Chiquita Magic et Justin Brown @ FIJM : une heure de pure folie musicale

Chiquita Magic et Justin Brown

Trop « grand public », pas assez « jazz », le FIJM essuie depuis longtemps les critiques de puristes qui lui préfèrent bien souvent ses pendants européens et américains plus spécialisés. Cette vieille rengaine, qui revient périodiquement dans l’actualité culturelle, pensons au changement d’image controversé de l’Orchestre symphonique de Longueuil, illustre cette tension bien réelle qui persiste entre quête d’authenticité et volonté d’ouverture. Pourtant, la programmation de cette année propose un étonnant mélange de valeurs sûres et de choix audacieux susceptibles de rallier tant les jazzophiles les plus endurcis que les mélomanes friands de tendances actuelles. Maintenant parlons du duo de Chiquita Magic et Justin Brown.


Après Robert Glasper sur la Grande Scène c’est Chiquita Magic et Justin Brown sur l’Esplanade


Mise en situation : il est 23 h le 1er juillet dernier et la performance de Robert Glasper sur la grande scène s’achève en grand devant une foule conquise. Laissant derrière moi l’effervescence de la Place des Festivals, je me dirige vers l’Esplanade de la Place des Arts, quasi-déserte, au concert du duo Chiquita Magic et Justin Brown. À l’écart des rues animées et devant un public de quelques dizaines de mordus, le duo s’est livré à une heure de pure folie musicale, les stroboscopes tournant à plein régime. Le style inimitable de la chanteuse et claviériste, fascinant mélange d’électro, de dance et de tropi-pop aux accents jazz, bascule en territoire drum’n’bass sous l’impulsion des rythmes frénétiques du batteur Justin Brown.


Le répertoire de Chiquita Magic acquiert en concert une profondeur inattendue et captivante


Le duo s’est lancé à bâtons rompus dans un set de compositions originales issues des différentes parutions de Chiquita Magic, l’énergie ne faiblissant pas un seul instant. La voix angélique de la chanteuse, soutenue par d’épaisses nappes dissonantes de synthé, installait une atmosphère envoûtante qui s’agençait à merveille aux rythmes complexes et percutants de Justin Brown. Il n’y a qu’à entendre les riffs chirurgicaux du batteur sur No me dejes fingir pour comprendre l’ampleur de son talent. Quelque peu nichée, certains diraient avant-gardiste, le répertoire de Chiquita Magic acquiert en concert une profondeur inattendue et captivante.




On ne peut que souhaiter que le FIJM poursuive dans cette voie



Pourtant, le gouffre stylistique qui sépare la performance éclatante du duo et le jazz plus consensuel de Robert Glasper n’apparait pas incongru pour autant. Sans revendiquer une appartenance claire au genre, il est clair que le duo partage le goût pour l’expérimentation et l’énergie transgressive des grands pionniers de l’avant-garde jazz des années 1970 et 1980. On ne peut que souhaiter que le FIJM poursuive dans cette voie et continue d’ouvrir ses portes aux pratiques émergentes, autrement reléguées en marge des plateformes de streaming.


Chiquita Magic – voix et claviers
Justin Brown – batterie


Festival International de Jazz de Montréal
Lundi le 1e juillet @ 23 h
Club Montreal TD – Esplanade de la Place des Arts


Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook / twitter

Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Pour voir tout ses bons plans et chroniques d’albums, c’est ici

 

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