joue. Pas pour la célébrité. C’est parce que l’esprit m’a dit : « C’est ta mission. »


Charlotte Désilets : Une dernière question avant de conclure. Tu as récemment publié une vidéo, Heartwarming Nights of Crickets, qui utilise l’intelligence artificielle. Quelles sont tes réflexions à ce sujet ?


Omar Sosa : Un ami a utilisé des morceaux de mon album solo Sendas dans son dernier documentaire sur Cuba et m’a proposé de faire une vidéo. Il y a des scènes où des robots psychanalysent des humains, puis l’inverse. Aujourd’hui, on utilise beaucoup la technologie. Mais nous devons contrôler la technologie, pas l’inverse. Quand on demande à la technologie ce qu’elle pense, elle tente de changer ta façon de penser. C’est une forme de manipulation psychologique.




Charlotte Désilets : Merci beaucoup, Omar Sosa, d’avoir été avec moi. J’ai très hâte de te retrouver le 28 février à la Place des Arts à Montréal et de découvrir Aguas. Merci pour ton temps et ton énergie. Je l’ai ressentie, et j’espère que les gens qui regarderont cette vidéo la ressentiront aussi. J’espère qu’on partagera encore beaucoup de moments musicaux ensemble.


Omar Sosa : Merci Charlotte. On va passer un moment formidable à Montréal.


Omar Sosa nous parle d'Aguas - avec Yilian Cañizares et Gustavo Ovalles @ PdA (28 fév)


Aguas Trio – Omar Sosa et Yilian Cañizares avec Gustavo Ovalles


Omar Sosa – piano et arrangements
Yilian Cañizares – voix et violon
Gustavo Ovalles – percussions


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Samedi le 28 février @ 20 h
Place des Arts – Cinquième Salle

Tarif : 65,50 $ (taxes incluse) / les sièges sont assignés, faites vite pour avoir les meilleures places!

pour en savoir plus / billetterie

Une production Traquen’art


Charlotte DésiletsCharlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com

La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.


En collaboration avec Claude Thibault



Lisez notre entrevue avec Omar et Seckou en mode zoom

 

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