
Vous dire que j’attendais cette biographie relève de l’euphémisme. Après 5 ans de travail et un nombre incalculable d’entrevues, de recherches ainsi que de constantes conversations avec le contrebassiste Michel Donato, l’animateur Stanley Péan nous offre : Michel Donato – Bleu sur le vif. En une fin de semaine, j’ai donc passé à travers l’épopée de cette vie en jazz qui se confond avec l’histoire de la note bleue montréalaise, québécoise, canadienne et internationale, ne l’oublions pas.
Bleu sur le vif – un ouvrage titanesque
C’est un ouvrage titanesque qui ne se contente pas d’énumérer les longues heures du contrebassiste ou de ses collaborations. Comme le fit Fernand Braudel, Stanley Péan situe l’individu dans le temps, ses rapports avec la société en évolution, les doutes ainsi que les infortunes d’un homme qui consacra sa vie à la musique et ce, toutes tendances réunies ou presque.
En cette terre montréalaise et de plus en langue française, les vraies biographies fouillées de musiciens sont rares et nous pouvons aisément rapprocher le travail accompli d’Une histoire du jazz à Montréal (John Gilmore – Lux 2009) ainsi que Norman Granz – The Man Who Used jazz For Justice de Tad Hershorn (University of California Press 2011), non traduite en français.
« Je suis un busboy de luxe »
Pour ceux et celles qui ont côtoyé le contrebassiste Michel Donato, l’humour a toujours fait partie de sa vie comme en fait foi cette citation. À 81 ans, cette biographie tombe à point puisque ceux qui dont ont donné une impulsion à l’histoire du jazz sont presque tous disparus. Du redoutable batteur Claude Ranger au chef d’orchestre Vic Vogel en passant par notre ti Guy Nadon, Oscar Peterson ou le jouer de bugle Guido Basso, le paradis des jazzmen se présente en un grand orchestre surmultiplié. La vie de notre contrebassiste, cette « force tranquille « selon le grand manitou (FIJM) André Ménard qui signe la préface et commence à l’été 2000. En vacances à Cape Cod avec sa douce Michèle, il est victime AVC. Pour celui qui a fait le tour de planète plus d’une fois et collaboré à je ne sais combien d’enregistrements sans oublier les concerts, sa vie vient de basculer.
Habilement, Stanley Péan nous propulse dans le cerveau de cette dynamo et direction l’été 1942, année de sa naissance. Provenant d’une famille de musiciens, son père Roland est saxophoniste, il empruntera inéluctablement les traces de son père, avec comme premier instrument : un accordéon. La contrebasse suivra sous peu, et vogue le navire. De Cha Cha en rumba, il fera ses premières armes jusqu’au jour ou il découvrira Ray Brown puis Scott LaFaro, instrumentiste attitré de Bill Evans dont l’influence sera incommensurable. Sans oublier Freedom Suite (Riverside 1958) avec le saxophoniste Rollins, le batteur Max Roach et bien entendu le contrebassiste Oscar Pettiford.
« Insatiable sur le plan musical, Donato veut tout connaître, tout expérimenter ».
Alors là, attention. Nous allons parcourir 60 ans de jazz avec les plus grands : Oscar Peterson, Bill Evans, Art Blakey et les jazz Messengers, Brian Barley, le trio Leduc/Provençal, ainsi que François Dompierre, Félix Leclerc, Charles Aznavour, Ginette Reno, Michel Legrand avec des bémols. Comme c’est un travail d’orfèvre et de patience, le biographe nous a concocté une liste exhaustive et plus qu’appréciable pour se repérer dans la vie mouvementée de ce contrebassiste qui fut sans contredit, le « pilier de l’heure ».
Parce que l’ami Donato veut tout connaître, nous le retrouvons avec les chanteurs : Claude Gauthier, Luc De Larochellière, Shirley Théroux, Bruce Cockburn, Paul Piché, Fabienne Thibeault ou encore Paul Darâiche. Pour toute une génération, il y a son inoubliable tandem avec La chanteuse Karen Young, mais aussi : Lorraine Desmarais, le regretté Nick Ayoub, Le Lee Gagnon Quartet pour Jazztek, l’harmoniciste Alain Lamontagne (De toute beauté – 1995), le pianiste Alain Lefèvre (Lytalov – 2000) et je ne sais combien d’autres.
S’emparant de la mesure du temps et nous faisant vivre ces concerts presque de l’intérieur, Stanley Péan brosse le portraitiste d’un humble musicien plus grand que nature pour reprendre une expression consacrée. Une tâche immense et des heures de travail comme son modèle. Je ne sais trop comment le remercier.
Bleu sur le vif c’est un cadeau de Noël avant l’heure et qui vous fera redécouvrir tout ce que Michel Donato et le jazz ont apporté à nos oreilles ainsi qu’à notre cœur de passionné.
Michel Donato – Bleu sur le vif – de Stanley Pean
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Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.
livre : De préférence la nuit – Stanley Péan