Terri Lyne Carrington + Social Science – Trip the Night Fantastic (2026)

Terri Lyne Carrington + Social Science - Trip the Night Fantastic (2026)

Batteuse, productrice, pédagogue et activiste, Terri Lyne Carrington mène sa barque depuis plus de quatre décennies, raflant quatre Grammys au passage, dont le premier en 2014 fait d’elle la première femme récompensée pour le meilleur album de jazz instrumental. On la retrouve entourée du collectif Social Science pour Trip the Night Fantastic (2026), deuxième album du collectif après l’excellent Waiting Game (2019).




Treize nouveaux titres croisant jazz, soul, R&B, hip-hop et influences world music


Entourée du guitariste Matthew Stevens, du pianiste Aaron Parks et du multi-instrumentiste Morgan Guerin, Terri Lyne Carrington accueille une impressionnante brochette de chanteurs, poètes et rappeurs au fil de treize nouveaux titres croisant jazz, soul, R&B, hip-hop et influences world music. Fidèle à elle-même, la batteuse se saisit des urgences de notre époque, des luttes sociales à la crise climatique, pour faire de ce nouvel album un espace collectif de réflexion et de résistance, autant qu’une célébration de la création vivante et partagée.


Autonomy Song constitue le cœur battant de l’album


Très touchante, Autonomy Song constitue le cœur battant de l’album. Déjouant les codes attendus de l’hymne militant, Terri Lyne Carrington drappe d’une soul chaleureuse sa prise de parole pour les droits reproductifs et la liberté face aux violences conjugales. La voix souple de Ledisi et les interventions poétiques de J. Ivy et Tarriona Ball se mêlent aux arpèges lumineux de Brandee Younger, transformant la gravité du sujet en un élan émancipateur puissant, sans jamais diluer le propos. Le morceau touche à quelque chose d’intime, presque charnel, tout en réussissant à nous faire danser, réfléchir et ressentir en même temps.




Identity Song avec Michael Mayo


Le regard s’élargit ensuite quelque peu avec Identity Song, Abolition Song et Solidarity Song. La première, portée par la voix angélique de Michael Mayo et le slam engagé de Nappy Nina, tacle l’enjeu des identités de genre avec finesse et empathie, loin des slogans abstraits et des formules toutes faites. La deuxième associe Kassa Overall à la voix d’Angela Davis pour jeter un regard cru sur le milieu carcéral, l’héritage esclavagiste et la justice transformatrice, alors que la troisième met en scène sur un ton mordant les fractures de classes, d’origines et d’idéologies.




Dans chaque cas, les arrangements foisonnants demeurent limpides, mêlant satire, prise de parole militante et improvisation qui se répondent naturellement. Il ne s’agit donc pas de sermonner, mais plutôt d’orchestrer de véritables conversations musicales à travers une diversité de registres, conférant au projet une intensité dramatique et une réelle force de frappe.


Blues Song (These Poems) superpose un groove souple, la parole d’Aja Monet et les textes de June Jordan


Pet Song prête aux animaux maltraités la voix compatissante du rappeur Khemist et lie leur souffrance à une réflexion plus vaste sur la violence et la souveraineté. Plus marquant encore, Blues Song (These Poems) superpose un groove souple, la parole d’Aja Monet et les textes de June Jordan dans des arrangements denses, mais jamais encombrés.




Pour finir, Reckoning Song – un funk puissant qui appel à passer du constat à l’action politique


Pour finir, Reckoning Song clôt Trip the Night Fantastic (2026) par un funk puissant qui appel à passer du constat à l’action politique, une finale qui résume à elle seule la démarche d’un album ambitieux et profondément collectif, où la prise de position, le partage et l’engagement de soi ne sont pas un simple décor, mais constituent le fondement même de l’acte de création musicale.




Riddim Song / Identity Song / Autonomy Song / Climate Song / Children’s Song / Step Song / Forest Song / Solidarity Song / Prayer Song / Abolition Song / Pet Song / Blues Song (These Poems) / Reckoning Song



Artistes invités : Fatoumata Diawara, Aaron Parks, Morgan Guerin, Michael Mayo, Brandee Younger, Nappy Nina, Tarriona « Tank » Ball, Ledisi, J. Ivy, Kokayi, Matthew Stevens, Morgan Guerin, Christie Dashiell, Lizz Wri, Vuyo Sotas, Miki Howard, Marc Ribot, Larry Goldings, Arooj Aftab, Moor Mother, Rashaan Carter, Kassa Overall, Debo Ray, Angela Davis, Mat, Debo Ray, Ian Michael, Kh, Safa, et Debo Ray.


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Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook

Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Chaque deux semaines il nous propose un album. Pour voir tout ses bons plans et chroniques d’albums, c’est ici

 

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