Entrevue : Rémi Bolduc et Le Bolduc Groove Quintet @ Studio TD (9 avril)


Rémi Bolduc et Le Bolduc Groove Quintet (2026), son plus récent projet et album à venir le jeudi 9 avril seront en concert de lancement @ Studio TD. Cet artiste incontournable de la scène jazz canadienne aime bien le groove qu’il joue depuis l’âge de 15 au fils des différents bands et projets. Voici l’entrevue que j’ai réalisée avec Rémi sur ce 12e album, Le Bolduc Groove Quintet (2026).




Le Bolduc Groove Quintet s’est aussi Chantel de Villiers au saxophone ténor et à la voix, Nick Semenykhin à la guitare, Ira Coleman à la contrebasse et Rich Irwin à la batterie.


Claude Thibault : Le Bolduc Groove Quintet, ça évoque un style pour lequel on t’associe moins. Si on regarde tes derniers albums, par exemple, Les Esprits de Paris avec Jerry Bergonzi, et avant ça Swinging with Oscar. Donc, parle-nous un peu de c’est quoi le groove pour toi ?


Rémi Bolduc : Quand j’ai commencé professionnellement à jouer à 15 ans, déjà on jouait des musiques de groove. Puis plus tard, j’ai joué dans des groupes où on jouait de la musique de James Brown, de R&B, et de Motown. Même si mes albums ne sont pas représentatifs de cette musique-là, j’ai quand même écouté Maceo Parker et David Sanborn. À une époque, je jouais dans un groupe qui s’appelait The Beards. C’est pour ça que c’est moins représentatif de mes derniers albums, mais j’ai fait quelque chose de plus avec la guitare électrique sur mon premier album avec Ben Monder à la guitare, Mark Johnson à la contrebasse. Il y avait une pièce là-dessus de Ben qui était très électrique. Donc quand j’étais à New York, je jouais beaucoup avec des guitaristes. C’était plus simple aussi parce que dans les appartements, on n’avait pas de piano nécessairement. Mais ça, ça a amené aussi l’idée de faire le projet avec la guitare. Mais au départ, ce projet-là, finalement, ça a vraiment parti du projet de Chantel de Villiers de faire Funky Princess. Suite à ça, on a joué ensemble, on a gagné le meilleur concert de l’année à la Maison de la culture Côte-des-Neiges pour le Prix Opus. C’est suite à ça que j’ai pensé à ce projet-là, puis quand j’ai commencé à composer la musique, Chantel se remettait à la voix, et puis ça m’a aussi inspiré pour composer certaines pièces où qu’il allait y avoir quand même un peu de voix.




Claude Thibault : Oui, j’ai entendu ça, c’est des très beaux arrangements et une collaboration marquante avec Chantel.


Rémi Bolduc : Oui, ça m’a inspiré pour faire ça, parce que des saxophonistes qui peuvent chanter, il n’y en a pas une tonne.


Claude Thibault : Parlons un peu le répertoire. The Lickin’, Paper Trail, Réflexion harmonique, Ballade pour Chantel, Jazz Buzz, Rhythm The Light, Lumi Tropical, Sunset Square.


Rémi Bolduc : Le premier morceau qui a vraiment commencé ce projet-là, c’est la première pièce qui s’appelle The Lickin’. The Lickin’, quand j’ai pensé à ce projet-là, j’avais une idée dans la tête, comme quand on va dans des gros partys un peu techno, de rave, puis ça commence avec la basse, puis le beat de drum. Fait qu’à partir de là, j’ai composé une pièce qui met ça en évidence. Et puis aussi, The Lickin’, ça vient de la lick. La lick, pour les musiciens de jazz, c’est une mélodie…C’est comme quand quelqu’un joue ça dans le jazz, on disait quelqu’un joue de la lick. On joue une toune de Duke, de Stevie Wonder, on fait l’affaire des Brecker Brothers. Il y a comme différentes licks, ça finit avec une lick de Charlie Parker. C’est un mélange de tout ça avec la voix. Ça fait que ça, c’est la partie, c’est le projet qui a donné un peu de ton à la musique. Mais c’est sûr, moi, quand je part dans quelque chose, ça va tout le temps finir avoir mon son parce que il n’y aura jamais juste un accord. C’est comme ça que j’entends la musique.

