Entrevue : Gabi Hartmann – La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Gabi Hartmann, artiste parisienne née en 1991, s’affirme avec un univers singulier où se rencontrent la pop, le folk, le jazz, la soul et les musiques du monde. Chanteuse polyglotte, elle traverse les styles avec finesse, portant ses émotions dans une voix à la fois délicate et empreinte de mélancolie. Son premier album éponyme, écouté plus de 20 millions de fois et unanimement salué par la critique, a marqué les esprits. Elle viendra défendre son plus récent projet, La femme aux yeux de sel (2025), au Palais Montcalm le 12 mars, puis au Théâtre Outremont le 14 mars. Voici Fall Down avec Erik Truffaz.




Notre collègue Charlotte Désilets a voulu en savoir plus sur le chanteuse et sa musique. Voici l’entrevue.


Charlotte Désilets : Parle-moi de toi en quelques phrases.


Gabi Hartmann : Je suis chanteuse, un petit peu guitariste, compositrice, parolière aussi, et un petit peu productrice de mes propres disques. Et j’ai grandi à Paris. J’ai vécu aussi en Angleterre, au Brésil et un petit peu aux États-Unis.


Charlotte Désilets : Est-ce qu’il y a une de ces disciplines qui est arrivée en premier dans ta vie ?


Gabi Hartmann : Oui, c’était le chant. Depuis que je suis toute petite, c’était une passion, quelque chose qui me touchait beaucoup. Donc je dirais vraiment la voix.


Charlotte Désilets : Et comment en est-tu venue à apprendre à jouer de la guitare ?


Gabi Hartmann : J’ai appris au fil des années. Au début, je jouais pas très bien, j’était autodidacte. Et puis, petit à petit, j’ai commencé à prendre des cours. Et puis, j’ai pris des cours au Brésil quand j’étais là-bas. Et après, j’ai repris des cours à Paris. C’était petit à petit.


Entrevue : Gabi Hartmann - La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Charlotte Désilets : Tu mènes une carrière vraiment impressionnante depuis quelques années. Tu as sorti ton premier album éponyme en 2023 et un La femme aux yeux de sel en 2025. Aujourd’hui, tu fais de la tournée à travers le monde. C’est une ascension quand même fulgurante. Comment tu peux expliquer cette grande reconnaissance qui t’est venue si rapidement, et c’est quoi, le travail invisible qui l’a rendu possible ?


Gabi Hartmann : C’est une bonne réponse déjà, le travail invisible. J’aime beaucoup cette réponse parce que je trouve que ça correspond à beaucoup, beaucoup de travail, même si on ne le voit pas comme ça. Il y a vraiment beaucoup de travail pour avoir créé un univers, pour avoir décidé d’un répertoire, et avoir retrouvé les bons musiciens, travailler avec les bonnes personnes pour les arrangements des chansons. Ça a pris beaucoup de temps. Il y a eu beaucoup d’échecs. Il y a eu des choses qui ont marché, pas marché. Et au bout d’un moment, on se sent content de ce qu’on fait et je crois que c’est le plus important, mais que ça marche ou que ça marche pas, qu’on se sente fier de ce que l’on sort et de ce qu’on fait.

Après, je ne peux pas forcément expliquer pourquoi ça [a fonctionné]. Je dirais que j’ai eu beaucoup de chance et que c’est super et que pourvu que ça dure. Mais peut-être que ça plaît aussi aux gens, le fait que ça soit aussi mélangé et international, mon projet et qu’il n’y a pas forcément une identité précise. Je chante dans plusieurs langues, il y a plusieurs styles et je dirais que ça représente beaucoup aussi notre époque actuelle.


Entrevue : Gabi Hartmann - La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)

Erik Truffaz et Gabi Hartmann


Charlotte Désilets : Tout de suite après la sortie de ton album Gabi Hartmann (2023), tu as débuté la création de La fille aux yeux de sel (2025). Comment a germé ce projet ?


Gabi Hartmann : J’avais envie que ça soit un album avec une narration. À cette époque-là, j’avais une nièce avec qui je restais beaucoup. C’était la toute première enfant dans ma famille et je me suis dit que ça serait tellement mignon de m’inspirer des contes fantastiques pour enfants. Je me suis dit « je vais créer un personnage et ça serait un peu à l’image de ce que j’aime et de mes influences, de mon univers, mes grandes sources d’inspiration comme l’eau, la mer, la plage ». J’ai créé un personnage inventé qui est né avec des yeux de sel. Elle part en voyage, car elle a une maladie des yeux et à chaque larme versée, elle perd un peu de sa vue. Donc ça m’a permis de parler de la tristesse et des larmes qui sont très associées à la féminité. Et j’ai vraiment voulu mettre en avant la féminité dans cet album.



