
Le trompettiste et chef d’orchestre Ron Di Lauro est un musicien passionné qui nous parle de musique, sa carrière et des deux prochains invités de marque du Big Band de l’Université de Montréal, le tromboniste Elliot Mason (2 novembre) et le legendaire contrebassiste Ron Carter (1e décembre) NDLR – c’est plutôt Dave Holland qui sera l’invité du Big Band – Ron Carter à du annuler pour des raisons de santé. À la suite de plusieurs remise de dates à cause de la crise sanitaire le tromboniste Elliot Mason sera sur la scène de la Salle Claude-Champagne avec le Big Band de l’Université de Montréal à la Salle Claude-Champagne.
Ron Di Lauro : C’est le trompettiste Tim Hagans (qui était venu jouer en 2018 avec le Big Band) qui m’a parlé d’Elliot Mason. If you need a trombone player that plays a lot of notes like me, Elliot Mason’s the man.
Claude Thibaut : Au fils des années vous avez invité des musiciens qui jouaient la batterie (Ignacio Berroa), la trompette (Tim Hagans), le saxophone (Pierre Bertrand), et maintenant le trombone avec Elliot Mason, et j’en passe, l’idée c’est avoir une certaine variété ?
Ron Di Lauro : Oui j’aime ça diversifier les instruments, les genres, la couleur et on évolue avec ça. Dans le passé nous avons eu la compositrice et chef d’orchestre Maria Schneider, la chanteuse Carol Welsman, le saxophoniste Chris Potter, le contrebassiste Dave Holland et plusieurs autres.
Ron Carter
NDLR – c’est plutôt Dave Holland qui sera l’invité du Big Band – Ron Carter à du annuler pour des raisons de santé
C’est le bassiste et collègue Alain Caron (Uzeb) qui m’a parlé de cette possibilité de concert avec le réputé contrebassiste Ron Carter. Pendant la pandémie Alain a participé à plusieurs rencontre Zoom de Berkley pour les bassistes avec, entre autres, Ron Carter. Alain me disait qu’il était très en forme et volubile (malgré ses 85 ans). J’ai demandé à Alain de parler à Ron Carter et voir s’il était intéressé. Quelques semaines après j’avais son courriel et sa venue s’est concrétisée. Il présentera 7 morceaux de son répertoire, des pièces qu’il a joué et enregistré avec le WDR Big Band (Allemagne) en 2013.
Claude Thibault : Le répertoire des concerts ?
Ron Di Lauro : Je vais toujours être intéressé à travailler avec des artistes qui ont un répertoire et arrangements de big band à partager. Et c’est grâce au Fonds Sophie Desmarais qui est un support pour le Big Band qu’on réalise tout ces projets.
Elliot Mason
Au moment ou on se parle on est plutôt enligné sur le concert d’Elliot Mason et on est en répétition de sa musique avec le nouveau Big Band. Avec la musique de Big Band il y a beaucoup de pression sur les saxophonistes car ils doivent aussi assez souvent jouer la flûte et même des fois la clarinette, on appele ça des doubleurs, comme sur la musique de Maria Schneider. Avec Elliot on va faire trois pièces du Jazz @ Lincoln Centre Orchestra, un projet avec Wayne Shorter, deux pièces d’Ellington, Moon Over Cuba et Chinoiserie et une pièce Count Basie et deux pièces composées par Elliot. Il y sera avec son épouse la chanteuse Sofija Knežević, une chanteuse de jazz contemporain qui est d’origine serbe. Ils vont donner la classe de maître ensemble.
Claude Thibault : C’est quoi la qualité que tu recherches auprès de tes invités ?
Ron Di Lauro : Leur réputation, leur impact, comment ils peuveut inspirer les étudiants…et le public. Je veut du public car j’aime ça quand il y du monde, I’m addicted to people !. Avec une centaine de concerts du Big Band et un public de 600 à 900 personnes j’ai vécu de très belles expériences. Comme avec Gregory Charles qui avait joué Rhapsody In Blue devant un salle comble. Certains artistes comme par exemple le saxophoniste Randy Brecker ne parlent pas beaucoup mais il n’a qu’a commencer à jouer la trompette and that’s enough! L’artiste doit être capable de remplir la salle Claude-Champagne.
Les perspectives de carrière jazz pour les jeunes musiciens ne sont pas évidentes. Dans le passé comme à L’Air du Temps (un réputé club du Vieux-Mtl des années 80), je m’installais le mardi pour toute la semaine, et ça c’était la vrai vie du musicien de jazz. Si on pense à des bands comme Art Blakey et ses Jazz Messengers, ils étaient sur la route 47 semaines par année et jouaient 6 soir sur 7, ils jouait donc la pièce pendant des mois et des mois. Après ça ils rentraient dans le studio de Rudy Van Gelder de Blue Note à 2h du matin and that was it.
