Marathons Manhattan et Brooklyn du NYC Winter Jazzfest 2024

Dans l’esprit de vous présenter le jazz sous plusieurs couleurs Il fallait faire le voyage a New York pour l’excellent NYC Winter Jazzfest 2024 (10-18 janvier 2024) qui revenait en pleine force pour une deuxième année après quelques années pandémiques. Au menu de cette 20ième édition en fête ; les deux journées marathons de l’événement : Le Marathon Manhattan (12 janvier 2024) et le Marathon Brooklyn (13 janvier 2024) qui présentaient 87 concerts dans 17 lieux comme ce coloré José James qui présentait 1978 au Music Hall de Williamsburg. Une programmation riche en plusieurs déclinaisons du jazz que moi et mon collègue le photographe Pierre Langlois avons couru avec beaucoup d’enthousiasme, de curiosité et de détermination, ingrédients essentiels a cet article. Voici donc un survol de nos deux soirées Marathon avec 12 concerts au compteur.


Marathon Manhattan du NYC Winter Jazzfest 2024 – vendredi le 12 janvier 2024


Cyro Baptista @ City Winery


Les 4 musiciens de l’ensemble dirigé par le percussionniste Cyro Baptisa se lancent tout de go dans une musique rythmée et sympa au magnifique City Winery de Manhattan.  Cyro donne le ton avec ses percussions flyées incluant une paire de chaussettes et cette voix singulière et planante portée par un échange avec Tim Keiper à la batterie, l’accordéoniste Felipe Hostings et le pianiste / claviériste Brian Marsella.  Cette fusion musique du monde / choro / samba nous enchante et nous fait oublier les 10 heures d’autobus de Montréal. C’est parti pour le premier concert du Marathon Manhattan.  Berimbau hybride, cuica et autres instruments contemporains résonnent dans la salle et nos cœurs, l’ambiance au City Winery est géniale et c’est la fête! On quitte pour le prochain concert sur un You Gotta Move (traditionnel / Rolling Stones) surprenant – à la brésilienne.



Cyro Baptista – percussions, voix, etc
Felipe Hostins – accordéon
Brian Marsella – piano / clavier
Tim Keiper – batterie


bandcamp


Soul Conversation – Mark Whitfield et JK avec Ray Angry, James Genus et Gene Lake @ Racket


Y’a rien de mieux qu’un bon gros funk jazzy et c’est ce que le guitariste Mark Whitfield lance avec ses riffs un peu a la George Benson dans ce salle a quelques pas du City Winery et que je connaissais pas. Les solos des guitaristes Mark et JK et du batteur réchauffent la salle qui se remplit tranquillement. Ça promets comme soirée mais il faut courir pour aller voir Brandee Younger au très populaire et déjà très plein LPR (Le Poisson Rouge).



Mark Whitfield – guitare
JK – guitare
Ray Angry – claviers
James Genus – basse
Gene Lake – batterie


bandcamp


Brandee Younger Trio @ LPR (Le Poisson Rouge)


On s’installe au LPR dans Greenwich Village pour les deux prochains concerts. C’est un peu comme le Studio TD de Mtl et juste a côté du Zinc qu’on visite plus tard. Avant même de commencer une belle ambiance plane avec un public en attente de la harpiste. Un éclairage enfumé pour nous rappeler une époque révolue et la harpiste se lance doucement avec le contrebassiste Rashaan Carter et le batteur Allan Mednard et on transcende. Un beau standard pop arrangé (je ne sais plus lequel) a la harpe fait résonner et mets en évidence la riche qualité acoustique de ses cordes, et c’est savoureux. Malgré la forte foule, on est tous en mode zen. Ce qui est intéressant de sa musique c’est la place qu’elle laisse au jeu du contrebassiste et du batteur. Belle surprise, elle invite la chanteuse Anaïs Maviel du concert précédant (Next Jazz Legacy) pour quelques pièces. Sa voix très soul qu’elle copie des fois grâce à un bidule électronique se marie délicieusement au trio et nous fait planer sur un I Want You (pop) parfaitement déchaîné.




Brandee Younger – harpe
Rashaan Carter – basse
Allan Mednard – batterie
Anaïs Maviel – chanteuse invitée


bandcamp


Samora Pinderhugues @ LPR (Le Poisson Rouge)


Cet artiste que j’ai connu avec sa sœur Elena auprès de Christian Scott prends la scène avec un chorale gospel fort inspirante de 10 chanteurs tout de blanc vêtues dans un hymne sobre et touchant. Nommée le Healing Life Choir, c’est plus qu’un concert pour certains, c’est une expérience religieuse. Alléluia !



