
C’était une proposition déroutante, autant pour les jazzivores habitués aux concerts intimistes de fin de soirée au Gesù, que pour les fans d’Hubert Lenoir. Ils étaient cette fois rassemblés dans une salle avec sièges, limitant les excès (de joie, de danse) auxquels ils sont habitués lors des concerts de la jeune sensation de la pop québécoise. Avec Hubert Lenoir au Gesù (dimanche le 3 juillet 2022) les uns pouvaient se demander ce que le jeune provocateur faisait au FIJM, les autres comment ils allaient pouvoir célébrer leur idole, confinés à leur siège…Mystère!
Hubert Lenoir – plus qu’une vedette flamboyante de la pop
Mais pour peu que l’on connaisse l’œuvre du musicien de 27 ans, on sait qu’Hubert Lenoir n’est pas qu’une vedette flamboyante de la pop. Dès son premier album, le fameux Darlène, maintes fois primé au Gala de l’ADISQ 2018, des airs de jazz s’entendent clairement dans sa musique. À l’époque, le pianiste Vincent Gagnon et le saxophoniste André Larue, deux solides jazzmen de Québec, faisaient partie de son équipe sur disque comme sur scène.
PICTURA DE IPSE : Musique directe – une oeuvre expérimentale
Son album suivant, PICTURA DE IPSE : Musique directe, paru en 2021 est une oeuvre beaucoup plus expérimentale, passant des montages de musique concrète, à des passages presque métal industriel, tout en conservant ce talent mélodique qui fait de lui un créateur de chansons immédiatement mémorables (Golden Days, Secret, Sucre + Sel….).
Hubert Lenoir au Gesù – Qu’allait-il se passer devant nous ?
Nous voici donc au Gesù, confortablement assis, ambiance feutrée. Sur scène, un piano à queue, un saxo, une boîte à rythme et un micro. Qu’allait-il se passer devant nous ? Impossible de le deviner, mais connaissant la bête de scène qu’est Hubert Lenoir, ça n’allait pas être banal. Il apparaît enfin, vêtu d’un complet noir, lunettes fumées et coiffé d’un Stetson. Le jeune musicien a fait le pari de dénuder ses chansons pour nous montrer comment elles pouvaient être appréciées dans un contexte jazz.
Gabriel Desjardins au piano et Félix Petit au sax, flûte et boite de rythme
Ses excellents musiciens (qui l’accompagnent aussi dans son trip rock expérimental), Gabriel Desjardins au piano et Félix Petit au sax, flûte traversière et boîte à rythme ont eu tout le loisir de démontrer que Lenoir ne s’entoure pas de musiciens amateurs. Petit s’est par ailleurs illustré aux côtés de Les Louanges en tant que réalisateur de son album Crash.
Hubert Alexis Chiasson adore chanter
Hubert demeurant Hubert, il a bien sûr étalé tout son charme, ses pas de danse à la Prince, ses poses coquines typiques, ses clins d’oeil complices, mais cette fois, dans un contexte beaucoup plus intimiste et de proximité où l’on pouvait accéder à la véritable personnalité d ’Hubert Alexis Chiasson : un jeune homme qui a connu la détresse et le rejet avant l’exubérance et le succès, et qui, surtout, qui adore chanter.
My Funny Valentine en duo avec Nadia Hawa Baldé
Le contexte de ce concert au Festival International de Jazz de Montréal lui a permis de chanter plus doucement sans avoir à enterrer une musique rock démente, à nous laisser apprécier la subtilité et la polyvalence de sa voix qu’il a pu déployer sans retenue. Pour quelques titres, sa choriste Nadia Hawa Baldé est littéralement accourue sur scène, ce qui nous a fait vivre certains des plus beaux moments de la soirée. On sera marqués par ce duo, à la fois tendre et ardent, sur le standard jazz, My Funny Valentine.
Des raretés et du Burt Bacharach
Il s’est aussi permis de chanter des titres plus rares : la belle Wild and Free (la seule en anglais sur Darlène), un titre de Burt Bacharach, J.-C., et a clôt sa performance en larmes, en rendant hommage à son amour Noémie, pour qui il a interprété la chanson qui lui est dédiée f.p.b. et qui porte son nom.
Hubert Lenoir au Gesù séduit son auditoire
Par son authenticité, par son talent et par son audace musicale, Hubert Lenoir a encore une fois séduit son auditoire, pourtant déjà vendu à sa cause, mais qui cette fois a été trimbalé dans un univers complètement différent de ses shows rock où les stage-dive et mosh-pits sont monnaie courante.
Bref, un concert unique et personnel, d’un artiste de haut niveau dont l’immense potentiel ne fait qu’éclore. On n’a pas fini d’en entendre parler, ni de découvrir toutes les facettes de son talent.
Plus tôt dans la soirée – Kellylee Evans, Ben Racine et Cécile Doo-Kingué
Parmi les nombreux concerts présentés dimanche soir au FIJM, notons la performance touchante et entraînante de la talentueuse et attachante chanteuse d’Ottawa Kellylee Evans, le blues enflammé du guitariste et chanteur montréalais Ben Racine et le rock groove de Cécile Doo-Kingué, dont le jeu de guitare est des plus abrasif.
Ce texte est une collaboration spéciale de Nicolas Pelletier
Mélomane invétéré plongeant dans tous les genres et époques, Nicolas Pelletier a publié 6 000 critiques de disques et concerts depuis 1991, étudié la guitare et été DJ. Il publie le recueil « Les perles rares et grands crus de la musique » en 2013, et dans la foulée, lance le site RREVERB. Stratège numérique des radios de Bell Média (iHeartRadio), puis directeur du numérique d’ICI Musique, la radio musicale de Radio-Canada, il a ensuite œuvré au lancement de QUB musique, la première plateforme de streaming musical faite par et pour les Québécois.
Photo : Marie-Emmanuelle Laurin
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