
Cette semaine, petit retour en arrière sur une sortie de 2024 qui nous avait échappé, mais qui mérite amplement le détour. Fruit d’une collaboration particulièrement inspirée entre Lionel Loueke et Dave Holland — deux légendes animées par un même goût pour l’exploration de territoires musicaux inédits —, l’album United (2024) redonne ses lettres de noblesse au jazz fusion.
Tous deux coutumiers des duos atypiques, on se souviendra notamment de la performance mémorable de Dave Holland et d’Ambrose Akinmusire au dernier FIJM, le guitariste et le contrebassiste livrent ici onze titres d’une beauté à la fois épurée et délicate, à la rencontre des rythmes africains et du jazz contemporain.
United (2024) – né d’improvisations impromptues lors de tests de son avant le concert
Si les deux musiciens ont déjà collaboré auparavant, notamment sur l’excellent River: The Joni Letters (2007) de Herbie Hancock, c’est avec une alchimie presque surnaturelle qu’on les retrouve sur un album qui relève à la fois de l’intime et de l’universel, entre communion musicale et plaidoyer pour un art du dialogue, libre et sans artifice. Pour preuve, United (2024) est né d’improvisations impromptues lors de tests de son avant concert, la musique portant en elle toute la joie de la découverte musicale partagée.
Essaouira, Pure Thought, Chant, Yaoundé, Celebration
Dès les premières mesures de Essaouira, la voix percussive de Loueke et sa guitare syncopée instaurent une pulsation envoûtante, à laquelle répond au doigt et à l’œil la contrebasse agile de Dave Holland. Le duo évolue avec fluidité entre les atmosphères, du lyrisme feutré de Pure Thought et Chant, à l’allégresse rayonnante de Yaoundé et Celebration. À tout coup, les musiciens font preuve d’une écoute attentive qui brouille la frontière entre soliste et accompagnateur, instaurant un parfait équilibre entre structure et création spontanée.
Essaouira / Pure Thought / Tranxit / Chant / Celebration / Stranger In A Mirror / Yaoundé / Life Goes / Hideland / Humanism / United
Tranxit, Hideland, Humanism, Strangers in a Mirror
L’album s’aventure aussi en terrain plus expérimental, notamment sur Tranxit qui vibre au son d’un groove afro-funk en neuf temps, mêlé à la douceur du bossa nova. Le funk libre et charnel de Hideland, porté par des lignes de basse expansives et des textures vocales inédites, révèle quant à elle un fascinant jeu de dynamiques et de couleurs sonores. Chantée en français, la langue maternelle du guitariste d’origine béninoise, Humanism déploie une palette harmonique raffinée où se côtoient des influences jazz et des traditions ouest-africaines, le tout baigné dans une atmosphère méditative. Strangers in a Mirror voit le duo affirmer son penchant pour les métriques irrégulières, sans toutefois perdre en fluidité ni en musicalité.
L’album se conclut sur une réinterprétation épurée mais particulièrement expressive de United de Wayne Shorter, remettant au premier plan cet idéal de dialogue et d’échange authentique qui traverse toute leur collaboration. À découvrir absolument.
Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook / twitter
Arnaud G. Veydarier est un guitariste formé en musicologie à l’Université de Montréal. Son parcours reflète un intérêt profond pour le jazz, la musique contemporaine et les croisements entre musique et urbanité. Après plusieurs années passées à œuvrer dans le milieu culturel, il se consacre désormais à l’urbanisme, tout en continuant de prendre la scène au sein de divers ensembles. Vous pouvez le retrouver ici toutes les deux semaines dans ses critiques d’albums où il explore les nouvelles formes du jazz contemporain. Pour voir toutes ses chroniques, c’est ici