
De Kamaal Williams à Sons of Kemet, en passant par The Comet Is Coming et Blue Lab Beats, le Royaume-Uni se positionne comme un des pôles musicaux les plus créatifs du moment, produisant certains des albums et artistes de jazz contemporain parmi les plus fascinants des dernières années. Nourri d’influences hip-hop, R&B et électro comme nombre de ses compatriotes, le pianiste, compositeur et producteur londonien DoomCannon lançait il y a quelques jours Renaissance (2022) sur l’étiquette Brownswood Recordings. On y découvre un jeune artiste en pleine possession de ses moyens qui nous dévoile un univers méticuleusement conçu, inspiré par l’expérience afro-britannique à l’ère du mouvement Black Lives Matter.
TriForce et Project Karnak et Kinetika Bloco
À la tête de nombreux projets ancrés dans le jazz d’avant-garde et l’improvisation libre tels que TriForce et Project Karnak, le jeune DoomCannon s’est d’abord initié à la flûte et aux percussions dès l’âge de onze ans et avant de se former au piano classique et jazz à l’adolescence. Il se joint quelques années plus tard aux prestigieux ensemble Kinetika Bloco, un tremplin ayant propulsé la carrière de nombreux artistes aujourd’hui à l’avant-plan du jazz britannique, comme Theon et Nathaniel Cross, Mark Kavuma et Sheila Maurice Grey. DoomCannon collabore également avec la chanteuse primée Celeste qui en fait son directeur musical dans le cadre de sa performance aux Brit Awards.
Dark Ages, Entrance To The Unknown, Uncovering Truth et Amalgamation
D’entrée de jeu, le jeune prodige donne la pleine mesure de son jazz aux accents R’n’B avec les suaves et sulfureuses Dark Ages et Entrance To The Unknown, deux titres d’ouverture irrésistiblement groovy qui démontrent une approche du jazz à la fois cérébrale et ludique, sa musique se prêtant tout autant aux concerts qu’aux casques et aux systèmes stéréo haute-fidélité. Uncovering Truth et Amalgamation voient cette fois le groupe jouer avec des mesures irrégulières, mais toujours avec goût, sans jamais verser dans les excès formels.
Renaissance – un coup de maître pour DoomCannon
Les musiciens explorent également les contrastes de tonalités et d’ambiances, opposant notamment le pathos de Times au futurisme de This Too. Les arrangements pour chorale et pour cordes se marient quant à eux habilement aux rythmes hip-hop et aux sons de synthés, formant une vaste mosaïque sonore dans laquelle l’auditeur s’abandonne en toute facilité. Particulièrement abouti pour un premier album, Renaissance (2022) constitue sans conteste un coup de maître pour un artiste en début en parcours.
Dark Ages / Entrance to the Unknown / Uncovering Truth / Thesis / Amalgamation / This Too / Times (avec Lex Amor) / Black Liberation Prologue / Black Liberation
Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook / twitter
Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Il est également impliqué au Centre de musique canadienne du QC. Pour voir tout ses bons plans et chroniques d’albums, c’est ici