Aja Monet – The Color of Rain (2026)

Aja Monet – The Color of Rain (2026)

Poète, militante et musicienne basée à Los Angeles, Aja Monet lançait récemment The Color of Rain (2026), approfondissant l’univers poétique et surréaliste esquissé sur son premier album paru en 2023 et nommé aux Grammy Awards.





Entourée de la géniale bassiste et productrice Meshell Ndegeocello, du batteur Justin Brown et d’un collectif de musicien·nes réunissant notamment Burniss Travis, Josh Johnson, Georgia Anne Muldrow, Novena Carmel et Ambrose Akinmusire, la poète livre quinze nouveaux titres à la croisée du spoken word, du jazz spirituel et de la soul, en ne négligeant pas le côté expérimental qui fait sa marque. Plus « musical » que ses parutions précédentes, The Color of Rain (2026) ne se contente pas de mettre en musique ses textes, il les prolonge et leur confère plus de profondeur expressive.


say it with your chest invite et hollyweird


Dès l’ouverture, say it with your chest invite à la prise de parole engagée. Les cuivres feutrés, les claviers et les percussions soutiennent une voix qui tient autant de l’incantation que de la poésie. Plus loin, hollyweird brosse un portrait sublimé de Los Angeles, entre showbusiness et saturation médiatique. La poète y déploie un flot d’images qui traduisent l’absurdité de notre époque et la difficulté de trouver un sens dans un monde où le vacarme médiatique perpétuel étouffe l’essentiel. Sous sa plume, les enjeux sociaux deviennent une expérience sensorielle, sans jamais sacrifier la musicalité.




for the Congo, skinfolk, melting clocks et every media minute


On retrouve le cœur du propos de l’album dans for the Congo, où des percussions et des chœurs hypnotisants portent une réflexion sur les rapports de domination, la violence et notre complicité collective. Plutôt que de se livrer à un discours militant traditionnel, Aja Monet privilégie l’émotion et le poids des mots, à travers la répétition et l’interpellation directe. À l’inverse, skinfolk célèbre la beauté et la résilience dans une ambiance douce et lumineuse, soutenue par la harpe et des harmonies chaleureuses. Entre ces deux extrêmes, melting clocks explore notre rapport au temps au fil d’une réflexion sur la mémoire, alors qu’every media minute traduit l’épuisement mental engendré par le flux incessant d’informations et d’images qui envahit notre quotidien.




I Came to the Poem et indigo


L’album révèle également une facette plus intime de l’artiste, notamment sur working class musicians, une des pièces les plus accessibles où Aja Monet évoque avec tendresse les sentiments de précarité, de persévérance et de solidarité du milieu artistique. I Came to the Poem, presque totalement dépouillée de musique, rappelle la puissance de sa voix et son attachement profond à la poésie. En fin de parcours, indigo clôt l’album sur une note lumineuse, où amour et esprit apparaissent comme autant de refuges face aux angoisses du monde d’aujourd’hui.




say it with your chest / elsewhere (avec Meshell Ndegeocello et Georgia Anne Muldrow) / withness / hollyweird / skinfolk / for the Congo / i came to the poem / to sister (avec Ganavya et Brandee Younger) / i know that i don’t know / working class musicians / love is a choosing (avec Mereba) / song of myself / melting clocks (avec Mick Jenkins et Vic Mensa) / every media minute / indigo



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La force et la virulence du message de The Color of Rain (2026) trouvent leur équilibre dans des moments de grâce qui invitent autant à s’indigner qu’à renouer avec sa propre sensibilité. À ne pas manquer, et à voir en spectacle le 4 juillet prochain au Studio TD dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal.


Arnaud G. VeydarierArnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com /  Facebook

Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Chaque deux semaines il nous propose un album.

 

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