Django Reinhardt raconté par Christine Tassan en 5 épisodes

Django Reinhardt

La multitalentueuse Christine Tassan a entrepris de souligner l’anniversaire de Django Reinhardt (23 janvier 1910) en nous racontant avec beaucoup de passion les grandes étapes de la vie du musicien en cinq épisodes radiophoniques. Voici donc ces épisodes précédés d’un résumé et suivis d’une vidéo qui correspond. Ces cinq épisodes ont été diffusés à l’antenne de CIBL dans le cadre de l’émission Django et cie animée et réalisée par Marc Levasseur.


Épisode 1 – la jeunesse en roulotte et la découverte de la musique de Django Reinhardt


On relate sa jeunesse et sa famille de gitans manouches, le père de Django Reinhardt étant violoniste et pianiste. Ils ont voyagé en France, en Italie et en Algérie pour échapper à la première guerre mondiale pour finalement s’installer en bordure de Paris. A 12 ans son oncle lui donne un banjo-guitare sur lequel il joue constamment, les doigts rougis sur les cordes oxydées. C’est son début dans l’orchestre familial de son père et il démontre une dextérité et une oreille hors du commun. Sa réputation grandit rapidement et il commence à jouer dans les cabarets et bals de Paris avec les accordéonistes. En 1928 c’est le premier enregistrement avec l’accordéoniste Jean Vaissade. Il compose dès l’âge de 13 ans des valses dans le style musette : Montagne Ste-Geneviève, Choti, et Chez Jacquet.








Épisode 2 – Django Reinhardt passe du banjo à la guitare, découvre le jazz et rencontre Stéphane Grappelli


En 1928 Django Reinhardt a 18 ans et le 26 octobre de cette année leur roulotte qui prend feu. Sa femme Bella Baumgartner et lui sont blessés et Django est a l’hôpital pour 18 mois avec une blessure à la jambe droite et le main gauche. Django développe une nouvelle technique sur guitare plutôt que banjo (trop sonore dans l’hôpital). Quand il ressort de l’hôpital en 1930, il possède une toute nouvelle technique à la guitare impressionnante avec 2 doigts valides, pouce etc..ce qui lui créé plus de place dans les orchestres de jazz, cette nouvelle musique qui vient des USA. À Paris, Emile Savitry introduit Django dans le milieu du jazz, il joue dans l’Orchestre d’André Ekyan et rencontre Stéphane Grappelli.








Épisode 3 – La création du quintette du Hot Club de France et les heures de gloire pendant l’occupation


En 1934 Django Reinhardt et Grappelli crée le Quintette du Hot Club de France, avec Louis Vola (accordéoniste) qui sera pour l’occasion à la contrebasse, Joseph Reinhardt (frère) et Roger Chaput (2e guitare rythmique). Après des débuts un peu difficile, le quintette remporte très rapidement un grand succès avec cette musique innovante (le jazz) joué sur des instruments à cordes. Ils enregistrent des disques et font des tournées dans toute l’Europe aux côtés des plus grands de l’époque, comme Coleman Hawkins ou Benny Carter. En 1939 la guerre éclate pendant que le Quintette est en tournée en Angleterre. Grappelli reste à Londres, tandis que Django préfère rentrer en France pour être auprès des siens. Il n’est pas mobilisé à cause de ses blessures de son accident. En 1940, il compose Nuages avec le clarinettiste et saxophoniste de jazz Hubert Rostaing qui remplace Grappelli dans le quintette. Sans doute le morceau le plus joué de toute l’occupation. Lucienne Delyle enregistre une version chantée en 1942. Pendant l’occupation, Django est célébré : passe à la radio, donne des concerts, les murs de Paris sont couverts des affiches annonçant ses concerts.








