Ethnic Heritage Ensemble en tournée 50e anniversaire @ Montréal

Ethnic Heritage Ensemble @ La Sala Rossa le 14 février 2024

Pour leur tournée 50e anniversaire l’Ethnic Heritage Ensemble était de passage à La Sala Rossa mercredi le 14 février. L’Ethnic Heritage Ensemble a été fondé par le batteur/percussionniste/chanteur/conteur Kahil El’Zabar qui était accompagné de Corey Wilkes a la trompette et aux percussions et d’Alex Harding au saxophone baryton. En 1e partie on a eu droit à la poésie de Svens Telemaque suivi de la chanteuse/conceptrice sonore Elena Stoodley. C’est également l’occasion pour le groupe de lancer un album pour souligner ce 50e : Open Me, A Higher Consciousness of Sound and Spirit, disponible sur bandcamp




La triangulation de la batterie / percussions et de deux instruments à vents sans piano / guitare / contrebasse confère à la musique de l’Ethnic Heritage Ensemble une saveur particulière. Malgré l’absence d’une section rythmique classique, cette musique fort accessible aux influences africaines laisse beaucoup de place à l’improvisation comme on peut l’entendre dans l’extrait de Open Me.


Le poète Svens Telemaque ouvre la soirée de l’Ethnic Heritage Ensemble


C’est le poète d’origine haïteinne Svens Telemaque qui ouvre la soirée. Le grand homme dédie son 1e poème, She à deux femmes. Dans un style un peu spoken word et en anglais. Le 2e poème parle de la solitude, et avant de commencer demande au public : qui est seul ? car lui il l’est! Un 3e poème précédé de sa question au public : did you ever want to give up ? est un peu comme un prière car il nous demande de répondre I WILL NOT en unisson à chaque qu’il lancera cette phrase. Il poursuit avec un 4e poème qui nous parle de sa culture haïtienne et qui traite de l’injustice du pétrole et du tremblement de terre de ce pays. Belle poésie à caractère socio-politique. Il termine avec Outta Space, un poème un peu humoristique sur les signes astrologiques et comment il peuvent affecter les relations.


Svens Telemaque


Elena Stoodley précède l’Ethnic Heritage Ensemble


La chanteuse et conceptrice sonore Elena Stoodley prends la relais. Elle commence avec une pièce appuyée sur une séquence qu’elle a créé au départ avec sa respiration. Rieuse, sa voix naturelle porte comme une jeune fille et me rappelle Björk. Un petit changement vestimentaire et elle poursuit avec une 2e pièce toujours appuyée par son portable et une petite séquence qu’elle a créée avec sa voix, et un peu dans le même style que la première, qui traite des faux besoins de notre société. Au début de la 3e pièce elle se forte les mains vigoureusement pour créer la trame de fond musicale, cette pièce est un peu plus rythmée et l’ambiance de La Sala Rossa est au recueillement. La 4e pièce est un blues un peu gospel qui traite de racisme et de vaudou.


Elena Stoodley


Ethnic Heritage Ensemble


Kari


Armés de leur instruments, Alex Harding au sax baryton, Cory Wilkes à la trompette/percussions et Kahil El’Zabar a la batterie le musique part sur Kari, une 1e pièce a saveur un peu free dans leurs improvisations. Cette musique est empreinte d’une grande liberté créée par l’absence d’instruments harmoniques avec en trame de fond Kahil qu’on peut entendre chantonner. Le public est à l’écoute.


Ethnic Heritage Ensemble - Kahil El'Zabar @ la batterie


Compared to What


Kahil prends la parole et présente la 1e pièce qu’ils viennent de jouer et qui porte le nom de son fils. La 2e pièce (un pièce de Roberta Flack reprise par Les McCann et Eddie Harris) voit la batteur au kalimba chanter la pièce pop qu’on reconnaît après quelques instants. Sa voix profonde et ses explorations vocales autour du thème allument le public et nous fait même rire. C’est intéressant d’entendre cette pièce qu’on connait plutôt en
pop/r&b dans un contexte de l’Ethnic Heritage Ensemble avec le sax baryton qui agit un peu comme la basse et Kahil toujours au kalimba.