Charlotte Désilets : Pourrais-tu me dire plus de ce message ?


Gabi Hartmann : Oui, en fait, j’avais vraiment envie de parler de mon expérience en tant que femme artiste, comme chanteuse, comme femme tout court et qui au départ est plutôt fille et devient femme en apprenant, en vivant, en expérimentant. J’avais envie de parler de ce passage où on on sort de l’innocence, de l’adolescence. C’est un passage qui a été important pour moi et j’avais envie de parler de mon évolution en tant que femme et de la maturité que je cherche encore…C’est comme si cet album racontait un peu ma transformation.


Charlotte Désilets : Tu as parlé plusieurs fois dans des entrevues que j’ai regardées, que la musique, pour toi, c’est une forme de guérison pour les autres et pour toi-même, une musique qui apaise le stress. Qu’est-ce qui cause ce stress-là chez toi ?


Gabi Hartmann : Je pense que notre train de vie est très difficile. Quand tu est musicien, quand t’es une femme et que t’es chanteuse et que t’essaies de d’exister dans le monde de la musique, c’est très difficile. Il y a toujours du stress, il faut toujours prouver des choses. Il y a toujours l’anxiété sur « est-ce que ça va continuer ? ». Puis on nous demande toujours de faire vite. Alors que nous, dans la création, on est beaucoup plus lent que ce que nous demande l’industrie de la musique. Alors ça crée forcément des…de l’anxiété, du stress. Et puis parfois, quand on part en tournée, on est fatigués, on dort pas beaucoup. Après, moi, j’ai une nature aussi comme ça, qui paraît calme, mais en fait, qui est une nature très anxieuse. Et la musique, ça a été un moyen pour moi de me soigner. Depuis petite, ça me faisait être dans l’instant présent et ça me permettait aussi de me protéger, d’être dans une bulle qui me protégeait et je pouvais vraiment exprimer des émotions ou en tout cas, cultiver mon jardin intérieur et me connecter à mes émotions quand j’écoutais de la musique, quand j’en faisais et surtout à travers la voix qui pour moi est l’instrument le plus fort avec lequel je me connecte le mieux.


Charlotte Désilets : En fait, je trouve que ça a beaucoup de sens ce que tu m’exprimes, parce que dans ta musique, je sens vraiment beaucoup de douceur, puis d’espace. Tu as parlé que tu faisais de la méditation ?


Gabi Hartmann : J’en faisais, j’en fais un petit peu moins maintenant, mais j’en ai fait comme beaucoup d’années avant l’album, le premier album. Et peut-être que c’est des restes, mais c’est sûr que ça m’a beaucoup transformé la méditation. Heureusement que j’ai trouvé ça, parce que ça m’a beaucoup apaisé dans les moments où c’était stressant. Donc je fais de la méditation et le yoga.


Charlotte Désilets : Un autre aspect qui fascine, dans ta musique, c’est le mélange des cultures, des rythmes, des langues… Est-ce que ce serait une manifestation de certaines valeurs que tu veux partager par rapport au monde auquel tu aspires ?


Gabi Hartmann : Oui, j’ai toujours été dans un environnement très mélangé. Paris, c’est une zone très internationale, tout comme Montréal ou New York. Donc pour moi ce serait faux de présenter un projet dans une seule langue parce que ça représente pas ma vie, et mes amis, et les langues que je parle, et ma sensation de ne pas appartenir à un seul territoire, un pays. Il faut penser que l’humanité a toujours voyagé, s’est toujours interconnectée, mélangée, et je tenais à ce que ça se sente dans ma musique parce que c’est ce que je défends.


Charlotte Désilets : Le fait de mélanger des cultures, est-ce que tu y vois un parallèle avec le fait d’être une femme et d’avoir plusieurs côtés, plusieurs sphères.


Gabi Hartmann : Oui, il y a forcément des parallèles entre toutes mes revendications. Je pense qu’il y a des liens, parce que c’est en tout cas très difficile. Et on est une minorité avec des femmes artistes qui voyagent et qui sont indépendantes. Et aussi, on est une minorité et on est marginalisées. Et donc, forcément, c’est normal que j’en parle et c’est important pour moi que ça soit présent dans ma musique, ces sujets-là.


Charlotte Désilets : Tu parles aussi beaucoup de l’eau, des espaces marins. Et dans tes derniers contenus vidéo, il y avait beaucoup de nature. C’est vraiment très beau et très rare, je trouve, de voir des concerts en pleine nature. Ça fait partie aussi de ton univers ?


