
Nouvel album du trompettiste et compositeur Rémi Cormier, Rich State of Mind (2026) confirme l’ascension d’une des voix les plus talentueuses de la relève jazz du Québec.
Connu pour son travail au sein de la redoutable machine à groove The Liquor Store, Rémi Cormier signe une deuxième parution dans la continuité stylistique de Glimpse (2023), excellent album qui lui avait d’ailleurs valu d’être sacré Révélation jazz Radio-Canada.
Toujours à la croisée du jazz et du hip-hop, mais sans jamais perdre sa touche personnelle, le jeune trompettiste s’est entouré d’un groupe solide avec Levi Dover à la basse, Theo Abellard au piano, Louis-Vincent Hamel à la batterie, Elli Miller-Maboungou aux percussions, Nick Di Giovanni à la guitare et Jennifer-Lee Dupuys au chant. La complicité entre les musiciens saute aux oreilles, chacun et chacune privilégiant le sens du collectif à la démonstration.
Jenny – feutrée et intimiste
L’album s’ouvre sur Jenny, installant d’emblée une atmosphère feutrée et intimiste, à travers laquelle la trompette de Rémi Cormier nous guide comme une lueur dans la brume. En arrière-plan, les nappes vocales de Jennifer-Lee Dupuys enveloppent délicatement la mélodie et ajoutent de la profondeur. Le saxophoniste invité Braxton Cook intervient ensuite avec un solo intense et lumineux, qui contraste par son énergie tout en s’intégrant parfaitement dans la continuité stylistique éthérée du morceau. Reciprocate prolonge cette ambiance, mais sur une rythmique plus animée qui élargit le spectre de la pièce. Le trompettiste y livre un solo particulièrement expressif qui brille par la fluidité du phrasé et son sens mélodique très cinématique.
Zami – un territoire plus groovy
Avec Zami, l’album bascule vers un territoire plus groovy, porté par un beat hip-hop souple et des textures vocales et synthétiques qui créent une impression simultanée de proximité et de grandeur, un jeu de textures qui souligne aussi la production particulièrement léchée signée par le trompettiste. Le guitariste Nick Di Giovanni signe un solo démonstratif, sans jamais devenir racoleur, dont le contrôle et le sens du phrasé confèrent un « swag » caractéristique de l’univers de Rémi Cormier. Le pianiste Theo Abellard prend ensuite le relais dans une énergie similaire, le tout marquant sans conteste un des meilleurs moments de l’album.
Linéage – avec David Binney
La pièce suivante, Linéage, change sensiblement la palette sonore avec ses pulsations électro et ses pads, évoquant par moments l’esthétique EDM. Après un joli passage à l’unisson entre la trompette et le saxophone, le second saxophoniste invité, David Binney, s’empare de l’espace pour y mettre le feu avec un solo qui se construit progressivement jusqu’à de vertigineuses envolées.
Une seconde moitié de Rich State of Mind (2026) révèle d’autres facettes de l’écriture
La seconde moitié du disque révèle d’autres facettes de l’écriture de Rémi Cormier. Morceau mid-tempo teinté de mélancolie, Volition met d’abord en lumière le bassiste Levi Dover dans un solo lyrique et parfaitement articulé, avant que la trompette ne fasse progressivement monter la tension avec élégance. Avec Comforting Lies, l’album fait un bref détour en terrain plus traditionnel, le batteur installant un swing solide qui sert d’assise aux lignes post-bop affirmées du pianiste et du trompettiste.
Après un bref et magnifique interlude interprété par le guitariste, Unbothered ramène l’énergie du groupe sur un groove lumineux, avant d’enchaîner avec Famli. Portée par des nappes de synthé ondoyantes et une rythmique ternaire hypnotique, la trompette y trace une conclusion sobre et majestueuse.
« If you take care of the music, it will take care of you. » Cette citation de Roy Hargrove qui introduit Famli semble parfaitement encapsuler l’impression que laisse Rich State of Mind (2026) après écoute. Si Rémi Cormier prend déjà grand soin de sa musique, celle-ci commence visiblement à le lui rendre.
Jenny (avec Braxton Cook) / Reciprocate / Zami / Linéage (avec David Binney) / Volition / Comforting Lies / Interlude / Unbothered / Famli
Rémi Cormier – trompette et compositions
Nick Di Giovanni – guitare
Jennifer-Lee Dupuys – voix
Theo Abellard – piano
Levi Dover – basse
Louis-Vincent Hamel – batterie
Elli Miller-Maboungou – percussions
réalisateurs : Rémi Cormier, Joey Reda
ingénieur du son : Joey Reda
mixage : Eric Plante
mastering : Le Lab Mastering
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Un concert de lancement aura lieu mardi le 21 avril @ Cabaret Chic Le Balcon

Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook
Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Chaque deux semaines il nous propose un album.

