Le jazz social du pianiste panaméen Danilo Pérez au Panama Jazz Festival 2018, le pourquoi du Festival, sa vision de la musique et son impact sur l’humain, l’évolution de PanaMonk depuis sa création il y 22 ans, et plus!

Avec le pianiste panaméen Danilo Pérez au Panama Jazz Festival 2018, on échange sur le pourquoi du Festival, sa vision de la musique et son impact sur l’humain, l’évolution de PanaMonk depuis sa création il y 22 ans, le lien entre Monk et la musique du Panama, un moment WOW de sa carrière et pourquoi on devrait participer au prochain Panama Jazz Festival.  Voici la transcription de l’entrevue vidéo.

Claude Thibault : Danilo qu’est-ce qui t’a motivé a créer la Fondation Danilo Pérez et le Panama Jazz Festival?

Danilo Pérez : En 1989 avec Dizzy Gillespie nous sommes allés au San Sebastian Jazz Festival (Espagne). J’ai vu comment toute la ville s’est transformée dans une événement grandiose axée sur le jazz, et beaucoup de visiteurs y étaient pour cette raison et j’ai pensé que ça serait peut-être une bonne idée pour le Panama, un événement axé sur le tourisme culturel, c’était quelque chose qu’on n’avait pas. Par rapport à la Fondation, j’ai eu un grand mentor dans le vie, mon père. Il m’a appris que le musique était importante dans notre vie quand on est enfant. Il avait compris que le musique devait jouer un rôle important dans la vie des enfants. C’était un éducateur, donc c’était essentiel. J’ai été élevé dans un environnement d’éducateurs et je crois que la musique est fondamentale dans le développement humain. Lorsque j’ai gagné ma bourse pour aller étudier au États-Unis, j’ai fait la promesse qu’après mon éducation, je reviendrais enseigner. Alors avec mon rêve du PJF on a crée la Fondation Danilo Pérez.

Claude Thibault : A la conférence de presse d’ouverture du PJF tu as dit des mots très inspirants et touchants, et je te cite : « Les changements sociaux et l’éducation c’est comme l’improvisation, il faut être ouvert d’esprit, créatif et en mode collaboratif…tu peut élaborer?

Danilo Pérez : Une des choses que mon père m’a appris c’est que la musique peut vous permettre de voir le monde autrement. Alors voir le monde a travers la lentille de la musique et s’en servir comme outil afin de développer le travail d’équipe, la concentration, l’écoute, la réaction, l’improvisation, toutes ces compétences qu’on apprends, aide l’humain à se développer. Je pense que c’est important d’utiliser les compétences que le musique enseigne et de s’en servir dans d’autres secteurs. Et en plus la musique donne à l’auditeur la possibillité de se transformer, ce qui crée un lien profond. La musique a ce pouvoir de non seulement vous donner des valeurs mais aussi de guérir. Pour moi étant donné la situation que nous sommes en 2018, où la plus grande menace que nous vivons sont les conflits, en tant qu’artiste nous avons la responsabillité d’utiliser la musique comme un outil et un antidote aux conflits.

Claude Thibault : comment PanaMonk as-t-il évolué depuis sa création il y 22 ans?

Danilo Pérez : Quand j’ai commencé à jouer je n’étais pas un grand fan de Monk. Mais je dirais qu’avec le temps je suis allé vers Monk. et l’expérience que j’ai eu avec Wynton Marsalis, c’est à dire la connection entre la Nouvelle Orléans et le Panama, les liens et l’histoire que nous partageons m’ont aidé à comprendre Monk à un autre niveau. Quand j’ai fait l’album PanaMonk (1996) je le comprenais dans le sens rythmique et structure. Monk m’a crée une ouverture avec mes origines panaméennes…dans le jazz. Avec Wayne Shorter et mon expérience de composition, j’entends maintenant des trucs que je n’entendais pas, une partie émotive très puissante et ça m’accroche. Quand j’entends son Just A Gigogo, ça me touche a chaque fois et je pleure. 22 ans plus tard j’ai grandi et je me sens connecté émotivement. Il y a un lyrisme que je n’entendais pas dans le passé et je suis beaucoup plus sensible à ça.

Claude Thibault : A ton concert du 18 janvier au Panama Jazz Festival, tu as dit qu’il y avait un lien entre la musique de Monk et celle du Panama…

Danilo Pérez : J’ai grandi en écoutant des artistes de jazz du Panama tels Victor Boa, Claris Martin, Pat Gordon, Jim White, Reggie Johnson, et la façon qu’ils jouaient, il y avait une connection avec la musique de Caraïbes, comment ils jouaient les rythmes, entre les temps, il y un feeling, un peu comme le calypso, comme le folkore panaméen tambo, ce que j’appelles le water beat, et quand j’ai entendu Monk j’ai entendu des rythmes qui me rappelaient ce folkore et une connection avec le clave, comme dans Evidence, de Monk. Et j’ai ensuite découvert les Frêres Gonzalez, Jerry et Andy, et leur Rumba Para Monk. Ils avaient fait le connection clave-Monk connection. Il y a un lien avec le tamborito, un feeling caribéen. Si on écoute dans cette perspective, vous entendrez le lien avec le tambor. Et vous entendrez lesles liens entre l’Afrique et l’Amérique du Nord et l’Amérique Latin, le language de Monk est universel, c’est le son afro-américain, comme Randy Weston, c’est un son qui viens d’ici. (se touche la poitrine).

Claude Thibault : Tu peut me décrire un moment que tu as eu et avec qui?

Danilo Pérez : J’ai eu un moment WOW au Festival International de Jazz de Montréal avec le Wayne Shorter Quartet. J’étais comme en lévitation et loin de mon corps et ensuite on a continué à jouer et je suis devenu très calme, quand on a terminé j’étais comme en transe, John Patitucci (le bassiste de Wayne) m’a aussi dit qu’il avait eu une expérience très spéciale, et aussi Brian Blade (le batteur de Wayne). Après le concert j’ai décrit mon expérience à Wayne et il m’a dit, Danilo c’est ce que j’essaie de te dire qui se passait avec Miles Davis, on était toujours en transe. Et j’ai dit…WOW!

Claude Thibault : Qu’est-ce que tu aimerait dire à nos lecteurs au sujet du prochain Panama Jazz Festival en janvier 2019?

Danilo Pérez : Dans le monde d’aujourd’hui où la plus grande menace c’est le conflit, je pense qu’on a tous besoin d’une place où ensemble on peut réellement vivre l’expérience d’un changement social par la musique, avec la musicothérapie, le jazz global, et tous ces styles de jazz qui s’unissent, et qui redéfinissent le sens du mot jazz. se vacinnant avec espoir et optimisme, je vous invite donc à vous joindre à nous au Panama Jazz Festival, et d’utiliser la musique comme un outil pour créer l’antidote au conflit. J’espère vous voir en 2019.

Le 16e Panama Jazz Festival du 14 au 19 janvier 2019.


Claude Thibault, éditeur – contacter / Facebook

C’est pour soigner son blues post-FIJM 2002 (après toute cette extravagance musicale le quotidien en prenait un coup!) que Claude lançait le 1e janvier 2003 la toute première version de sortiesJAZZnights.com. 16 ans et quelques versions plus tard l’aventure et la mission de faire connaître le jazz d’ici se poursuit!

 

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