
Le jazz se définit encore bien souvent en sa qualité de musique improvisée. Fruit d’un travail de composition, certes, il demeure néanmoins un genre musical avant tout spontané et capturé sur le vif. Cela dit, la frontière autrefois hermétique entre la performance et la production est aujourd’hui plus poreuse que jamais, la palette sonore étant renouvelée par l’arsenal numérique à disposition des artistes. Deuxième parution du génialissime pianiste et producteur James Francies, Purest Form (Blue Note, 2021) fusionne à merveille les éléments acoustiques et électroniques au fil de morceaux à la fois envoûtants et étourdissants, attestant une fois de plus de l’originalité du jeune pianiste.
Levitate, Transfiguration, Where We Stand et My Favorite Things
Après une introduction sombre et atmosphérique, James Francies ouvre les vannes avec Levitate, un furieux déluge de piano et de synthé soutenu par la batterie hyperactive de Jeremy Dutton. On retrouve la même énergie sur Transfiguration, Were We Stand et My Favorite Things, cette dernière voyant d’ailleurs le pianiste, Immanuel Wilkins (saxophone) et Joel Ross (vibraphone) explorer habilement les dissonances offertes par le quart de ton. Sous des apparences chaotiques, les morceaux affichent une clarté et une cohérence formelle indicatrices d’une démarche artistique aboutie, à l’instar des improvisateurs qui évitent soigneusement de surfaire leurs interventions.
Rose Water avec Elliot Skinner – Eyes Wide Shut avec Bilal, Melting et Oasis
Loin d’être monolithique, Purest Form offre également ses moments de grâce, comme la touchante balade Rose Water, superbement portée par la voix du chanteur Elliot Skinner. Le chanteur Bilal fait également une apparition réussie, quoique plus abrasive, sur Eyes Wide Shut. Si les intermèdes pour cordes parsemant l’album semblent quelque peu superflus, on se laisse aspirer sans effort par les thèmes sombres et mélancoliques de Melting et Oasis qui voient James Francies broder avec des éléments de musiques pop et expérimentales.
Purest Form, un univers musical singulier et captivant
Pour son deuxième album à titre de leader, James Francies garde le cap et continue le travail exploratoire entamé sur Flight (2018), tout en s’aventurant sur des territoires plus électro et expérimental. Au-delà des vertigineuses prouesses techniques, Purest Form présente un univers musical singulier et captivant qui, sans toutefois atteindre le degré de pureté escompté, laisse entrevoir de grandes choses pour le jeune pianiste.
James Francies : piano / Burniss Travis : basse / Jeremy Dutton : batterie / Immanuel Wilkins : saxophone / Joel Ross : vibraphone / Mike Moreno : guitare / Elliott Skinner : voix / Peyton : voix / Bilal : voix
Adoration / Levitate / Transfiguration / Blown Away avec Peyton / Rose Water avec Elliot Skinner / My Favorite Things / Stratus / 713 / Melting / Where We Stand / Freedmen’s Town / Eyes Wide Shut avec Bilal / Still Here / Oasis
jamesfrancies.lnk.to/PurestForm
Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook / twitter
Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Il est également impliqué à la Coopérative des professeurs de musique. Pour voir tout ses articles, c’est ici