Samora Pinderhughes – piano/voix
Nia Drummond, Jehbreal Jackson, Nio Levon, Nina Moffit, Dani Murcia, Elliott Skinner, Brayla, Shadrack Pierre, Taj Sapp et Vuyo Sotashe – 10 voix
Rafiq Bhatia – guitare
Josh Crumbly – basse
Jack Deboe – batterie


extrait


Alexis Lombre @ Zinc


Une artiste que je connaissais pas, Alexis Lombre prends la scène du charmant bar le Zinc – pas trop loin du LPR – avec une formation en septette (sax / trompette / contrebasse / batterie / deux choristes) sur un groove jazzy mettant en évidence ses talents de compositrice / chanteuse / pianiste. Un jazz qui se prends bien après tout ces déplacements dans cette grande ville un peu folle. Un jazz infusé de r&b avec des textes autour de la quête de l’amour.  Une belle voix assez soul et deux choristes qui l’appuient avec émotion. Une mention spéciale au joueur de wii Morgan Guerin et un solo enlevant ainsi que la contrebassiste / bassiste Endea Owens comment dire…right on !



Alexis Lombre – piano/synth/voix
J Hoard – voix
Nia Drummond – voix
Morgan Guerin – claviers/sax/wii
Milena Casado – trompette
Endea Owens – basse
Jerome Jennings – batterie


bandcamp


Nduduzo Makhathini @ City Winery


On termine la soirée du Manhattan Marathon avec un retour au City Winery pour ce phénomène pianistique qu’est Nduduzo Makhathini et son trio. Des envolées pianistiques qui se dessinent avec en arrière-plan sa voix en unisson, quelque chose qu’on entends souvent en jazz. Un trio de solistes avec le jeune contrebassiste Zwelakhe Duma Bell le Pere qui ne laisse pas sa place. Tout est senti même lorsqu’il s’exprime dans sa langue d’origine sud-africaine. On est dans un jazz ancré dans ses racines sud-africaines mais qui n’a pas peur de s’affranchir avec des soupçons de free ici et là. Surprise en plein milieu d’une pièce il quitte la scène laissant toute sa place toute la place a ses deux collègues qui relèvent le défi avec brio. Pour amateurs avertis. Jazz spirituel.



Nduduzo Makhathini – piano
Zwelakhe Duma Bell le Pere – basse
Francisco Mela – batterie


bandcamp


Marathon Brooklyn du NYC Winter Jazzfest 2024 – samedi le 13 janvier 2024


Steve Lehman Trio avec Damion Reid et Matt Brewer @ Superior Ingredients Rooftop


Sur le toit vitré du Superior Ingredients Rooftop de Brooklyn avec en arrière-plan les gratte-ciels de Manhattan le Steve Lehman Trio s’exécute sur un musique d’Antony Braxton. Soliste aguerri et audacieux le saxophoniste alto souffle dès la première pièce avec beaucoup d’entrain et de créativité. La salle est bondée d un public bruyant et enthousiaste tout comme cette musique que nous lance le trio malgré la fraîcheur de l’endroit. Improvisations brutes et viscérales se succèdent sans relâche tel un train qui fonce dans la nuit.  Phrasés et rythmes débridés autant du saxophoniste que de ses deux collègues défilent dans nos oreilles avec passion. C’est parti pour le Marathon Brooklyn.



Steve Lehman – saxophone alto saxophone
Matt Brewer – contrebasse
Damion Reid – batterie


bandcamp


Burnt Sugar – The Arkestra Chamber @ Brooklyn Bowl


C’est en me rendant a ce concert au Brooklyn Bowl, une salle de concert et de quilles – juste en face du Superior Ingredients – que je rencontre par hasard (est-ce vraiment un hasard ?) Jared Michael Nickerson, le bassiste du groupe qui m’explique que ce projet était inspiré de la volonté du fondateur du Sun Ra Arkestra d’avoir un ensemble basé sur la philosophie et l’esprit du Sun Ra mais sur du rock, du funk, ainsi que d’autres genres. Créé par Greg Tate en 1999 cette superbe brochette de musiciens/musiciennes originaux s’exécutent dans l’esprit du Sun Ra mais pas mal moins space et pas mal plus Sly & The Family Stone. Le thème et l’esprit du concert est également une déclaration anti-racisme comme me l’explique Jared. We didn’t come to mess around but to get down. Oh yeah baby!



