
CT – Jacques Schwarz-Bart tu est de retour au Québec pour un concert au Festi Jazz international de Rimouski, ton dernier passage en 2016 était à L’OFF Jazz et nous avions discuté de Jazz Racine Haïti, mais cette fois-çi tu plonges avec Hazzan, un projet influencé par la musique lithurgique juive avec improvisations et rythmes…parles-nous de ça…
JSB – Hazzan est un disque dédié à la mémoire de mon père. Je me suis posé la question de savoir comment lui rendre hommage après sa mort en 2006. J’ai d’abord exprimé mon deuil à travers le disque Abyss qui est un Kadish: une prière des morts. Mais avec Hazzan j’ai voulu célébrer sa vie. Je savais que son rapport avec la musique juive s’était construit à travers les prières chantées durant son enfance. J’ai donc opté pour la musique sacrée: les chants liturgiques, plutôt que de faire un énième projet klezmer, qui est la musique profane et folklorique des communautés d’Europe de l’Est. J’ai choisi d’y injecter un vocabulaire et une écriture de musique noire – jazz, musiques afro-caribéennes – d’abord pour refléter les thèmes de son œuvre, mais aussi pour exprimer les différents aspects de mon identité humaine et musicale. Ce choix ne fut pas facile à réaliser. J’ai dû affiner ma sélection de prières, en allant puiser dans un nombre de traditions juives d’Europe, du Moyen Orient et d’Afrique. Ensuite, le dosage entre les différents éléments a pris du temps jusqu’à trouver un équilibre artistique.
CT – Tu sera en concert avec le pianiste Jean-Michel Pilc, le bassiste Rémi-Jean LeBlanc ainsi que Martin Auguste à la batterie des musiciens avec qui vous avez déjà joué j’en suis sur…
JSB – J’ai à la fois un rapport individuel avec chacun de ces musiciens, et un rapport de groupe. J’ai connu Pilc il y a plus de 20 ans à NY. Il a fait partie de mon tout premier quartet. Ensuite nous avons tous les deux tourné et enregistré avec Ari Hoenig sur des années. C’est vraiment un frère pour toujours! Rémi-Jean et Martin je les connais depuis des années. Ils ont joué plusieurs de mes projets précédents lorsque je suis venu les présenter à Montréal. Et ce groupe particulier a joué la musique du projet Hazzan bien avant l’enregistrement du disque. Le fait qu’ils ne sont pas sur le disque est une question de circonstances. Mais ils font partie de l’histoire de cette musique!
CT – Quel lien faites-tu entre le jazz et la musique Hazzan ?
JSB – Chaque fois qu’on amène des éléments de musique traditionnelle dans une écriture jazzistique, il faut faire un effort d’imagination pour intégrer les deux de façon indissociable. L’objet est de reproduire musicalement le processus chimique de la fusion atomique, où deux éléments se transforment en un. Pour obtenir ce résultat, j’ai choisi les thèmes qui se prêtaient le mieux à des variations, modulations, extensions, et à l’harmonisation. J’ai aussi du imaginer le type de rythmes et de grooves qui pourraient injecter un sentiment de vie et de célébration plutôt que de deuil. J’ai aussi pris soin de préserver l’authenticité des éléments : la couleur spirituelle des prières, la sophistication du jazz et l’impétuosité des grooves afro-diasporiques.
CT – Et c’est important pour toi que le public soit sensible et conscientisé à cette dimension lors d’un concert où pas vraiment ?
JSB – Cela n’a aucune importance pour moi. Chaque personne vit la même musique à sa façon. Celle-çi est faite de vibrations que tous les êtres vivants peuvent ressentir. Et il est important pour moi de respecter cette dimension qui transcende les cultures et mêmes les espèces.
CT – Quel autre instrument aimerais-tu jouer secrètement ?
JSB – J’aurais aimé joué de la trompette. C’est un autre instrument très vocal, mais avec une intensité plus explosive que le sax. Mais le sax reste mon instrument préféré. Le fait qu’il puisse exprimer tout à tour une méditation spirituelle la plus obscure ou une collision interstellaire, en fait une instrument sans limite.
CT – Et comment partages-tu ta culture juive et antillaise ?
JSB – Ma culture première est la musique. C’est grâce à elle que je vis mes identités d’origine harmonieusement et en termes de complémentarité. Je reste aussi conscient du fait que j’existe indépendamment de ces identités d’origine, et que j’aurais pu naître ailleurs et à une autre époque, avec des valeurs complètement différentes. Donc j’essaie de vivre une identité plurielle en devenir, plutôt que de me référer uniquement à ce qui m’a été donné au départ. J’utilise mes richesses culturelles pour voir plus loin plutôt que de regarder mon nombril. C’est cela la créolité à mon sens. CT – Et en terminant qu’aimerais-tu dire de plus à nos lecteurs au sujet de ce concert du 31 août au Festi Jazz de Rimouski ?
JSB – Chaque fois que nous nous sommes rencontrés pour jouer cette musique, nous sommes allé plus profondément dans notre sujet, et nous avons atteint un nouveau degré de symbiose. Je m’attends donc à une expérience de partage avec les musiciens et le public à l’occasion du Festi Jazz de Rimouski!
Jacques Schwarz-Bart, saxophone et compositions, Jean-Michel Pilc (piano), Rémi-Jean LeBlanc (basse) et Martin Auguste (batterie).
Festi Jazz international de Rimouski
Samedi le 31 août 22 h / Salle Bouchard-Morisset du Conservatoire de musique
Claude Thibault, éditeur – contacter / Facebook
C’est pour soigner son blues post-FIJM 2002 (après toute cette extravagance musicale le quotidien en prenait un coup!) que Claude lançait le 1e janvier 2003 la toute première version de sortiesJAZZnights.com. 16 ans et quelques versions plus tard l’aventure et la mission de faire connaître le jazz d’ici se poursuit!