
25 ans sur la scène du jazz montréalaise et toujours autant d’idées. Avec Harbour, la saxophoniste soprano/chef d’orchestre Christine Jensen clos en quelque sorte la trilogie qui avait commencé avec Treelines (2010) suivi de Habitat (2013). Dix ans de compositions, un beau clin d’œil de maman à sa fille Liv née il y a 13 ans, le tout sous les formes orchestrales du Christine Jensen Jazz Orchestra qui évoquent autant les moments de quiétude que la migration.
Christine Jensen Jazz Orchestra – une grande formation avec les meilleurs artilleurs
En grande formation certes, avec les meilleurs artilleurs de l’instant et des invités comme sa sœur Ingrid (trompette), Gary Versace (piano), Chet Doxas (saxophone ténor), John Wikan (batterie) et Steve Raegele (guitare).
Tout est finement travaillé et nous retrouvons dans ses influences l’immense Gil Evans et très sans doute les atmosphères du clarinettiste Jimmy Giuffre. Du swing de haute tenue, flirtant bon, avec un certain modernisme sans jamais toutefois dénaturer le genre.
Passing Lion’s Gate / Swirlaround / Wink / Surge / Harbour / Cascadian Fragments / Fantasy On Blue
Passing Lion’s Gate
Avec Passing Lion’s Gate qui met en vedette sa sœur Ingrid à la trompette, tout est question de relance. Bien appuyée par la robuste formation, elle livre un message au phrasé mordant, un peu décalé avec en arrière-plan, la mémoire du grand Freddie Hubbard. Solide de bout en bout, l’écriture d’une beauté formelle lui va à ravir.
Wink
Jasant de dynamique orchestrale, nous vous recommandons fortement Wink. Sur des parfums cinématographiques, je pense à Lalo Schiffrin pour le film à succès Bullit, tout se joue dans l’importance du swing et l’improvisation. Nous pourrions nommer le tromboniste Dave Grott, le saxophoniste Chet Doxas qui en tire le meilleur parti, propulsé comme il se doit par des musiciens qui connaissent très bien leur métier. Tout est calibré, calculé, avec en prime deux très beaux passages du pianiste Gary Versace et du guitariste Steve Raegle, qui se relancent.
Harbour
Et nous conclurons avec la pièce-phare : Harbour. C’est une œuvre riche, complexe qui offre une diversité d’ambiances ou de climats avec en ouverture sa sœur Ingrid. Comme dans le Citi Movement de Wynton Marsalis, c’est l’écriture qui sert l’apport orchestral. Travail de masse, avec de nombreux chorus individuels, nous entrons peu à peu dans le domaine de l’excellence.
À écouter deux fois plutôt qu’une pour saisir la profondeur du métier et l’essence du jazz sous toutes ses formes évidemment.
Christine Jensen Jazz Orchestra – les musiciens
Christine Jensen – composition, conductrice, saxophone soprano
Donny Kennedy – saxophone soprano et alto
Erik Hove – saxophone alto et flûte
Chet Doxas – saxophone ténor et clarinette
Claire Devlin – saxophone ténor et clarinette basse
Samuel Blais – saxophone baryton et clarinette basse
Ingrid Jensen – trompette
Jocelyn Couture – trompette lead, bugle
Bill Mahar – trompette, bugle
Dave Mossing – trompette, bugle
Lex French – trompette, bugle
Dave Grott – trombone lead
Dave Martin – trombone
Taylor Donaldson – trombone
Jean-Sébastien Vachon – trombone basse
Steve Raegele – guitare
Gary Versace – piano
Rémi-Jean LeBlanc – contrebasse
Jon Wikan – batterie
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique classique a ludwig.com et est l’auteur du livre Les grands noms du jazz.