
Voici une nouveauté bien estivale qui vous fera redécouvrir un jeune contrebassiste montréalais Mathieu Désy. Avec Vents Contre Airs – joli jeu de mots – il a invité le saxophoniste/clarinettiste Charles Papasoff dans un format minimaliste qui donne lieu à de très beaux échanges, puisque l’autre complice de cette aventure est le percussionniste Paul Picard.
Quand on écoute attentivement ce jeune contrebassiste, nous songeons un peu à Jimmy Garrison (pilier du quartet de John Coltrane), chaque fois que vient le temps d’utiliser l’archet. Vous pouvez aisément le constater dans Bend ainsi que La magicienne. Construits autour de six compositions personnelles bonifiés par des pièces de Charles Papasoff, Manuel De Falla et Feist, nous entrons dans des univers où le dialogue est bien présent, avec un équilibre entre l’improvisation et l’écriture, sans que cela ne soit toutefois scolaire.
Last, Naña et The Water
Entre parties construites et déconstruites, sur fond de poésie et d’imaginaire, le voyage vaut amplement l’achat. Sans être une musique difficile, il faut avouons-le, une oreille exercée. Prenons par exemple Last. Une composition minimaliste qui évoque des tonalités indiennes, avec en toile de fond, l’ami Papasoff qui offre de subtiles dissonantes, un peu comme un leitmotiv. Pour Naña, place à la ballade contemplative qui une fois de plus met en vedette le clarinettiste basse, tout à fait dans la démarche que fit Dolphy avec Out Front ou mieux encore Iron Man, mais sans la fureur de vivre. Tandis que The Water se rapproche beaucoup de la sonorité Ellington dans The Far East Suite, avec en toile de fond, l’ombre du grand Harry Carney.
Vents Contre Airs – un élan de modernité qui demande une écoute subtile
Sans être un ovni, Vents Contre Airs s’inscrit dans un élan de modernité qui demande une écoute subtile. Un jazz en marche aux formules schématiques parfois un peu déroutantes qui fera le bonheur des aventuriers ou aventurières d’une certaine note bleue pas courante. Cet aux sonorités méditatives et originales qui n’est pas sans rappeler avec l’apport de Charles Papasoff, le maître que fut le légendaire Eric Dolphy.
Bend (M.Desy) / La magicienne (M.Desy) / L’Oeil de l’étincelle (C.Papasoff) / Tell (M.Desy) / Last (M.Desy) / Naña (M.De Falla) / The Water (Feist) / Spell (M.Desy) / Give (M.Desy)
Mathieu Désy – contrebasse polyphonique
Charles Papasoff – saxophone, clarinette basse
Paul Picard – percussions
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.
Mathieu Désy lance Vents Contre Airs @ Lion d’Or (8 mai 2023) Lennoxville (11 mai 2023)