
Enregistré en seulement quatre heures, Straight08 (2026) voit trois géants de la scène contemporaine, Sam Barsh (claviers), Keyon Harrold (trompette) et Mark Guiliana (batterie), rendre hommage à la mythique boîte à rythmes TR-808.
Straight08 (2026) – un hommage à la la boite à rythmes TR-808
Accessoire incontournable des premières vagues du hip-hop, de Run-DMC et Public Enemy à Kanye West, la boite à rythmes TR-808 s’est rapidement imposée au-delà du genre, trouvant sa place dans l’électro des années 1980 comme chez Marvin Gaye, Phil Collins, les Talking Heads, New Order, ou encore Madonna. Le trio conjugue ainsi des influences jazz, hip-hop, r’n’b et électro, sans sacrifier la spontanéité et l’improvisation qui demeurent centrales. Malgré une instrumentation épurée, les onze nouveaux titres demeurent remarquablement riches et fouillés, portés par la complicité de musiciens qui se connaissent depuis des lustres, leurs routes ayant notamment croisé celles de Kendrick Lamar ou Anderson .Paak.

Todd 4 et Little Sunflower
Dès Todd 4, le concept prend tout son sens. La basse synthé de Sam Barsh et la batterie de Mark Guiliana installent une pulsation massive, alors que Keyon Harrold fait virevolter sa trompette au-dessus tout en souplesse. Le Rhodes saturé prend ensuite le relais sans jamais abandonner la basse, toujours parfaitement cadrée avec la batterie. Avec Little Sunflower, cette mixture moderne se confronte au répertoire, chaque instrument évoluant en toute complémentarité au fil d’une relecture particulièrement élégante du standard de Freddie Hubbard.
Fergumette Park et Todd 5
Plus loin, le trio modifie subtilement la formule avec Fergumette Park qui part d’un groove subtilement swingé et d’une ligne de basse bien pesante, avant de laisser le trompettiste déployer des lignes mélodiques lumineuses. Largement improvisée, Todd 5 ralentit la cadence avec ses claviers abrasifs et sa trompette mélancolique qui se fondent l’un dans l’autre à la perfection. La pièce éponyme joue elle aussi sur les contrastes, passant de rythmiques compactes à des passages plus aérés. C’est précisément cette capacité à générer des paysages sonores denses et variés à partir d’une instrumentation aussi minimaliste qui empêche la formule de devenir redondante, voire un simple exercice de style.
Keys to the Suburb, The Corrugation et Green Chimneys
Keys to the Suburb et The Corrugation ramènent le groove au premier plan, avec une batterie particulièrement incisive et des claviers qui ajoutent des couches rythmiques aussi insistantes qu’accrocheuses. La seconde permet également d’entendre la complicité exceptionnelle des musiciens, entre qui les idées et motifs circulent librement, donnant l’impression que la musique se construit sous nos oreilles. Même les références à Thelonious Monk dans Green Chimneys s’intègrent naturellement dans cet univers très singulier. Et c’est précisément la grande réussite de Straight08 (2026), qui trouve avec brio ce difficile équilibre entre respect du vocabulaire jazz et création d’un style unique, à la fois minimaliste, dynamique et très vivant.
Sam Barsh – claviers
Keyon Harrold – trompette
Mark Guiliana – batterie
Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook
Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Chaque deux semaines il nous propose un album. Pour voir tout ses bons plans et chroniques d’albums, c’est ici

