
J’ai rencontré le jeune vidéaste et trippeux de musique Jean-François Hayeur du défunt Punk Empire en 2006 aux premières heures de sortiesjazznights.com. Il m’avait approché pour discuter d’une possible collaboration sur des projets de vidéo en jazz, sa nouvelle passion de l’époque et qui s’est ensuite concrétisée avec plusieurs projets. Au fil des années Jean-François a travaillé comme disquaire, programmeur, agent, réalisateur et producteur vidéo et lançait en 2021 le Montreal Concert Poster Archive (MCPA), une merveilleuse documentation d’archives en ligne sur l’histoire de la musique a Montréal. Il publiait récemment l’histoire du réputé club de jazz de l’époque, L’Air du Temps (1978-2001) qui était situé au 191 rue Saint-Paul Ouest dans le Vieux-Port de Montréal. Voici son histoire sur le MCPA.
Paul Minuto – fondateur de L’Air du Temps
Paul Minuto, le propriétaire de L’Air du Temps, ne s’est pas contenté de faire trois fois le tour du monde en tant que capitaine d’un yacht privé appartenant à un millionnaire, il a aussi réalisé son rêve de fonder un endroit où le jazz de qualité pouvait être écouté dans un environnement confortable.
L’Air du Temps nait en juin 1978
Avec l’aide d’un menuisier et de quelques étudiants et un investissement de $180,000, Paul Minuto, 33 ans, réussit à convertir en un an et demi un entrepôt du Vieux-Montréal datant de 1842 en L’Air du Temps. Le club naît en juin 1978 et a une capacité de 91 clients. Le style est Art-Déco, avec des boiseries, des plantes, et un perroquet appelé Norman dont le seul mot est « allô ». Le club présente d’excellents artistes comme Geraldine Hunt, originaire de Chicago, le trompettiste Steve Hold, le pianiste ragtime Billy Georgette, le saxophoniste new-yorkais Billie Robinson ainsi que Bob Mover.
Une descente de la police en 1979
Lorsque la police fait une descente à L’Air du Temps à l’été 1979, le mandat indique que les autorités recherchent des « activités radicales et des armes à feu », déclare Paul Minuto, à sa grande stupéfaction. « C’est un club de jazz, un beau club de jazz propre. Personne n’a un dossier ici, personne ne porte d’armes. Tout le monde est straight. C’est quoi l’histoire? ». Charlie Biddle, alors bassiste chez Tiffany’s sur la rue Crescent, déclare qu’il croit que le raid visait à aider à mettre M. Minuto à la faillite : « Quelqu’un est là pour faire de la place, ruiner le club. Les gens recommencent à aimer le jazz, et les gens du disco sont inquiets. M. Minuto dirige un club décent, le meilleur club de jazz de la ville. »
Pendant vingt ans L’Air du Temps était le lieu préféré des musiciens d’ici
Pendant vingt ans, la boîte de jazz de la rue Saint-Paul a été le lieu préféré des musiciens d’ici. Quand on y pénètre, juste d’un point de vue architectural, on entre presque dans un musée. On pourrait parler des murs de briques, de l’escalier en spirale qui provient des double-deckers londoniens du début du siècle, des salons-wagons qu’utilisait jadis le premier métro de Paris, des ventilateurs au plafond, de la petite mezzanine, des lustres et abat-jour; bref, un astucieux ramassis de reliques qui donnent une âme aux quatre murs. Sauf que tout cela ne signifierait pas grand-chose sans les musiciens. Ce sont eux, les vrais meubles. Ce sont eux qu’on va voir et entendre casser leurs nouvelles compositions. Ce sont eux qui tentent des expériences, qui choisissent L’Air du Temps pour se redonner confiance, ou qui, simplement, viennent comme clients, prendre le pouls de la douce folie du moment.
« Moi, ça me fait penser au Birdland ou au Five Spot Café à New York » dit Michel Donato
Pour lire la suite de l’article : https://montrealconcertposterarchive.com/air-du-temps/
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