Il y a différentes choses là-dedans. Comme Rhythm Delight, c’est vraiment de la guitare de la distorsion. Ça commence avec un gros intro de guitare de distorsion. J’avais envie d’écrire ça. Je visualisais, j’entendais le groupe jouer ça. Donc c’est des idées comme ça. Puis à partir de là, t’articules un peu la musique avec tes connaissances. Puis moi, ce que j’entends des différents groupes autour de moi, par l’entremise de mes étudiants des fois, c’est qu’ils écoutent toutes sortes de musiques. Donc ça me fait entendre d’autres choses. Puis ça reste dans ma tête. Puis quand je compose, je vais m’inspirer de ça.


Claude Thibault : D’ailleurs, parlons de guitare, Nick Semenikin, qui est un guitariste quand même up and coming, on pourrait dire, parce qu’il est connu dans un certain milieu, mais ce n’est pas connu encore du grand public, et qui a quand même un parcours intéressant.


Le Bolduc Groove Quintet @ Studio TD (9 avril)


Rémi Bolduc : Nick, premièrement, il vient d’Ukraine. Ses parents sont en Ukraine en ce moment. Donc, il a vraiment connu la guerre et tout ça. Et puis, il s’est retrouvé à New York où il a étudié. Puis, suite à ça, il est venu à Montréal faire sa maîtrise à McGill. Et puis, il était dans mon cours où j’enseigne l’improvisation au niveau maîtrise. Et puis, c’est vraiment un excellent musicien. À New York, il avait enregistré sur la label de Dave Douglas, le trompettiste. Et puis, suite à ça, quand j’ai voulu faire ce projet-là, parce que dans ma tête, je voulais avoir un guitariste qui peut jouer du groove. qui peut jouer distorsion, qui peut jouer quelque chose de plus latin, qui peut jouer sur des pièces avec beaucoup d’accords. Et puis aussi des pièces, des odd meters qu’on appelle. J’ai une pièce en 13/4. Donc avoir tout ça, il n’y en a pas tant que ça à qui je peux penser. Quelqu’un qui n’est pas trop vieux, disponible pour pratiquer. Et c’est vraiment le guitariste parfait pour ça. Sur l’enregistrement, il joue de la guitare acoustique, guitare distorsion, des guitares plus modernes. Il avait amené plusieurs guitares. Donc, c’est un très bon musicien qui a un background qui peut jouer du bop, mais qui peut jouer moderne aussi, puis il est très sérieux aussi. Il regarde sa musique…et il pratique.


Claude Thibault : Puis bon, tant qu’à parler du guitariste, bon, évidemment, on a parlé de Chantel, mais il y a Ira Coleman qui a quand même côtoyé le milieu du jazz, mais aussi pas que le jazz, avec des artistes bien connus. C’est également un collègue de McGill. Puis Richard White aussi qui fait un peu dans tous les genres.


Rémi Bolduc : Dans tous les genres, parce que pour jouer ce style-là, ça prend un batteur qui peut jouer à un moment donné, c’est sûr qu’il a des affaires plus jazz, on va dire, mais souvent quand c’est plus du groove, je veux quelqu’un qui est capable de jouer du groove et du groove intéressant quand même. Oui, puis pas juste un backbeat, je veux dire, qui connaît ce genre-là, qu’on peut interagir, puis Rich fait tout ça lui, aucun problème. Pour ceux qui ne connaissent pas Ira Coleman, c’est quelqu’un qui a joué avec tout le monde, avec Sting pendant trois ans et Tony Williams. Tout à l’heure, on a répété, il dit «ah oui, cet été, je pars en tournée avec Joe Lovano et Jonathan Blake en Europe». Ça fait que je suis content qu’ils soient là. Et puis Chantel, elle a le saxophone et la voix. Puis avec Chantel au saxophone, je peux écrire tout ce que je veux. Elle a étudié à l’Université de Montréal à l’époque. Et puis en saxophone, elle a une très bonne lecture. Donc je ne me sens pas limité dans mon écriture. Puis on a un bon son ensemble, on blende bien ensemble. Notre justesse est bonne parce que des fois on fait des duos ensemble, on joue ensemble, on est habitués de jouer ensemble. Ça, c’est le fun.


Le Bolduc Groove Quintet @ Studio TD (9 avril)


Claude Thibault : Donc à ce moment-là, toi t’es sur l’alto ou quoi?