Gabi Hartmann : Oui, c’est très important pour moi. C’est une source d’inspiration. C’est là aussi où je me reconnecte. C’est vraiment une source d’inspiration.


Entrevue : Gabi Hartmann - La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Charlotte Désilets : Justement, tu vas venir au Québec bientôt. Est-ce que tu as eu la chance dans tes derniers passages au Québec de visiter la nature, la forêt laurentienne ou les rivages du fleuve Saint-Laurent ?


Gabi Hartmann : Oui, j’ai vu le Fleuve Saint-Laurent, car je suis déjà venue à Québec. C’était très beau.


Charlotte Désilets : Et tu vas revenir le 12 mars et le 14 mars, c’est ça ?


Gabi Hartmann : Oui


Charlotte Désilets : Et qu’est-ce que tu vas nous présenter comme spectacle à Québec, et avec quelle formation ?


Gabi Hartmann : Je vais venir avec mon pianiste, mon batteur et mon bassiste. On sera donc en quartet, et on va jouer les chansons du deuxième album, mais aussi du premier. Et on va, en fait, mélanger un petit peu les chansons.


Entrevue : Gabi Hartmann - La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Charlotte Désilets : C’est quoi la différence entre la musique enregistrée pour toi et la musique que tu vas en personne ?


Gabi Hartmann : C’est tellement une autre expérience. Mais c’est surtout que la musique live, il y a beaucoup d’improvisation et il y a beaucoup d’imprévus. Et en fait, chaque concert est différent. Et c’est surtout un rapport avec un public On n’a pas forcément un public qui nous écoute, c’est nous avec nous-mêmes. Et donc, c’est très, très différent, je trouve, au niveau de la représentation. Et aussi, je trouve que vocalement, on donne beaucoup plus en concert que quand on enregistre un album parce qu’on est plus dans le feu de l’action. C’est plus intérieur, alors que les concerts, pour moi, c’est plus extérieur. On va exprimer plus des choses vers le public, alors que c’est plus intime, l’album. Un concert, c’est plus une expérience où ça sort de nous et on donne ce qu’on veut donner au public. C’est un échange, c’est une communication.


Charlotte Désilets : Quel genre de personne pourrait aimer ta musique, qui pourrait être intéressé à te découvrir ?


Gabi Hartmann : Déjà, les personnes qui aiment bien écouter les voix, les voix jazz, les voix soul, les voix de la chanson. Il y a quand même beaucoup de choses en anglais et en français parce que c’est très important pour moi de chanter dans ma langue maternelle. Donc je dirais, ceux qui aiment bien ce qu’on appelle les musiques dites du monde, les musiques brésiliennes, les musiques latines. Je pense que ça leur plairait de venir. Ceux qui aiment bien le rythme aussi, parce que j’adore danser, j’adore jouer avec le rythme. Et notre musique, c’est dansant et percussif.


Charlotte Désilets : C’est génial. Je pense qu’il y a vraiment beaucoup de gens au Québec, bon moi, qui auraient vraiment hâte de venir te voir.
Est-ce que t’as d’autres projets qui s’en viennent, d’albums, ou est-ce que tu vas être plus dans un espace de tournée, de spectacle ?


Gabi Hartmann : Oui, pour l’instant, c’est que la tournée, mais je vais quand même rester quelques jours à New York et je vais essayer de composer des nouvelles chansons.


Charlotte Désilets : Est-ce que t’as des collaborateurs, des artistes canadiens ou américains avec qui tu vas peut-être collaborer ?


Gabi Hartmann : Pour l’instant, non, mais j’aimerais bien dans un futur.


Charlotte Désilets : En tout cas, j’espère que tu vas pouvoir nous tenir au courant. Aimerais-tu ajouter quelque chose avant qu’on se quitte ?


Gabi Hartmann : J’aimerais te remercier pour ton temps, et j’ai très hâte de venir au Canada.


Charlotte Désilets : Merci à toi ! Bonne suite dans tes voyages et à très bientôt !


La femme aux yeux de sel – Gabi Hartmann @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Entrevue : Gabi Hartmann - La femme aux yeux de sel @ QC (12 mars) et Mtl (14 mars)


Gabi Hartmann / Caity Georgy  – plateau double
Palais Montcalm de Québec
12 mars @ 19 h 30
pour avoir plus et la billetterie


Gabi Hartmann
Théâtre Outremont
14 mars @ 20 h
pour en savoir plus et la billetterie


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Charlotte DésiletsCharlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com

La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.

 

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