Cécile McLorin Salvant au FIJM 2026 – Charlotte a vu !

Cécile McLorin Salvant au FIJM 2026 - Charlotte a vu !

« Batter the doom drum but believe there will be better » (tape sur le tambour de la fatalité, mais garde espoir en un jour meilleur). C’est avec ces mots bien gravés dans ma tête que je suis mes voisines de siège vers la sortie du Théâtre Maisonneuve, vendredi soir 26 juin au FIJM, en essuyant mes yeux mouillés. Enzo et Tian sont venues de Toronto pour voir, comme moi, leur idole chanter. Dirigées par la cantatrice Cécile McLorin Salvant (devenue prêtresse l’instant d’une chanson), nous avons crié ce mantra pendant une couple de minutes en guise de troisième rappel. C’est ce que j’appelle un concert participatif.


Avec Sullivan Fortner au piano, Yasushi Nakamura à la contrebasse et Kyle Poole à la batterie, Cécile McLorin Salvant nous a livré un spectacle enchanteur et transformateur, élargissant les cadres du concert jazz traditionnel.


Cécile McLorin Salvant au FIJM 2026 - Charlotte a vu !


Cécile McLorin Salvant explore les intersections entre le vaudeville, le jazz, le théâtre et le chant baroque


Explorant les intersections entre le vaudeville, le jazz, le théâtre et le chant baroque, l’artiste de 36 ans ne chante pas pour répondre à des attentes, ni pour s’inscrire dans un style en particulier. Elle chante des chansons qu’elle croit pertinentes et elle met à l’usage tous les outils qu’elle a pour nous raconter l’histoire. Les trois géants du jazz qui l’accompagnaient étaient maintenant l’orchestre dédié à la transmission de l’expérience narrative. Je n’ai jamais vu d’instrumentistes en telle symbiose avec une vocaliste.


Cécile McLorin Salvant au FIJM 2026 - Charlotte a vu !


Les arrangements transitionnent entre des couplets lyriques et des refrains hyper arrangés incluant rythmes afro-cubains et impacts synchronisés aux paroles.


Les arrangements transitionnaient souvent entre des couplets lyriques et des refrains hyper arrangés incluant rythmes afro-cubains et impacts synchronisés aux paroles. C’est tellement fluide! Vivant! TIGHT! Dans ces pièces judicieusement orchestrées, les sections d’improvisation musicale donnent un espace de respiration qui nous permet d’apprécier encore davantage le génie de Fortner, Nakamura et Poole.


Une musique ancrée dans notre ère en mêlant l’électronique et l’acoustique


Bien sûr, l’artiste nous fait cadeau de plusieurs de ses compositions, ainsi que deux pièces de son nouvel album (With Every Breath I Take) enregistré avec le Metropole Orkest, qui sortait le soir même! Ce que j’adore de cet ensemble est aussi qu’ils ont ancré leur musique dans notre ère en intégrant des chansons contemporaines (ex: Until, de Sting), et en mêlant l’électronique à l’acoustique. Sullivan Fortner joue à la fois avec des synthétiseurs et un piano à queue. De nombreux effets de réverbération sont ajoutés par moment. Kyle Poole utilise une plaque de percussions numériques, et les effets de basse deviennent si enveloppants par moments que le théâtre se transforme en une boîte disco enlevante.



Bonne idée de conclure le voyage avec I Feel Love de Donna Summer. J’y entends une invitation à VIVRE, à RESSENTIR, à résister aux carcans des idées reçues et des limites qu’on s’impose à soi-même de peur que…


En français, 3 rappels et Le Monde est stone


À mon grand plaisir, Cécile salue les québécois pendus à ses lèvres en interprétant de nombreuses œuvres en français: du Jacques Brel, du Charles Trenet, une chanson baroque française et un numéro de l’Opéra Quat’sous. Le premier rappel (il y en a eu 3) était même tiré de notre Starmania chéri : Le monde est stone.


De sa voix polymorphe et résonnante, Cécile livre chaque pièce avec émotion, sincérité et humour


Le spectacle nous transporte élégamment d’histoire d’amour en histoire d’amour. Je salue la bienveillance de l’artiste dont le choix des textes semblait intentionnellement porté vers la guérison, la tendresse et la sincérité. De sa voix polymorphe et résonnante, Cécile livre chaque pièce avec émotion, sincérité et humour, nous invitant à réfléchir sur des histoires de galanterie et de consentement (Barbara Song), de sécurité émotionnelle et de clémence (Second Guessing), de force trouvée dans les relations (Oh Snap)… J’aime comment elle prend à cœur l’effet thérapeutique de la musique.


“Take this stone and pass it on
It alters with each handling
But it will not erode
It will not erode”


Le dernier rappel est une interprétation poignante et sombre d’un texte de Grèce Antique portant sur la Guerre de Troie, nous rappelant que les enjeux politiques et l’anxiété que l’on rencontre aujourd’hui ne sont pas nouveaux pour l’humanité. Mais après avoir crié avec 800 personnes que “THERE WILL BE BETTER”, j’ai comme le coeur soudain plus fort, la respiration plus calme et l’esprit plus clair. Il y a une énergie en moi qui a repris vie pendant ce concert, une impression que même si tout bascule, on va s’en sortir.


Elle remporte le Prix Ella-Fitzgerald du FIJM 2026 !



Merci, Cécile et ton band, d’être passés.


Cécile McLorin Salvant @ Théâtre Maisonneuve – FIJM 2026
Vendredi 26 juin 2026

Cécile McLorin Salvant – voix
Sullivan Fortner – piano
Yasushi Nakamura – contrebasse
Kyle Poole – batterie


Le 46e FIJM se poursuit jusqu’au samedi 4 juillet.

montrealjazzfest.com


Charlotte DésiletsCharlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com

La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.



photos  – une gracieuseté du FIJM 2026
Victor Diaz Lemich @ Cécile McLorin Salvant

 

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