Vernon Reid – chef d’orchestre
DJ Logic – tables tournantes et EFX
Shelley Nicole – voix
Karma Mayet – voix
Ms. Olithea – voix / paysages électroniques
Bruce Mack – synthés/voix
Leon Gruenbaum – claviers
JS Williams – trompette
V. Jeffrey Smith – saxophones ténor et soprano et guitare électrique
Dave “Smoota” Smith – trombone
“Moist” Paula Henderson – saxophone baryton
Ben Tyree – guitare
Chris Eddleton – batterie et électronica
Jared Michael Nickerson – basse électrique


bandcamp


Mark Guiliana solo @ Superior Ingredients


De retour au Superior Ingregients, devant la scène quelques minutes avant le concert entre journalistes et photographes la question et le sujet est : quelle musique et pulsions nous prépare l’excellent batteur ce soir ? Nul ne le sait car Mark aime bien se promener entre son beat music et son travail en trio, entre autres. Ça démarre avec une trame sonore futuriste (basse/synthés/sons variés) sur une vidéo du même acabit…mais ou est Mark ? Après quelques minutes de vidéo il arrive et embarque avec la musique de la vidéo. Cette belle technique du batteur jouant avec les différents tons issus de la caisse claire et de ses multiples toms est tout a fait musicale. Les images et la trame sonore de la vidéo se succèdent et Mark jamme sur une foule de petites cymbales au plancher et créé toutes sortes de sons avec toutes sortes d’objets. Il passe au claviers pendant que la vidéo narre une partie de balle-molle et reviens ensuite sur un 2ième ensemble de batterie composée de deux toms basse (floor toms), d’une grosse caisse (bass drum) et d’une cymbale hi-hat! Du Guiliana fou comme on l aime…



Mark Guiliana – batterie et claviers


bandcamp


Shabaka @ Music Hall of Williamburg


La soirée se poursuit pour trois concerts au Music Hall de Williamsburg en commençant par Shabaka avec Jason Moran, Carlos Nino et Saul Williams. Ça commence par une histoire, un plaidoyer a saveur écologique, acoustique, doux et méditatif. Flûte japonaise et douce batterie, tout est en nuances. Saul Williams récite, raconte et on écoute sagement.



Shabaka – flûtes
Jason Moran – piano,
Carlos Niño – percussions
Saul Williams – voix


bandcamp


José James presents 1978 @ Music Hall of Williamburg


José James a du charisme et ça saute au yeux. Accompagné d une douzaine de musiciens (batterie/percussions/basse/guitare/ claviers – piano / 2 choristes/section de cordes a 4) le coloré chanteur nous lance un r&b soul d’un projet sur lequel il travaille depuis 5 ans : 1978. L’année 1978 – son année de naissance – est significative pour lui car c’est une année riche en événements sociaux. De Minneapolis tout comme Prince, il lui rends hommage en imprimant l’album 1978 qui sort dans quelque jours en mauve – la couleur fétiche de Prince. Que le thème soit politique (George Floyd) ou la fête, en passant par la ballade et les grooves funk bonifiés par les solos de son ami le percussionniste cubain Pedrito Martinez, le public est au rendez-vous.



José James – voix
Talia Billig – voix
J. Hoard – voix
Chad Selph – claviers
Marcus Machado – guitare
David Ginyard – basse
Pedrito Martinez – congas
Jharis Yokley – batterie
Melissa White – violon
Francesca Dardani – violon
Celia Hatton – violon alto
Kristine Kruta – violoncelle


bandcamp


Harvest Time Project – Tribute to Pharaoh Sanders avec Irreversible Entaglements @ Music Hall of Williamburg


Comme bouquet de fin de soirée au Music Hall de Williamsburg on nous remplit les oreilles et le cœur au son d un hommage au prolifique Pharaoh Sanders. Avec deux batteries, deux contrebasses, une trompette, un saxo, un guitariste, une chanteuse et un chanteur, la scène est bien garnie. Comme une prière et un hymne de notre époque la chanteuse chante It’s time for peace, I want to thank you Pharaoh et c’est très a propos. C’est la messe jazz de la paix, c’est cosmique, c’est laid back et le guitariste (qui jouait avec Pharaoh) s’élance. It sounds so goodit feels so good clame la chanteuse et le chanteur Tru Osborne – très inspiré – prends la relève et la chaleur monte.




Camae Dennis – voix, petites percussions
Tru Osborne – voix
Tisziji Muñoz – guitare
Aquiles Navarro – trompette, conga, synthés
Keir Neuringer – saxophone, percussion, synthés
Joshua Abrams – basse
Luke Stewart – basse
Tcheser Holmes – batterie
n/d – 2e batterie


bandcamp


En conclusion si notre mois de janvier québécois vous déprime ou vous décourage un tantinet on a trouvé le remède : prenez donc deux marathons (Manhattan et Brooklyn) avec un grand verre d’eau du NYC Winter Jazzfest 2024 et ça ira bien mieux dans votre cœur et vos oreilles.



NYC Winter Jazzfest 2024


La 20ième édition du NYC Winter Jazzfest – 10 au 18 janvier 2024

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Claude Thibault – sortiesjazznights.com

Pierre Langlois – photographe


NYC Winter Jazzfest 2024 – une 20ième édition (10-18 janvier 2024)


Le NYC Winter Jazzfest 2022 est 100% webdiffusion du 14 au 22 janvier



 

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