Quite Sane – To Kill a Child of Troubled Times – Prologue/Mythos/Epilogue

Quite Sane - To Kill a Child of Troubled Times - Prologue/Mythos/Epilogue

Quite Sane revenait en avril dernier avec le dernier volet de To Kill a Child of Troubled Times, ambitieux triptyque déployé sur trois EP (Prologue, Mythos, et Epilogue) parus entre septembre 2025 et avril 2026, récemment réunis dans une édition vinyle 180g destinée aux oreilles les plus exigeantes.


Bassiste, producteur et tête pensante du projet Quite Sane, Anthony Tidd s’est forgé une solide réputation, autant auprès de la scène jazz d’avant-garde que du hip-hop, notamment grâce à ses collaborations avec The Roots. Dans le sillage d’un premier album-concept, The Child of Troubled Times (2002), le bassiste réitère cet heureux mélange de spiritual jazz, spoken word, hip-hop et expérimentations héritées de l’esthétique M-BASE, chère à son mentor Steve Coleman.


Entouré d’un impressionnant collectif avec Melissa Aldana, Miguel Zenon et…


Entouré d’un impressionnant collectif incluant Melissa Aldana, Miguel Zenón, Miles Okazaki, Paul Cornish et les voix de Kokayi, Queen Jo et Laurin Talese, Anthony Tidd livre une œuvre dense, politique, torturée, mais empreinte de beauté.


Prologue – Melissa Aldana, Laurin Talese, Anthony Tidd…


Le premier volet, Prologue (2025), impose immédiatement son climat tendu. No Child is an Island s’ouvre sur une introduction de basse rappelant la transe spirituelle de Coltrane, avant de bifurquer vers un dialogue engagé entre MC Kokayi et la chanteuse Laurin Talese, culminant dans un swing souple porté par un magnifique solo de Melissa Aldana.


Survival plonge ensuite dans un groove hip-hop syncopé où la basse massive d’Anthony Tidd soutient les interventions détendues de Miles Okazaki, évoquant parfois le funk-jazz décalé d’Esperanza Spalding. La seconde moitié de l’EP s’assombrit nettement avec They Are Always Our Children et A Mother’s Story, toutes deux reposant sur des motifs chromatiques anxiogènes et des rythmiques volontairement instables qui renforcent la charge dramatique.




Mythos – Queen Jo, Laurin Talese, Kokayi…


La musique prend une tournure plus narrative et labyrinthique avec le deuxième volet, Mythos. La première pièce A Father’s Story avance sur une pulsation lourde dominée par les harmonies vocales volontairement dissonantes des chanteuses Queen Jo et Laurin Talese, alors que la suite Shorty’s Story / Shorty’s Dilemma I et II constitue le véritable cœur de l’œuvre.

Kokayi y déroule le destin de Shorty, malheureux protagoniste du récit, à travers une suite progressive et foisonnante où les interventions instrumentales surgissent comme des émotions à fleur de peau. Les arrangements vocaux, particulièrement élaborés, multiplient les mélodies angulaires et les jeux de tension. Dans la dernière section, le dialogue entre les deux chanteuses fait lentement basculer la musique vers une forme de chaos contrôlé, aussi inquiétant que cathartique.




Epilogue – Miles Okazaki, Paul Cornish…


Epilogue conclut le triptyque avec une intensité plus retenue, mais tout aussi poignante. Les deux parties de Shorty’s Demise prolongent l’atmosphère funèbre des épisodes précédents à travers des harmonies lugubres et des rythmes tranchants, contrebalancés par les lignes aériennes du guitariste Miles Okazaki.


La pièce-titre apporte ensuite une éclaircie bienvenue grâce à une approche plus funky et lumineuse où Queen Jo et Laurin Talese brillent dans des arrangements vocaux plus lyriques. Enfin, They Were Always clôt ce périple sur une ballade somptueuse centrée autour du piano de Paul Cornish, constamment perturbé par des dissonances discrètes qui entretiennent le climat instable et empêchent toute résolution.




C’est précisément ce qui fait de To Kill a Child of Troubled Times une œuvre aussi totale et fascinante : une œuvre oppressante, exigeante dans la durée, mais très gratifiante pour quiconque accepte de se laisser aspirer dans son univers.


Quite Sane – To Kill a Child of Troubled Times – Prologue/Epilogue/Mythos





 

Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook

Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Chaque deux semaines il nous propose un album.

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