
Ce fut un elfe du piano, ainsi qu’un instrumentiste de premier plan. Trop tôt disparu (1921-1977), Erroll Garner trône au panthéon de la discothèque de votre chroniqueur. Quand un coup de déprime arrive, hop, on ressort ce Erroll qui fredonne, puis les nuages noirs disparaissent par magie.
Erroll Garner – autodidacte, il compose Misty et joue avec Coltrane
Autodidacte, ne sachant pas lire la musique, il mémorisait les partitions, ce qui ne l’a pas empêcher de composer Misty et d’accompagner le saxophoniste John Coltrane. Spontané, son univers musical est difficilement rattachable à une période, malgré l’influence d’Art Tatum et d’Earl Hines. Cultivant les ouvertures parfois surprenantes, navigant comme un poisson dans l’eau entre les styles stride, boogie, bop et même classique, il ouvrit la voie à des instrumentistes plus modernes comme Ahmad Jamal, Red Garland et certainement Michel Petrucciani.
Grâce à la petite compagnie de disques Octave, Erroll Garner fait un retour des plus bénéfique avec deux titres majeurs : Up in Erroll’s Room (featuring the BrassBed) et That’s My Kick.
Up in Erroll’s Room
Oubliant pour une fois l’art du trio, nous le retrouvons sur Up in Erroll’s Room dans une formation sous la direction de Don Sebesky avec des cuivres. Loin d’être du menu fretin, on y retrouve les Brass Bed : Marvin Stamm (trompette), James Cleveland (trombone), Jerome Richardson(saxophone ténor), Pepper Adams (saxophone baryton) et Don Butterfield (tuba), un ensemble pour le moins dynamique qui appuie le lyrisme du magicien ainsi que Ike Isaacs (basse), Jimmie Smith (batterie) et José Mangual (congas). Loin d’être un classique, il reprend Watermelon Man, Groovin’ High, All the Things You Are, et comme morceau de choix à méditer : I Got Rhythm.
That’s My Kick
Dans un autre état d’esprit, That’s My Kick, enregistré en 1967, s’avère être du Erroll pur jus. Variant sans cesse les temps, jouant sur tous les tableaux du jazz ou presque, tout pianiste devrait réécouter ce maître des 88 touches et c’est du beau. Réécoutons la version touchante qu’il donne de The Shadow of Your Smile, le classique et vivifiant More, Autumn Leaves évidemment avec quelques surprises à la clé et bien entendu : That’s My Kick. Comme toujours, chapeau aux musiciens qui devaient s’adapter aux facéties de notre elfe tout sourire, même quand on se nomme Milt Hilton (contrebasse) et José Mangual (congas). On y retrouve également Wally Richardson (guitare), Art Ryerson (guitare), Johnny Pacheco (congas), Herbert Lovelle (batterie) et George Jenkins (batterie).
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.