
Dans les notes introductives d’Infinitude, le critique de jazz James Hale se réfère au sentiment de nordicité, cher au pianiste Glenn Gould. En un sens, il a parfaitement raison, puisque les sœurs Jensen ; Christine, saxophoniste alto, et sa sœur Ingrid, trompettiste à part entière, sont héritières d’un jazz canadien qui va de Vancouver à Montréal, sans oublier New York. Faisant aussi hommage à quelques géants d’ici, dont le pianiste Paul Bley et le guitariste Sonny Greenwich, vous avez une très bonne idée de ce Infinitude, un disque consacré à la note bleue, avec tout cela que cela requiert de savoir-faire et de travail sur le long terme.
Les soeurs Ingrid et Christine Jensen avec Ben Monder, Fraser Hollins et John Wikan
Pour injecter un peu plus de puissance évocatrice dans ces paysages sonores, les deux sœurs ont fait appel au guitariste Ben Monder, ainsi qu’au contrebassiste Fraser Hollins et au batteur John Wikan. Comme il est question de pôle parfois magnétique, Christine Jensen insuffle, surtout au soprano, des accents de modernité qui évoque sans contredit Wayne Shorter. Pour ce qui est de Ben Monder, disons tout de suite qu’il dialogue avec force, et que sa présence est loin d’être inutile. Prenant très souvent des accents rock, je songe immédiatement à Robert Fripp (King Crimson), l’alliance se fait de communes mesures.
Sur Infinitude, Ingrid Jensen trouve sa place avec des accents électrifiés
Ne lésinant pas sur les moyens, Ingrid trouve rapidement sa place avec des accents électrifiés, dans la lignée de Miles Davis, sans jamais sacrifier une tonalité assez envoûtante, presque métaphorique. Pour faire une analogie sportive, nous pouvons affirmer que cette nouveauté doit être écoutée sur la longueur et jamais d’une oreille passive, puisque le travail proposé s’adresse quand même à des oreilles averties.
Faisons le pari que nous les entendrons au Festival International de Jazz de Montréal, mais entretemps, Infinitude était lancé au Jazz Gallery de NY, vendredi le 17 février 2017
Christine Jensen : saxophone alto
Ingrid Jensen : trompette
Ben Monder : guitare
Fraser Hollins : contrebasse
John Wikan : batterie
Blue Yonder / Swirlaround / Echolalia / Octofolk / Duo Space / Old Time / Hopes Trail / Trio : Garden Hour / Margareta / Dats and Braids
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.
Christine Jensen 4tet – Quiescence @ Jazz en Rafale Live Cam – Cheffes de jazz (4 décembre 2021)