
« Notre équipe des chroniqueurs s’agrandit avec une nouvelle recrue : le batteur franco-canadien Baptiste Lejeune qui nous entretiendra chaque mois sur sa passion et ses découvertes d’albums vintage de jazz. Bienvenue Baptiste ! » Claude Thibault
Je suis ravi et très enthousiaste à l’idée de commencer cette nouvelle chronique mensuelle dans laquelle je proposerai aux lecteurs de découvrir, ou de redécouvrir, trois albums vintage de jazz qui, selon moi, sont passés plus ou moins inaperçus.
Pour cette première chronique albums jazz vintage je vous propose 3 albums: Another Git Together (1962) d’Art Farmer & Benny Golson Jazztet, Meet Oliver Nelson (1959) d’Oliver Nelson et Cliff Craft (1957) de Clifford Jordan.
Art Farmer & Benny Golson Jazztet – Another Git Together (Mercury, 1962)
Nous disions au revoir au grand saxophoniste et compositeur Benny Golson le mois dernier. Bien que certaines de ses compositions soient devenues des standards du répertoire (je pense notamment à Stablemates, Whisper Not, Along Came Betty ou encore I Remember Clifford), une bonne partie de son œuvre reste encore trop méconnue. C’est le cas de certains des enregistrements qu’il a réalisés avec son collaborateur Art Farmer.
En 1959, les deux musiciens forment le Jazztet, un groupe qui a rassemblé de nombreuses légendes du genre telles que McCoy Tyner, Harold Mabern, Albert “Tootie” Heath, Cedar Walton, Buster Williams, Curtis Fuller, et Herbie Lewis, parmi d’autres.
Sur cet album, le personnel comprend Art Farmer à la trompette et au bugle, Benny Golson au saxophone ténor, Grachan Moncur III au trombonne, Harold Mabern au piano, Herbie Lewis à la contrebasse et Roy McCurdy, qui fêtera son 88ème anniversaire le mois prochain, à la batterie.
Les 6 morceaux de l’album varient tonalités, grooves, tempi et atmosphères. On y retrouve deux standards, deux compositions de Benny Golson (dont Reggie, écrite pour son fils), une composition de Grachan Moncur III et le titre éponyme, co-composé par Jon Hendricks et Norwood “Pony” Poindexter. C’est un album très accessible par son mélodisme, l’interplay dont font preuve les musiciens, la qualité de l’improvisation et sa durée relativement courte (moins de 35 minutes). Un titre qui plaira particulièrement aux amateurs des Jazz Messengers.
Oliver Nelson – Meet Oliver Nelson (New Jazz, 1959)
J’ai découvert cet album au Upstairs, à Montréal, lors d’un concert auquel j’assistais. En effet, sa pochette y fait partie de la décoration. Dès la première écoute, j’étais stupéfait par la qualité de ce titre. D’abord, le personnel. On y retrouve Oliver Nelson au saxophone ténor, Kenny Dorham à la trompette, Ray Bryant au piano, Wendell Marshall à la contrebasse et Arthur Taylor à la batterie ! Ensuite, le son.
Si comme moi, vous êtes sensible à la qualité d’enregistrement de la musique que vous écoutez, alors vous ne serez pas déçu. La séparation des instruments, la profondeur, la définition, les dynamiques et la chaleur sont tous au rendez-vous sur cet album. Enfin, et surtout, la musique.
Avec un line-up pareil, on ne peut que s’attendre à un succès, et c’est bien le cas. Une véritable cohésion entre les musiciens est omniprésente, notamment grâce à l’accompagnement élégant de Ray Bryant et d’Arthur Taylor, et à l’espace que chaque soliste prend soin de laisser.
L’atmosphère qui s’en dégage est luxuriante. Les morceaux sont diversifiés : quatre compositions d’Oliver Nelson, Passion Flower de Billy Strayhorn et What’s New ?, un standard de Bob Haggart et Johnny Burke. L’album est noté quatre étoiles par Allmusic, Downbeat et Penguin. Je lui en donne cinq. Allez l’écouter !
Clifford Jordan – Cliff Craft (Blue Note, 1957)
Après une hésitation avec un autre album de Duke Jordan, j’ai finalement opté pour ce titre de Clifford Jordan. Depuis 2020, Le label Blue Note réédite des numéros de sa collection dans la série « Blue Note Classic Vinyl Series » et c’est pourquoi j’ai découvert cet album lors de ma visite hebdomadaire chez les disquaires de la rue Bernard.
Quelle agréable surprise de retrouver le trompettiste Art Farmer et le pianiste Sonny Clark en compagnie du batteur Louis Hayes et du contrebassiste George Tucker, que j’apprécie grandement depuis ma découverte des enregistrements d’Horace Parlan. Une section rythmique de rêve pour ce quatrième album de Cliff (le troisième pour Blue Note).
On a deux faces bien différenciées sur ce disque : la première comporte trois compositions originales, tandis qu’on retrouve Confirmation, Sophisticated Lady et Anthropology sur la seconde. C’est un choix intéressant qui permet de comparer son jeu sur ses propres morceaux, et trois pièces bien connues des amateurs de jazz. Le hit de l’album est probablement le morceau intitulé Laconia, qui était le deuxième nom de Clifford.
C’est une pièce au caractère calme mais qui semble cacher quelque chose de malicieux…
J’espère que vous apprécierez autant que moi le groove joué par Louis Hayes sur ce morceau. J’aimerais aussi apporter une attention spéciale à Sonny Clarke, qui nous offre une leçon d’improvisation à chaque solo.
En espérant que cette première chronique d’albums vintage de jazz vous a plu, et que la musique présentée vous séduira. Je vous dis à dans un mois pour d’autres recommandations. Merci pour votre lecture.
Bien à vous,
Baptiste Lejeune
Baptiste Lejeune : baptiste.beats@gmail.com
Baptiste Lejeune est un batteur franco-canadien qui a étudié le jazz et la musique classique au Conservatoire de Paris, à l’Université McGill à Montréal, et au Tribeca Jazz Institute, à New York. Il se produit régulièrement sur la scène montréalaise et québécoise, enseigne à l’École de Jazz de Montréal et collectionne les disques de jazz. Sa chronique d’albums vintage de jazz est mensuelle.
Con Alma : The Oscar Peterson Trio – Live in Lugano, 1964