Immanuel Wilkins – Blues Blood

Immanuel Wilkins - Blues Blood

Inspiré d’une célèbre déclaration de Daniel Hamm, un des Harlem Six injustement accusé de meurtre en 1964 et victime de brutalité policière, Blues Blood (2024) marque un tournant dans la discographie du jeune saxophoniste et compositeur Immanuel Wilkins. À la fois engagé et empreint de spiritualité, ce troisième album paru l’année dernière sur l’étiquette Blue Note met en scène son quartet habituel – Micah Thomas au piano, Rick Rosato à la contrebasse et Kweku Sumbry à la batterie – tout en s’enrichissant de la présence d’invités de marque, dont la chanteuse Cécile McLorin Salvant, le guitariste Marvin Sewell et le batteur Chris Dave. Il en résulte une superbe suite musicale où s’entrelacent mémoire intime, héritage ancestral et conviction profonde, le tout porté par la puissance transcendante du blues.




Matte Glaze et Motion


Pièce d’ouverture à l’allure fluide et décontractée, Matte Glaze nous plonge dans une ambiance néo-soul subtilement ancrée dans le groove. Le jeu de piano cristallin de Micah Thomas accompagne l’alto virevoltant d’Immanuel Wilkins, ce dernier livrant un solo intense sur le tapis rythmique soigneusement tissé par Rick Rosato à la contrebasse et Kweku Sumbry à la batterie. Les voix légères et aériennes semblent flotter au-dessus de la musique, glissant peu à peu vers Motion, où le phrasé élégant de la chanteuse June McDoom vient troubler la dynamique tripartite : alors que le saxophone improvise librement, la section rythmique impose un balancement insaisissable entre swing et rêve éveillé.




Au fil des 14 titres de Blues Blood (2024) Wilkins tisse un dialogue captivant entre les styles et les émotions


Au fil des 14 titres de Blues Blood (2024), dont cinq courts interludes impressionnistes, Wilkins tisse un dialogue captivant entre les styles et les émotions. Afterlife Residence Time se déploie tout au long de longues notes plaintives, naviguant entre solennité et tourment. Blues Blood, la pièce-titre, bascule quant à elle d’une introduction enjouée à une montée en tension brutale, laissant affleurer la douleur. Dark Eyes Smile s’impose ensuite avec une élégance mélancolique, sublimée par la voix nostalgique de Cécile McLorin Salvant, alors que Moshpit, malgré son nom évocateur, s’enfonce dans une noirceur introspective.




Matt Glaze / Funmi / Motion (avec June McDoom) / Everything (avec Esi Sumbry et Ganavya) / Air (interlude) / Dark Eyes Smile (avec Cécile McLorin Salvant) / Apparation / Assembly (interlude) / Afterlife Residence Time / Moshpit / Set! (interlude) / If That Blood Runs East (avec Yaw Agyeman et Chris Dave) / Your Memory (interlude) / Blues Blood



Avec une troisième parution particulièrement ambitieuse, Immanuel Wilkins prouve qu’il ne recule devant aucune ambition, quitte à parfois frôler l’excès. Mais il s’impose avant tout comme un créateur d’une rare intensité, un talent lumineux au service d’une musique à la fois engagée, libre et profondément émotive.


Immanuel Wilkins – saxophonse
Micah Thomas – piano
Rick Rosato – contrebasse
Kweku Sumbry -batterie

invités
Cécile McLorin Salvant – voix
June McDoom – voix
Marvin Sewell – guitare
Chris Dave – batterie


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Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook / twitter

Arnaud G. Veydarier est un guitariste formé en musicologie à l’Université de Montréal. Son parcours reflète un intérêt profond pour le jazz, la musique contemporaine et les croisements entre musique et urbanité. Après plusieurs années passées à œuvrer dans le milieu culturel, il se consacre désormais à l’urbanisme, tout en continuant de prendre la scène au sein de divers ensembles. Vous pouvez le retrouver ici toutes les deux semaines dans ses critiques d’albums où il explore les nouvelles formes du jazz contemporain. Pour voir toutes ses chroniques, c’est ici

 

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