Épisode 4 – Après-guerre et déception américaine


C’est la fin de la guerre, Django et Grappelli se retrouvent à la libération. En 1946, le quintette du Hot Club de France recommence les tournées et les enregistrements. La même année, il est invité par Duke Ellington pour une tournée aux USA. Mais Django est mal préparé pour cette tournée : il arrive aux USA sans sa guitare, car il pense qu’on va lui en fournir une. On lui donne une guitare Gibson électrique et un ampli, qu’il ne maîtrise pas bien. Il n’a pas amené ses musiciens du Quintette et a volontairement écarté Grappelli, en ne lui disant pas qu’il était aussi invité par Duke Ellington. Django ne parle pas anglais, est habitué à sa vie nomade, et n’est pas habitué à la discipline stricte des big bands. En concert avec le big band de Duke Ellington pour 2 soirs au Carnegie Hall, Duke Ellington n’a pas réellement intégré le guitariste à ses arrangements, le fait intervenir à la fin de la représentation du 1e soir , plus comme une attraction qu’un véritable concertiste. Mais ça se passe quand même très bien avec une ovation du public et 6 rappels ! Le lendemain Django est prévu pour la 2e partie. Mais il ne se présente pas à l’heure et Duke doit improviser une 2e partie en s’excusant auprès du public et en disant que Django ne viendra pas. Finalement Django arrive en taxi à 11h du soir, pas habillé en concertiste, sans guitare. On trouve une guitare toute désaccordée à Django qu’il accorde directement sur la scène. Puis il joue et c’est l’ovation, mais Duke ne lui pardonnera jamais cet affront.  C’est un acte manqué.








Épisode 5 – Le be-bop et la vie à Samois-sur-Seine


De retour en France, Django Reinhardt continue sa mutation musicale vers le be-bop, qui est l’évolution du swing vers une musique plus complexe au niveau harmonique et rythmique. Déjà, juste après la libération, il est un des premiers à comprendre cette révolution du jazz venue des USA et portée par Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Il commence à intégrer des trouvailles inspirées du bebop à ses propres compositions, tout en restant fidèle à ses propres conceptions musicales. En 1950-1951, c’est l’époque de Saint-Germain-des-Prés où il y a une véritable révolution culturelle, autant au niveau musical que philosophique. C’est d’ailleurs à ce moment qu’il rencontre Félix Leclerc qui vit comme lui au Crystal Hotel. Il joue avec les meilleurs boppers français de l’époque : Roger Guérin, Hubert et Raymond Fol, Pierre Michelot, Bernard Peiffer, Jean-Louis Viale. Il est toujours à l’avant-garde du jazz. Il est devenu plus ponctuel, plus assidu, c’est un renouveau pour lui. En 1951, il achète une maison dans le petit village de Samois-sur-Seine à 40km au sud de Paris, près de Fontainebleau. C’est un lieu paisible où il peut se retirer tranquillement entre deux concerts ou enregistrements et s’adonner à ses autres passions : la peinture, la pêche à la mouche et le billard. En 1953, c’est son dernier enregistrement : Norman Granz (impresario et producteur de jazz américain) fait part à Django de son désir de l’engager pour les tournées du Jazz at the Philharmonic à Los Angeles. Le producteur français Eddie Barclay lui fait enregistrer huit titres, en guise de « carte de visite » pour les amateurs américains. C’est un magnifique testament musical. Le 15 mai 1953, après une partie de pêche à Samois, il se rend au café, bavarde avec les habitués et est frappé de congestion. On le transporte chez lui, c’était un samedi, on peine à trouver un médecin, quand il arrive, il est trop tard « Ah ! c’est maintenant que vous venez ? ». Transporté à l’hôpital de Fontainebleau où il meurt d’une hémorragie cérébrale. Il a 43 ans.








Ce texte et ces extraits sont présentés en collaboration avec Marc Levasseur de l’émission Django et cie, Montréal est jazz manouche et Christine Tassan.

Django et cie (tous les jeudis de 20 h a 20 h 30 sur CIBL) c’est une série de rencontres avec ceux et celles qui animent la communauté jazz manouche montréalaise. Musiciens, admirateurs, fabricants d’instruments, diffuseurs, l’animateur Marc Levasseur reçoit les figures de proue de ce mouvement musical autour duquel se greffe toute une communauté. Au menu, des entrevues ponctuées de performances musicales en direct et des meilleurs morceaux du style. Nous recevrons des adeptes d’ici et d’autres, fraîchement arrivés d’Europe avec dans leur bagages, des airs manouches, une guitare, un violon et quelques accords. Passionnés et assoiffés de découvertes, on vous invite à découvrir cette musique et une communauté bien vivante et bien de chez nous.

christine tassan


 


On fête la musique de Django @ Festival Django de Montréal (24-27 août 2023)

 

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