Anba Tonèl : Dansons sous la tonnelle avec la musique antillaise du percussioniste Daniel Bellegarde et son invité spécial Eddy Prophète (Festival International Nuits d’Afrique).

Véritable ravissement de couleurs et de chaleur antillaise, l’album Anba Tonèl de Daniel Bellegarde rends hommage à la musique traditionnelle des paysans haïtiens et antillais, une musique libre, décomplexée, souriante et rythmée. Contredanses, quadrilles, polyphonies vocales sont une invitation à la danse « sous la tonnelle », comme autrefois.

Daniel Bellegarde est un percussionniste versatile. Il a collaboré avec de nombreux artistes dans le cadre de tournées ou enregistrements, on peut citer Robert Charlebois, Paolo Ramos, Daniel Bélanger, Maxime Leforestier, Richard Desjardins ou encore le Cirque du soleil. Avec sa formation acoustique, il opère un retour aux sources et aux traditions de ses racines. On retrouve à ses côtés son invité spécial le pianiste et chanteur Eddy Prophète, avec la complicité de Toto Laraque (guitare et voix), Jean-Christophe Germain (violon, voix, percussions), Marco Jeanty (voix principale, percussions), Bruno Rouyère (banjo, voix),  Fritz Pageot (basse, manouba, voix) et Fabrice Laurent (percussions).

Ce vendredi le 19 juillet, le Festival International Nuits d’Afrique vous proposera un voyage ancré dans la tradition antillaise,musique d’esclaves, musique d’espoir, qui continue de vibrer et de faire croître « le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs. »
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Claude Thibault – Daniel, avec ce projet tu mets de l’avant tes racines haïtiennes/antillaises et cette musique racine…tu peut décrire Anba Tonèl pour nos lecteurs ?

Daniel Bellegarde – C’est toujours intéressant de s’interroger sur l’histoire de la musique. Celle des Antilles me fascine. Anba Tonèl c’est un lieu de rencontre, de rassemblement dans un esprit communautaire et de convivialité. J’essaie de recréer une ambiance musicale reliée aux danses de salon de l’époque du 18e siècle. Je me suis intéressé a ce que j’appelle le transfert culturel qui a eu lieu a l’époque de la colonisation en Haïti, en Guadeloupe, en Martinique et en Dominique.

Claude Thibault – Comment t’est venue l’idée de ce projet ?

Daniel Bellegarde – Ce projet est arrivé par accident. Au départ, je m’intéressais à la musique Rasin d’Haïti (traditionnelle). J’ai obtenu une bourse d’études du Conseil des arts du Canada pour me perfectionner avec Frisner Augustin, un tambourineur haïtien vivant à New York et très réputé en sa qualité de professeur et qui, malheureusement, est décédé lors d’un voyage dans notre pays d’origine. Haïti et les Antilles sont, de par leur histoire, métissés ; une histoire qui me fascine, d’ailleurs, d’autant plus que mon grand-père paternel a écrit un manuel d’histoire pour les écoles haïtiennes. En lisant plusieurs documents sur l’histoire de la musique en Haiti, je me suis rendu compte qu’il y avait peu d’informations sur les contredanses, les quadrilles, les menuets-Congo, etc… Dans les années 80, j’avais travaillé pendant plus d’un an avec l’excellent tambourineur haïtien Georges Rodriguez et sa troupe de danseurs et dans son répertoire, il y avait des contredanses. La consultation de musicologues, d’archives et de quelques amis antillais m’a conduit à constater que la Martinique, la Guadeloupe et la Dominique ont le même problème au niveau de l’information et de la diffusion. J’ai retroussé donc mes manches et commencé à écrire et expérimenter. Six ans, c’est le temps qu’il m’a fallu et je peux dire que c’est un travail titanesque exigeant de la persévérance !

Claude Thibault – Ça veut dire quoi Anba Tonèl ? Pourquoi ce nom ?