Rémi Bolduc : Ouais, moi je suis juste sur l’alto, puis elle est sur le sax tenor, puis juste la voix. Concernant le concert parce que là c’est du jazz, est-ce que je vais avoir du monde dans ma belle salle ?…parce que le Studio TD c’est une grande salle, je veux qu’il y ait du monde, je ne veux pas qu’on soit 20.


Claude Thibault : Moi, je suis témoin de ta musique et de tes concerts et ça fonctionne toujours très bien. Je suis convaincu et on est là pour t’appuyer dans cette démarche-là.


Rémi Bolduc : Oui, c’est gentil, merci. C’est important parce qu’il n’y a pas beaucoup de médias qui couvrent le jazz comme toi.


Claude Thibault : on va être là, c’est sûr, c’est sûr, parce qu’on a le goût de groover aussi. Alors, qu’est-ce que tu aimerais ajouter pour terminer? Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas dit, qu’on n’a pas couvert, que tu aimerais dire?


Rémi Bolduc : Moi j’aimerais dire en général, au niveau philosophique, un peu par rapport à la musique et où les arts s’en vont en ce moment, parce qu’il y a beaucoup de polémiques par rapport à tout ce qu’on trouve sur les grandes plateformes numériques comme Spotify, par exemple, en ce moment, où on va parler qu’on écoute des playlists que c’est tout de l’AI, on sait même plus si c’est des êtres vivants. Ça fait que nous autres, les musiciens live, en fait, c’est vraiment pour moi le remède à ça, à ce problème-là, parce qu’en venant écouter les musiciens live, bien là, il n’y a aucun doute, que vous allez entendre des vrais musiciens. Puis je pense que toute cette crise-là va ramener les gens au contact humain direct parce que sinon, tu ne sais plus avec qui tu as affaire. Ça fait que moi j’encourage le monde à embarquer déjà dans ce mouvement-là, le mouvement humain d’aller écouter des musiciens live, moi ou d’autres. L’interaction qu’on a entre nous, en improvisation, c’est vraiment au moment, en temps réel, tu sais. Fait que c’est quelque chose qui est unique à notre musique, pis je pense que c’est quelque chose qui se fait vraiment, qui se partage live, en fait.

C’est ça mon message.


Claude Thibault : Merci Rémi. Alors, pour conclure, ne manquez pas Le Rémi Bolduc Groove Quintet qui sera en concert jeudi le 9 avril au studio TD avec Chantel De Villiers au saxophone ténor, Rémi Bolduc au saxophone alto évidemment, Nick Semenykhin à la guitare, Ira Coleman à la contrebasse et Rich Irwin à la batterie.


11 albums a son actif


Au cours de sa carrière, il a signé 11 albums et partagé la scène avec plusieurs figures internationales du jazz, dont Kenny Werner, Marc Johnson, Ben Monder et Jerry Bergonzi, affirmant ainsi sa place parmi les musiciens marquants de la scène jazz contemporaine.


Le Bolduc Groove Quintet – créer une musique vivante ancrée dans le groove


« L’étincelle de ce projet, Le Bolduc Groove Quintet, viens d’une simple envie : créer une musique vivante, ancrée dans le groove, ou chaque musicien trouve sa place, sa voix et surtout le plaisir de jouer. »


The Lickin’ / Paper Trail / Réflexion Harmonique / Ballade pour Chantal / Jazz Buzz / Rhythm Delight / Nuit Tropicale / Sunset Square


La sortie de ce nouvel album et le concert de lancement du 9 avril 19h30 promettent une soirée d’exception, mettant en lumière toute la richesse artistique et l’expérience d’un musicien qui continue de façonner le jazz avec passion et intégrité.


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Le Bolduc Groove Quintet @ Studio TD


Rémi Bolduc – saxophone alto et compositions
Chantel De Villiers – saxophone ténor et voix
Nick Semenykhin – guitare
Ira Coleman – contrebasse
Rich Irwin – batterie


Studio TD – 305 Ste-Catherine O
Jeudi 9 avril @ 19 h 30
ouverture des portes @ 18 h 30

l’événement facebook

Les billets sont offerts au prix régulier de 24 $, et à 15 $ pour les étudiants ainsi que les personnes de 65 ans et plus  : billetterie


Photo : Dariane Sanche


Rémi Bolduc invite Jerry Bergonzi – Les Esprits Oubliés (2023)


 

 

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