Entrevue : Margaret Donovan et Matys Colpron – Sextet Façade et Musique pour pessimistes @ MDC CDN (5 juin)


Charlotte Désilets a rencontré la tromboniste Margaret Donovan et le batteur Matys Colpron quelques jours avant leur début de résidence qui culmine avec un concert du Sextet Façade @ Maison de la culture Côte-des-Neiges ce vendredi 5 mai. Ils présenteront, entre autres, Musique pour pessimistes.




La collaboration des deux compositeurs-instrumentistes a donné naissance à un jazz instrumental original, Musique pour pessimistes, une musique qui évoque une réponse nihiliste mais à la fois humoristique par rapport à un monde sursaturé et dystopique. Voici l’entrevue réalisée par Charlotte Désilets.


Entrevue : Margaret Donovan et Matys Colpron - Sextet Façade et Musique pour pessimistes @ MDC CDN (5 juin)


Charlotte Désilets : Salut Margaret, salut Matys. Merci beaucoup d’être avec nous. J’ai l’honneur de vous parler aujourd’hui pour une entrevue en prévision pour le concert que vous allez donner à la Maison de la culture Côte-des-Neiges le 5 juin. Commençons par parler de votre ensemble, le Sextet Facade.


Matys Colpron : En gros, on a commencé à jouer avec un sextet qui n’avait pas de nom. C’était l’initiative de Margaret de rejoindre 3 horns, d’apporter des arrangements, de faire un beau concert. J’ai continué cette tradition-là, moi aussi, en appelant presque les mêmes musiciens, un sextet carrément identique, pour autre show l’été d’après. Après ça, on avait eu l’idée, «Si on essayait de rejoindre des compositions qu’on avait, et que ça devienne plus officiel ? » Puis, on s’est lancé l’écriture de notre première bourse. Il nous fallait un nom, un concept. C’est devenu un vrai band, un vrai projet.


Charlotte Désilets : Comment vous êtes-vous rencontrés, Matys et Margaret ?


Margaret Donovan : On s’est rencontrés pendant la pandémie sur zoom à McGill. Et c’est un peu drôle. Nous avions des cours d’impro en ligne et…je ne sais pas si je devrais dire ça, au cas où nos anciens professeurs lisent cette entrevue, mais, Matys m’envoyait des liens pour jouer aux échecs en ligne pendant les cours. Et c’est comme ça qu’on est devenus amis!


Entrevue : Margaret Donovan et Matys Colpron - Sextet Façade et Musique pour pessimistes @ MDC CDN (5 juin)


Charlotte Désilets : Comment avez-vous commencé à jouer de la musique ensemble ?


Matys Colpron : C’est drôle parce qu’après ça, il y avait une initiative de notre bonne amie Daniella, trompettiste, qui voulait faire un combo d’instrumentistes filles dans McGill. Mais à ce moment-là, il n’y avait pas de drummeurs filles dans les parages… donc j’ai rejoint le combo! Je suis pas mal sûr que c’est dans le premier contexte où on a joué de la musique ensemble en vrai, après avoir joué aux échecs pendant plusieurs cours pendant la pandémie.


Charlotte Désilets : Quels sont les projets en cours pour le Sextet Façade ?


Matys Colpron : En ce moment, on a cette résidence qui s’en vient, à la Maison de la culture Côte-des-Neiges. Aussi, on a été très chanceux d’avoir l’opportunité de faire un album aussi. Donc, direct après notre résidence, on va aller en studio et on va travailler sur le premier album complet du Sextet Façade. Il y a peut-être un an ou deux de tout ça. On avait créé de la musique pour EP. Après nos concerts, on s’était dit «OK, est-ce qu’on essaie d’enregistrer de quoi ?» En bon fashion, en bons musiciens de jazz, on avait fait un enregistrement à notre propre manière, et on avait réussi à sortir ça à travers le label Effendi Records, qui nous a maintenant pris sous leur aile en tant que distribution et production. Ensuite, on s’est dit: «Ça fait un petit bout que le EP est sorti… on a 3 tounes, pis on est vraiment fiers. Mais qu’est-ce qu’on veut pour la suite ? » On veut un album complet.


Charlotte Désilets : Parlez-moi du EP Prelude for Pessimists.


Margaret Donovan : On a choisi trois de nos chansons préférées que nous avions écrites jusqu’ici: Burden of Words par Matys, I’m Already Gone et Bad People par moi. Et oui, c’était vraiment nice d’obtenir une couple de premiers enregistrements et les utiliser pour donner au monde un avant-goût de notre musique et de notre style de jeu.


Matys Colpron : J’aimerais ajouter rajouter que c’était la première fois qu’il fallait qu’on pense aussi au monde thématique de notre musique. C’est Margaret qui a apporté cet aspect-là un petit peu plus. Avec l’aspect farceur dans ma présentation de la musique, mais aussi l’aspect mélancolique des pièces de Margaret, on s’est décidé sur l’idée de Musique pour pessimistes. Comment est-ce qu’on se sent aujourd’hui à faire de la musique dans un monde qui est surréel ?