Daniel Bellegarde – Sous la tonnelle , c’est la traduction, c’est un toit  qui te protège de la pluie ou du soleil. Mais le nom est associé a l’ambiance rurale, a la fête champêtre , aux  divertissements, a la récréation. Après une dure journée de travail, on se retrouve pour se détendre, danser et jouer de la musique. Le colon, sans doute par nostalgie, a introduit dans les Antilles au 18e siècle des danses et musiques que le milieu rural a très vite adopté, ce qui a donné des  contredanses, quadrilles, des menuets, des valses, etc. Ça donne un métissage riche musicalement avec des instruments comme l’accordéon, le violon, la guitare, le chacha (maracas), le syak ou graj (le frottoir) et le tanbou bass (tambour sur cadre).

Claude Thibault – On parle de contredanses, de quadrilles, de menuets-congo, des styles musicaux qu’on associe peu aux Antilles…

Daniel Bellegarde – Comme je l’ai mentionné avant, l’introduction de la contredanse dans les colonies vient du désir qu’avaient les colons français de recréer aux Îles le mode de vie qu’ils auraient eu s’ils étaient en Europe. La contredanse et un peu plus tard le quadrille furent les formes les plus dansées dans les colonies françaises au 19e siècle autant chez les esclaves, les libres ou les planteurs. La démocratisation de la pratique a contribué a réduire la distance que les colons européens avaient voulu instaurer entre eux et les Noirs des colonies. Ce qui peut être perçu par certains musicologues comme un acte de résistance a la déshumanisation ou comme une expression symbolique du rejet du discours colonial, un peu comme comme un acte de résistance a l’esclavage.

Claude Thibault – Pour ce concert tu as invité le pianiste et chanteur Eddy Prophète…bien connu a Haïti…parles-nous de lui…

Daniel Bellegarde – Eddy est mon cousin du côté de ma grand-mère paternelle. C’est une légende de la musique haïtienne . Il a joué avec les plus gros noms du pays ; Webert Sicot (créateur du cadence rempa), Boulo Valcout, Haitiando, le poête Syto Cave et le super percussionniste-chanteur Azor. Il a vécu plusieurs années en Martinique comme musicien. En plus du piano, il joue de l’accordéon et c’est un très grand joueur d’orgue B3. Il a joué longtemps dans les grands hôtels du Québec, de la Martinique, du Brésil et du Japon. Après ses études en musique en harmonie et en interprétation jazz de l’Université du Québec a Montréal, il a contribué a l’évolution de la musique haïtienne. Je tenais a faire participer cette légende et ce talent de 75 ans au Festival International Nuits d’Afrique. Je suis chanceux puisqu’il a décidé de lever le pied sur ses activités comme pianiste. Comme il a plus de disponibilités, j’en profite et nous avons tellement de plaisir ! Je le découvre et il me découvre, nous aimons la musique brésilienne et le jazz. Il est très allumé et j’adore son rire

Claude Thibault –  Ton répertoire inclut des pièces comme Haute Taille, Pantalon, Autobus Nord, Sérénade, Avan De, Twoubabou, etc…comment as-tu monté ce fascinant répertoire ?

Daniel Bellegarde – C’est très long, j’ai consulté beaucoup d’archives et j’ai composé quelques pièces d’inspirations traditionnelles (4) et j’ai fait des arrangements sur d’autres pièces. Ça demande beaucoup de patience et de persévérance. J’ai pris des risques aussi au niveau des arrangements et des choix artistes pour que ça soit…écoutable! J’ai beaucoup appris et j’apprend toujours ! C’est passionnant !

Claude Thibault – Alors quel est ton message à nos lecteur pour vendredi le 19 juillet ? on peut s’attendre à quoi ?

Daniel Bellegarde – There’s a crack ! A crack in everything, that’s how the light gets in! Venez découvrir une musique acoustique avec violon, banjo, dobro, guitare, kalimba basse (manouba), basse, voix et percussion. C’est vintage….Yé Krik!!!

Daniel BellegardeAnba Tonèl
Vendredi le 19 juillet 20h30

Théâtre Fairmount au Festival International Nuits d’Afrique
5240, ave. du Parc
514-563-1395


Claude Thibault, éditeur – contacter / Facebook

C’est pour soigner son blues post-FIJM 2002 (après toute cette extravagance musicale le quotidien en prenait un coup!) que Claude lançait le 1e janvier 2003 la toute première version de sortiesJAZZnights.com. 16 ans et quelques versions plus tard l’aventure et la mission de faire connaître le jazz d’ici se poursuit!

 

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