
En relisant Je rêvais d’un festival deux fois plutôt qu’une cette immense autobiographie truffée d’anecdotes, j’ai tout de suite pensé au maire Jean Drapeau. Si ce dernier fit fermer en partie les clubs de jazz pour que la moralité règne à Montréal et pis encore, il détestait la note bleue. Nous lui devons par contre d’avoir donné à notre ville ses lettres de noblesse sur la scène internationale. Alain Simard, co-fondateur du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) avec son ami André Ménard, qui avait lui aussi la tête dure ainsi qu’un sens inné de l’organisation et une idée certaine d’un festival.
Je rêvais d’un festival – je retrouve mes premiers émois du FIJM
Au fil des pages, le jeune journaliste que je fut à retrouvé ses premiers émois du FIJM (34 ans au compteur), mais aussi, ce lieu mythique que fut le Spectrum. Ou Beau Dommage au Forum de Montréal, l’association culte entre Gerry Boulet, le rockeur au cœur tendre avec la formidable machine de l’immense et regretté chef d’orchestre Vic Vogel. Et puis : Stevie Wonder sur la Place des Festivals, tout comme ; Pat Metheny (concert mémorable sur McGill Collège) puis de retour en grand concert extérieur sur la Place des Festivals, et sans oublier : Prince, Robert Plant, Le Buena Vista Social Club, Barney Wilen, Richard Galliano ou Keith Jarrett.
Des vies, le Festival International de Jazz de Montréal et bien d’autres aventures
Et nous pourrions allonger la liste. Parce que Alain Simard fut aussi l’architecte d’un empire très québécois à travers : Spectra Scène et Spectra Disque, puis Spectel Vidéo. Suivront : Les Francofolies de Montréal, en collaboration, avec les immenses Guy Latraverse/Jean-Louis Foulquier, tous disparus.

Alain Simard signe « Je rêvais d’un festival » – lancement le 28 juin 2024 (FIJM) gracieuseté d’evenko
Avant le FIJM – Claude Dubois, Pink Floyd, Gentle Giant…
Avant, ce fut un étudiant fou de musique ainsi que de concerts. Il y a eu Expo 1967, l’année mouvementée de 1968 où tout un chacun rêvait de transformer le monde, soutenu par un maelström euphonique qui n’eut pas d’équivalent. S’engouffrant dans cette veine dynamique (un euphémisme), il mit sur pied avec plusieurs amis, dont Pierre Huet : La Clef (1700 Henri-Bourassa E) où se présenta un tout jeune Claude Dubois.
De la musique, il en générera et pas avec des moindres : Pink Floyd, Gentle Giant, Genesis à travers la maison de productions Kosmos. En 1977, avec son complice André Ménard, certainement la plus fine oreille musicale de ses quarante dernières années, les productions Beaubec voient le jour avec le producteur Paul-Dupont Hébert. Grâce à eux, combien entendront : Beau Dommage, Octobre, Maneige, Paul Piché, Harmonium, etc.
Un grand festival – un immense « happening »
À l’horizon se prolonge surtout l’idée d’un festival de jazz. Un immense « happening » qui fera de Montréal un joyau, convoité par les festivaliers et le monde entier. En 1980, ce fut chose faite, toujours avec son complice André Ménard, Denyse McCann et le réalisateur Alain de Grosbois.
La suite, nous la connaissons et pourtant, cette aventure ne fut certainement pas de tout repos. Au fil des pages, vous allez découvrir les portraits touchants d’Oscar Peterson, Dave Brubeck, Miles Davis un peu moins Vic Vogel, Oliver Jones, etc.

Lancement du livre d’Alain Simard « Je rêvais d’un festival » le 28 juin 2024 (FIJM) gracieuseté d’evenko
Le pari en valait la chandelle
Cet hommage au jazz sera définitivement coulé dans le béton avec le Quartier des spectacles (une autre idée d’André Menard et de Jacques Primeau), suivi de l’édifice Blumenthal et son mur des célébrités. Le passage du temps et l’immense trajectoire d’un visionnaire qui peut maintenant se dire : le pari en valait la chandelle. Et nous anticipons avec impatience, les mémoires du génial programmateur et homme de cœur : André Ménard.
Je rêvais d’un festival
Alain Simard
Les éditions La Presse
281p
Sous la fine plume de notre plus fidèle chroniqueur, découvrez les meilleurs albums et livres jazz du Québec et de la planète. Christophe écrit également une chronique jazz a Ted Audio, une chronique a La Métropole et est l’auteur du blog C’est du livre et du bon et du livre Les grands noms du jazz