Ornette


On passe dans un tout autre registre avec Ornette, qui est en fait un hommage a Ornette Coleman, un des principaux instigateurs du free jazz dans les années soixante. Kahil chantonne en s’accompagnent doucement au cahon. Le sax d’Alex Harding se lance dans un solo qui mets en évidence ses différentes sonorités suivi de la trompette incendiaire de Corey Wilkes. On n’est pas dans le swing ni le be-bop mais dans un genre hors-normes  bonifié d’un solo intéressant de Kahil au cahon qu’il maitrise bien. C’est une expérience.



Can You Find A Place


Toujours au kalimba avec une tambourine au pied jumelé aux diverses percussions de Corey Wilkes cette pièce un peu gospel / blues démarre avec une déclaration : Can You Find A Place Where There Is Peace And Happiness In This Word Right Now ? C’est lent et méditatif avec un solo assez puissant du saxophoniste Alex Harding. Avec sa sourdine le trompettiste nous offre un solo en complicité avec quelques lignes d’impro du batteur. Jazz intemporel d’écoute et de méditation.



Passion Dance


Pour cette pièce Kahil reviens a la batterie sur une rythmique et un phrasé plutôt swing. On peut quasiment entendre la fameuse walking bass (ligne de contrebasse typique du jazz) de cette pièce de MCoy Tyner mais ce n’est pas le cas. Kahil se lance dans un solo de batterie sur cette belle batterie de La Sala Rossa avec beaucoup d’énergie et un peu de folie appuyé par ses collègues.



The Whole World


Pour cette prochaine pièce traditionnelle il démonte son floor tom qu’il relègue au saxophoniste Alex Harding et reviens au cahon. Il nous explique qu’au tout début lorsqu’il a conçu ce projet dans sa jeune vingtaine beaucoup de gens lui on dit que ça ne fonctionnerai pas. Mais voilà 50 ans plus tard il est là. Il nous raconte aussi les débuts et tous les musiciens qui sont passés par ce mythique groupe. Le saxophoniste baryton Alex Harding s’est mérité le prix du meilleur saxophoniste baryton de Downbeat en 2023 tandis que le trompettiste était le 1e choix de l’Art Ensemble of Chicago. Donc avec les trois musiciens aux percussions Kahil chante de sa voix grave avec beaucoup de soul un peu gospel sur un rythme teinté d’Afrique. Il nous avait expliqué que c’était la dernière pièce…mais non il y aura un rappel.


Kahil El’Zabar est tout un conteur. Il nous dit avoir vu Coltrane trois fois en tant que jeune ado, et qu’un fois pendant un énorme solo qu’il nous imite de façon colorée avec beaucoup d’énergie et de conviction, il pouvait entendre quelqu’un ronfler. C’était le batteur Elvin Jones qui s’était assoupi pendant quelques instants et qui ronflait pendant le solo de Coltrane.


Great Black Music


De retour à la batterie mais tout en jouant du kalimba cette douce musique qu’il accompagne en chantant possède un petit riff, lent et accrocheur. Le saxophoniste chante doucement un peu en background gospel. Et le trompettiste s’envole. Ça se conclut avec un solo kalimba/voix assez intéressant malgré les limitations chromatiques de l’instrument.


Corey Wilkes de l'Ethnic Heritage Ensemble


Toutes les pièces sont des compositions de Kahil El’Zabar sauf Passion Dance de McCoy Tyner, Compared To What de Gene McDaniels
et The Whole World qui est pièce traditionnelle.


Ethnic Heritage Ensemble en tournée 50e anniversaire


Kahil El’Zabar – batterie et percussions
Corey Wilkes – trompette et percussions
Alex Harding – saxophone baryton

site web
facebook
spotify


Elena Stoodley – voix
Svens Telemaque – poéte


Claude Thibault – éditeur
Jean-Pierre Dubé – photographe


Ethnic Heritage Ensemble souffle 50 bougies @ Sala Rossa (14 fév 2024)

Laisser un commentaire

Carlos Jiménez Quintet - Déjà vu

Abonnez-vous à l'infolettre sortiesJAZZnights.com

Et recevez chaque jeudi toutes les nouvelles du jazz du Québec et d'ailleurs incluant nos chronique d'albums, comme Déjà vu du Carlos Jiménez Quintet...

Merci de votre abonnement à notre infolettre !