Margaret Donovan : Pour moi, ma musique a toujours été une dépiction de comment on se sent. En écrivant de nouvelles musiques pour cette résidence et pour l’album, je réfléchissais à ce qu’est la musique pour les pessimistes. Est-ce qu’il devrait y avoir un peu d’espoir ? Ok, c’est de la musique pour les pessimistes, mais est-ce qu’on essaie d’apporter de la joie aux gens, malgré les horreurs et malgré tout ce qui se passe ? En général, j’ai tendance à écrire de la musique vraiment déprimante, et quoique Matys écrit des choses qui peuvent être lourdes, elles ont souvent de l’humour.



Matys Colpron : Cette réflexion sur le pessimisme et sur l’espoir est une conversation régulière qu’on a ensemble. C’est dur des fois de prendre le monde qui ont tellement de pouvoir au sérieux, quand ils sont si ridicules, quand c’est à un point où ça n’a pas de bon sens. Ç’en est ridicule, mais très sérieux et très lourd, puisqu’on s’attaque à notre culture, à notre manière même d’exister en tant qu’artistes. J’ai l’impression aussi qu’on est tous en train de se demander « Comment est-ce qu’on continue à exister dans une société où c’est de plus en plus difficile de subsister à nos besoins ? » C’est la conversation entre ces choses-là qui nous tirent d’un bord à l’autre. Est-ce que je devrais rire face à l’absurdité de notre situation ou est-ce que je devrais me mettre en petite boule ? Rire face à l’adversité, c’est une forme de pouvoir. C’est une façon de ne pas se laisser tomber et de dire « Écoute, tu ne vas pas m’avoir, tu ne vas pas m’empêcher de faire les choses que j’aime, tu ne vas pas m’empêcher de rire de toi. Que je sois capable de rire de la situation, ça t’enlève du pouvoir aussi.»


Charlotte Désilets : Qu’en est-il de l’aspect compositionnel de la musique pour le prochain album ?


Matys Colpron : L’album sur lequel on travaille en ce moment, c’est un projet beaucoup plus gros. Plus de pièces, plus de temps. L’écriture continue à se développer. Je peux dire que de mon bord, ça s’empire pour les gens (rires). Je suis vraiment en train de les faire travailler fort. Des concepts qui étaient là un petit peu à travers le dernier EP, sont maintenant vraiment présents dans l’aspect technique, un petit peu farfelu, dans « où est-ce que je peux pousser la complexité rythmique ? ». Je suis en train de tester mon band!


Charlotte Désilets : Margaret, quels seront tes focus musicaux pour l’album qui s’en vient ?


Margaret Donavan : Cet album représente notre nouvelle maturité musicale en tant que compositeurs, joueurs et musiciens. Quand nous avons débuté nos sextets, nous étions très jeunes, et au début de l’apprentissage de composer pour un sextet et être bandleader. Et maintenant, nous avons vraiment trouvé notre son. Aussi, quand nous avons commencé, Matys et moi étions des compositeurs très différents. Et maintenant, nos styles d’écriture se sont influencés entre eux. J’écris de manières que je n’aurais jamais écrit si notre collaboration n’avait pas eu lieu. C’est bien de voir l’évolution rythmique, mélodique et harmonique de notre rencontre.


Charlotte Désilets : Entre la musique que vous travaillez pour l’album, et celle que vous présenterez en spectacle, prévoyez vous de créer différemment ?


Matys Colpron : La mise en scène, ça va être une grosse question pendant la résidence dans laquelle on s’embarque. Puisqu’on a la chance de travailler notre projet à fond, comment est-ce qu’on fait pour que cette musique-là aille au prochain niveau ? Comment aller plus loin conceptuellement ? Comment bien travailler les transitions entre les pièces, et l’aspect narratif…C’est des questions qu’on se pose beaucoup en ce moment. Comment est-ce qu’on peut faire un spectacle qui raconte une histoire, au lieu d’être un spectacle qui fait juste présenter une variété de pièces ? On espère qu’on va transporter les gens dans une histoire plus cohérente.


Le Sextet Façade sera en résidence du 1er au 5 juin et ils présenteront les fruits de leur travail à la Maison de la culture Côte-des-Neiges le vendredi 5 juin dans un spectacle gratuit.


Entrevue : Margaret Donovan et Matys Colpron - Sextet Façade et Musique pour pessimistes @ MDC CDN (5 juin)


Margaret Donovan – trombone et compositions
August McKinney – piano
Sam Baglier – saxophone ténor
Charles-Olivier Talbot – trompette
Matys Colpron – batterie et compositions
Matthew O’Halloran – contrebasse
de g. à d.


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Sextet Façade – Musique pour pessimistes @ Maison de la culture Côte-des-Neiges


Maison de la culture Côte-des-Neiges
Vendredi 5 juin @ 19 h 30
5290 Côte-des-Neiges
billetterie (gratuit)


Charlotte DésiletsCharlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com

La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.

 

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