
Elle est souriante, enjouée et jamais à court d’idées. En quarante ans de jazz, la pianiste québécoise Lorraine Desmarais, une pionnière qui aura pavé la voie à bien d’autres jeunes pousses, ne nous aura jamais déçus. Que ce fut en trio avec son inestimable batteur Camil Bélisle, en tête-à-tête avec les pianistes Chick Corea/Oliver Jones, ou avec son Big Band sans oublier les multiples participations avec des orchestres symphoniques, Lorraine carbure toujours aux projets avec passion. Écoutez cette passion dans Bill, une des ses sublimes compositions.
Vendredi le 8 juillet au Monument National, le Festival international de jazz de Montréal soulignera, avec éclat, les quarante ans de jazz de Lorraine Desmarais. Nous avons donc discuté avec cette inestimable interprète.
Christophe Rodriguez : 40 ans de jazz, c’est plus qu’un bail, c’est une histoire qui se confond avec l’histoire de la note bleue québécoise…
Lorraine Desmarais : Juste avant cette entrevue, je regardais mon CV. Houla, j’en ai fait des choses. 40 ans, c’est beaucoup et parfois j’ai l’impression que c’était hier. En 1982, grâce aux Jeunesses Musicales du Canada, je suis parti en tournée et ce fut vraiment le début d’une carrière entièrement marquée par la passion. Détentrice d’une maîtrise en piano classique à l’Université McGill, j’ai commencé a fréquenter les combos de jazz, tout en écoutant Oscar Peterson, Bill Evans, Chick Corea. Immédiatement, je me suis dit que c’est cette voie que je voulais suivre et grâce à une bourse du Conseil des arts du Canada, j’ai perfectionné mon travail avec le pianiste Kenny Barron qui fut entre autres l’un des piliers du quintette du trompettiste Dizzy Gillespie. La rampe de lancement fut le prix du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) que j’ai reçu en 1984 et depuis, rien ne s’est arrêté.
Christophe Rodriguez : En regardant votre parcours de plus près que je connais assez bien, vous avez multiplié les projets. En Big Band, en trio, avec le Diva Jazz Orchestra, en duo avec Oliver Jones ou Chick Corea, sans oublier votre travail avec des formations symphoniques. En quoi consiste le moteur créatif de Lorraine Desmarais ?
Lorraine Desmarais : C’est un tout. Comme j’aime le tango argentin que je danse aussi, il me fut plus facile de transposer mes idées dans Danses, Danzas, Dances. Le jazz est un mobile qui permet beaucoup de choses, pourvu que nous ayons un peu de moyens. Avec mon trio, c’est l’univers de Lorraine Desmarais et la plupart du temps, mes compositions. J’adore également Bill Evans à qui j’ai rendu hommage et le monde symphonique où je fus souvent invité en tant que soliste.
Christophe Rodriguez : Vous avez été longtemps associé au trompettiste Tiger Okoshi, une période semi-fusion très importante, puis est arrivé le disque Couleurs de Lune qui nous a fait découvrir une Lorraine Desmarais plus romantique ou se glissait r parfois des élans classiques.
Lorraine Desmarais : Pour Tiger, vous avez en partie raison et ce fut une époque exaltante. Couleurs de lune (2012) est un autre espace, là encore avec des compostions personnelles. En même temps ou presque, je travaillais aussi sur l’univers du tango et des musiques sud-américaines. Créer ce n’est pas facile, mais il faut faire avancer ses idées ainsi que ses projets.
Christophe Rodriguez : Longtemps vous fûtes enseignante à temps plein (Cégep St-Laurent ainsi qu’à l’Université de Montréal). La sécurité financière, certes, mais aussi transmettre le savoir.
Lorraine Desmarais : Enseigner garde jeune. Nous sommes loin de l’époque ou je transcrivais les solos d’oscar Peterson ou Chick Corea à partir d’un vinyle. Oui j’enseigne l’aspect technique, la base, indissociable du travail de pianiste. Avec YouTube, les jeunes ont accès à tout, surtout des idées et un savoir. Je me vois plutôt comme un mentor qui assiste, explique le vocabulaire et canalise.
Christophe Rodriguez : Femme de jazz dans un monde d’homme, vous êtes une pionnière.
Lorraine Desmarais : Je n’ai jamais songé à ce statut, mais oui, au Québec et au Canada. J’ai eu la chance d’œuvrer avec deux grandes dames du jazz : Marian McPartland et Joanne Brackeen. Jamais je n’ai voulu en faire un combat. Je pense que la musique parle d’elle-même.
Christophe Rodriguez : Et pour ce 40ième au Monument National, qu’allons-nous découvrir ?
Lorraine Desmarais : Beaucoup d’éléments ultra-secrets, mais, il y aura 20 musiciens et les compositions de Lorraine Desmarais (rires). Je participerais au 80e anniversaire du contrebassiste Michel Donato, puis départ en France pour une tournée dans le cadre de Parfum de jazz. Un nouveau disque en chantier et mon Big Band.
Fini la pandémie!
40 ans de jazz pour Lorraine Desmarais au Monument National
Festival International de jazz de Montréal 2022
vendredi le 8 juillet 20 h
Monument National
1182 Boul. St-Laurent
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.
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