
Les oreilles pleines de flamenco, de chants occitans, de techno espagnole, et de langue catalane, je reviens aux Pays-Bas, point de départ de ce périple culturel, pour vous donner ma dernière appréciation de la trilogie Charlotte a vu en Europe! pour le concert de Richard Bona et le Metropol Orkest au grandiose TivoliVredenburg d’Utrecht (Pays-Bas).
Richard Bona et le Metropol Orkest @ TivoliVredenburg d’Utrecht (Pays-Bas)
Ce 20 février 2025, je me rends en train vers la ville historique d’Utrecht pour assister au concert de Richard Bona avec le Metropol Orkest. Située dans le complexe TivoliVredenburg et conçue spécifiquement pour accueillir des concerts orchestraux et de musiques du monde, la Grote Zaal offre à plus de 1700 spectateurs une vue imprenable sur l’énorme scène ce soir-là.
Amen Amen, où l’explosivité des cuivres côtoie la délicatesse de la harpe
Combinant l’instrumentation du big band aux cordes, aux bois et aux percussions africaines, un arrangement du chef d’orchestre Vince Mendoza ouvre la soirée. La pièce fusion Amen Amen, où l’explosivité des cuivres côtoie la délicatesse de la harpe, démontre la richesse culturelle que le Metropole Orkest incarne depuis 1945. L’ensemble se présente comme l’une des figures de proue de la musique orchestrale “avec du groove”. Pas étonnant de voir que cet ensemble quatre fois récompensé aux Grammys collabore avec Richard Bona depuis une douzaine d’années: ils partagent le désir de bâtir des ponts entre les gens et les cultures.
Richard Bona – du balafon à quatre ans, à un artiste remarquable sur la scène mondiale
Né en 1967 au Cameroun, petit-fils d’un griot (poète musicien ambulant dépositaire de la tradition orale ouest-africaine), Richard Bona joue du balafon pour sa paroisse dès l’âge de quatre ans et suit l’appel de la musique, devenant un des artistes les plus remarquables sur la scène internationale du jazz, du afro et des musiques métissées. Cette semaine, après déjà une vingtaine de représentations depuis le début de 2025, il est en tournée avec le Metropol Orkest dans quatre villes des Pays-Bas.
Un voyage de célébration et d’espoir
La sérénité qui émane de Richard Bona dès le premier pas de sa lente entrée en scène nous habite jusqu’à la dernière note du concert. À travers une douzaine d’orchestrations de compositions tirées en majorité de ses premiers albums, Richard Bona nous emmène dans un voyage de célébration et d’espoir, chantant des contes dans sa langue maternelle et accompagnant à la basse électrique. J’entends dans sa voix une sagesse ancestrale, une lumière apaisante qui semble provenir de quelqu’un sans prétention, sans besoin de prouver quoique ce soit, qui est seulement là pour partager la joie qu’il a dans son cœur.
Mulema, une pièce dédiée à sa mère
Vers la fin de la première partie, Bona dédie une chanson à sa mère, la pièce Mulema, qu’il débute à la guitare acoustique avec un ostinato léger, pirogue tranquille à laquelle se joignent peu à peu la basse, la batterie, le xylophone et les violons en pizzicato. La texture luxuriante évolue, et l’entrée des cuivres donne lieu à une escalade jubilatoire où le chanteur nous fait cadeau de notes puissantes. Moi qui languissait de voir comment cette intensité serait redescendue vers une fin naturelle, où la nature retourne au calme après l’orage, je suis prise court par l’abrupte paaaa…PAM!, qui a été choisi pour ponctuer le sommet et terminer en force, mais ne m’a, en fait, que coupé l’herbe sous le pied. Seule bavure d’un spectacle extraordinaire.
Un joyau – l’arrangement de la chanson Agingilayé
L’arrangement de la chanson Agingilayé est pour moi un joyau qui stimule mon imaginaire à la manière d’Alan Menken. Un bécasseau qui vole tranquillement dans un ciel bleu, puis bifurque à travers une couche de nuage…Sa descente vers le sol nous révèle un paysage chaud et frémissant, plein de vie, et on entend une musique de la terre qui nous dit: bienvenue.
Le party est poigné sur Please Don’t Stop
À l’exception d’un solo langoureux de trombone qui était un peu enterré par les cordes, l’équilibre de son était splendide, assisté de systèmes d’amplification dernier cri. Mendoza a aussi brillamment mis en valeur le big band en nous livrant des pièces à saveur funk telles que Please Don’t Stop, de l’album Tiki (2006), où Bona a dévoilé le Stevie Wonder en lui et “mis le party dans la place”.
Ponda : contre mélodies à la Bob Brookmeyer
La pièce Ponda, introduite et terminée par un élégant solo de hautbois, m’intrigue par ses rythmes sud-américains et ses contre mélodies à la Bob Brookmeyer. Alors que le jeu de Bona porte l’essence de l’afro pop, ce multi-instrumentiste qui a découvert la basse en entendant une pièce de Jaco Pastorius dans un club de jazz de la ville de Douala au Cameroun, puis a étudié le jazz en Allemagne dans les années 90, témoigne de son appréciation de l’ère du swing en citant Stompin’ at the Savoy dans son solo.
Manakya o Brazil en rappel
La seconde partie est aussi marquée par des chefs d’œuvres comme Shiva Mantra où le saxophoniste soprano Marc Soholtan, le ténor Leo Janssen et le guitariste électrique Petur Tiehuis livrent des solos d’enfer, et comme Manakya o Brazil, la samba offerte au premier rappel, qui fait lever la foule et en demander encore.
Finalement, la tendresse et la sincérité que Richard Bona et des musiciens nous communiquent dans Uprising of Kindness me font penser à ma famille et à la chaleur humaine de mon cher pays, et me soufflent que je suis prête à retourner près des miens, enrichie pour toujours par cette multitude de rencontres.
Programme de la soirée :
Amen Amen
Engingilaye
Uprising of Kindness
Kalabancoro
Mulema
Please Don’t Stop
Shiva Mantra
Ponda
Bisso Baba
Suninga
O sen sen sen
Manyaka O Brazil
Richard Bona et le Metropol Orkest @ TivoliVredenburg d’Utrecht (Pays-Bas)
Jeudi le 20 février 2025
Charlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com
La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts de la grande famille du jazz.
Avishai Darash @ Bimhuis d’Amsterdam – Charlotte a vu en Europe! (9 janvier 2025)
Camille Bertault @ L’Empreinte @ Brive-la-Gaillarde – Charlotte a vu en Europe! (31 janvier 2025)