Une anecdote
En 2009 Jacques Boucher, un des nos anciens doyens, avec organisé une série de 4 concerts avec la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal. Nos 8 combos jazz y jouaient sur 4 soirs et le dernier soir c’était le Big Band. À l’époque j’avais je dirigeais un combo et j’avais suggéré qu’on se trouve un autre gig (un concert dans le language des musiciens) pour qu’ils vivent cette expérience de quelques soirs. Mais pour nous dans le temps c’était ça, 4 soirs à L’Air du Temps, 3 soirs au Grand Café (rue St-Denis) et ainsi de suite.
A propos de Ron Di Lauro
Claude Thibault : Et l’enseignement dans ta vie ?
Ron Di Lauro : J’ai une formation classique de McGill que j’ai terminé en 1980. En 1981 le Conservatoire de musique de McGill m’ont demandé si je voulais enseigner. En 1984 j’ai eu des étudiants en classique et en 1987 j’ai commencé à enseigner le jazz.
Claude Thibaut : C’est quoi pour toi enseigner le jazz ?
Ron Di Lauro : C’est tout un défi pour tous les enseignants et c’est en deux volets, l’instrument, et le jazz lui-même. Pour bien jouer le jazz ça prends une bonne formation sur l’instrument. Les centaines d’étudiants que j’ai eu sont tous différents. Il y a différent niveaux de talent, ceux qui ont un talent naturel pour le jazz, une bonne oreille mais maîtrisent moins bien l’instrument. Des fois le talent d’improvisation est moins là, mais chaque cas est différent. Parmi mes collègues il y John Roney et Luc Beaugrand, et ça c’est deux générations, ensuite Jean-Nicolas Trottier, Reno De Stefano, Mike Gauthier et plusieurs autres. J’ai enseigné jusqu’en 2019 à McGill et j’ai toujours été fidèle et porté les couleurs de chaque école car, évidemment, on est souvent comparés. La formation du jazz évolue, est plus libre et un peu moins puriste, moins old school. On veut que les étudiants développent leur propre potentiel.
Claude Thibaut : C’est quoi ta plus grande satisfaction comme enseignant ?
Ron Di Lauro : Justement je viens de vivre pendant une dizaine de secondes un moment d’euphorie. Je travaillais fort pour expliquer quelque chose de très important sur une partition et quand ils ont (les étudiants) repris la pièce ils ont saisi et joué exactement comme je leur expliquais. C’était super. On étais tous sur la même longueur d’ondes en termes d’exécution, vitesse, feel, etc…Dans un big band ce qui me fait le plus plaisir c’est quand on est tous enligné sur la même mission et direction.
Claude Thibaut : Qu’est-ce que t’écoutes dans ton auto ?
Ron Di Lauro : Talk Radio. Sur Spotify je vais écouter toutes sorte de choses…Steely Dan, Fleetwood Mac, Chicago, Lee Morgan, Mia Martini, Michel Legrand, des symphonies, Ivan Lins, des fois je mets ça sur random sur les années 70. Moins j’entends le bebop dans tout. Moi je blow sur tout et c’est ça que je dit à mes étudiants.
Claude Thibaut : Un moment WOW! dans ta carrière ?
Ron Di Lauro : Avec Deep Purple à la Place des Arts en 2011. On était 5-6 instruments à vents pour ce projet genre symphonie de DP. La salle était pleine. Dans le salon vert après j’ai discuté avec le bassiste Roger Glover. Je lui ai dit thanks for giving this experience, it’s the thrill of a lifetime. Ça c’est mon highlight même si j’ai joué avec Dizzy Gillespie, John Scofield. Il a répondu : me too! Un autre moment wow c’est quand je partage la scène avec Ginette Reno et qu’elle chante L’Essentiel, ça me donne des frissons!
Claude Thibaut : Quel autre instrument aurais-tu aimé jouer en secret ?
Ron Di Lauro : Quand j’étais jeune je voulais jouer la batterie. Mais mon père (Migo Di Lauro) qui était trompettiste m’avait dit non joue pas des drums parce que c’est le premier qui doit arriver et le dernier parti. Ce qui me fait rire maintenant c’est quand je joue avec Paul Brochu sa batterie est déjà installée, c’est le dernier arrivé et le premier à partir. Et ça me fait penser à mon père.
C’est également ma dernière année à l’Université de Montréal et notre dernier concert du Big Band sera le 22 mars 2023.
Merci Ron !
Entrevue : Claude Thibault
Big Band de l’UdeM avec Elliot Mason
Ron Di Lauro, direction
Avec la participation de la chanteuse jazz Sofija Knezevic
Mercredi le 2 novembre @ 19h30
Salle Claude-Champagne (220 Vincent d’Indy)
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Big Band de l’UdeM avec Dave Holland
Ron Di Lauro, direction
Jeudi le 1e décembre @ 19h30
Salle Claude-Champagne (220 Vincent d’Indy)
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2e Concours international de composition pour grand ensemble de jazz Sophie Desmarais