
« Notre équipe des chroniqueurs s’agrandit avec une autre nouvelle recrue : c’est au tour de Charlotte Désilets de nous raconter les passionnants concerts de la grande famille du jazz. Bienvenue Charlotte ! » Claude Thibault
Cordâme – Déesses mystiques
Vendredi le 1er novembre, c’est le calme et la détente qui m’accueillent quand j’entre dans la Sala Rossa pour cette première soirée de la série de concerts Malasartes d’automne. Les lumières sont tamisées et des instruments sont placés en demi-cercle sur le plancher de bois. Au piano et à la batterie, Guillaume Martineau et Mark Nelson sont bien connus dans la scène jazz. Marie Neige Lavigne au violon, Sheila Hannigan au violoncelle et Éveline Grégoire-Rousseau à la harpe; celles-ci sont davantage des habituées du corpus classique. Jean Félix Mailloux, compositeur, directeur et contrebassiste, les unit depuis 20 ans au sein de l’ensemble Cordâme. Le groupe lance aujourd’hui leur 11e album, Déesses mystiques.
Quand les six jouent en même temps, des ambiances si envoûtantes sont créées!
Anthousai, nymphe des fleurs et première pièce de l’album, commence par une figure syncopée jouée à la contrebasse, puis la harpe me transporte dans un imaginaire aquatique. La mélodie est passée d’instrument en instrument de façon fluide. Quand les six jouent en même temps, des ambiances si envoûtantes sont créées! C’est un bouillonnement qui me met en tête un seul mot: la vie. Suivent les pièces consacrées à Thalia, Déméter, Athéna, Ostara…La concentration règne sur les visages de ces virtuoses. J’aime le sourcil de Sheila Hannigan, qui se lève de son masque placide et tire un instant la violoncelliste de son intense focalisation, comme surprise par la beauté de la musique à laquelle elle contribue.
Je suis particulièrement remuée par la chanson sur Aphrodite
Je suis particulièrement remuée par la chanson sur Aphrodite, dont l’arrangement passionné donne un effet cinématographique. C’est un enchevêtrement de cordes frémissantes qui me rappelle les vibrations de l’air qu’illustraient les peintres impressionnistes. La délicatesse des ostinatos, l’ascension palpitante dans les registres… Le tout me suggère l’effet d’un philtre d’amour. C’est une expérience touchante que de voir ces musiciens chevronnés interpréter ces compositions enchanteresses. Il est remarquable combien le son acoustique de l’ensemble est riche et percutant dans la salle, et comme le concert passe vite!
Jean Félix Mailloux – contrebasse
Marie Neige Lavigne – violon
Sheila Hannigan – violoncelle
Guillaume Martineau – piano
Éveline Grégoire-Rousseau – harpe
Mark Nelson – batterie
Trio Ompé – trois pièces en totale improvisation
Après une entracte, le rideau s’ouvre Damiàn Nisenson et son trio Ompé. Durant l’heure qui suit, trois pièces sont jouées en totale improvisation. Le bassiste Alex Bellegarde joue un riff engagé et Moïse Yawo Matey l’enjolive en pianotant sur la calebasse. Nisenson les rejoint et surfe mélodiquement sur le vamp énergique qui ne cesse de gagner en intensité. Le son de la contrebasse prend le corps, entre dans toutes les pores de ma peau et me fait regretter d’avoir choisi une chaise pliante comme véhicule pour ce voyage musical. Matey martèle le cajon qui emplit la salle d’une pulsation enivrante. Tout en explorant les textures et les sons sur leur instrument, les musiciens maintiennent une simplicité au niveau harmonique. Nul besoin d’aller chercher ailleurs alors qu’ils savent exploiter et nourrir chacune de leurs idées au maximum.
Sur la deuxième pièce la percussion et la contrebasse évoquent la lenteur du pas d’un éléphant
La deuxième pièce me transporte dans ce qui pourrait aussi bien être un désert de sable brûlant qu’une toundra glaciale. C’est un endroit où l’aridité du paysage force celui qui le parcourt à chercher la beauté dans la simplicité et dans les nuances, à détecter la vie qui fleurit là où tout semble éteint. La percussion et la contrebasse évoquent la lenteur du pas d’un éléphant, et leur conversation dégage ce mélange de sérénité et d’excitation qui anime le marcheur qui entame un long pèlerinage.
Le concert se termine et les échos du trio flottent encore dans l’air. C’était la première fois que j’assistais à une performance 100% improvisée et aussi enivrante, mais ce ne sera clairement pas la dernière!
Alex Bellegarde – contrebasse
Moïse Yawo Matey – percussions
Damian Nisenson – saxophones
Vendredi le 1e novembre 2024
La Sala Rossa
4848 St-Laurent, Mtl
La série de concerts Malasartes d’automne se poursuit avec quatre concerts les 7-8 novembre :
Jeudi le 7 novembre : Kleyn Kabaret qui lance De Mémoire – Damian Nisenson/Siestas
Vendredi le 8 novembre : Amichai Ben Shalev – RadioTango qui présente Gran Bailongo Gran
Charlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com
La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets se joint a notre équipe de chroniqueurs et nous raconte les passionnants concerts de la grande famille du jazz.
GeminiCrab – Malika Tirolien et Caulder Nash @ Vices&Versa le 22 oct 2024 – Charlotte a vu!