
Cat’s Corner présente le festival Footnotes, du 22 au 24 mai, 3 jours de festivités autour de la danse et du jazz. Cette grande fête annuelle nous présente une autre façon d’apprécier le jazz…la danse ! Charlotte Désilets nous propose donc une entrevue avec la co/dg de Cat’s Corner, Hélène Bernardot, pour en savoir plus…
Charlotte Désilets : Bonjour Hélène, parlons donc un peu plus de Cat’s Corner. C’est quoi ?
Hélène Bernardot : Cats Corner, en fait, communauté Cats Corner, c’est non seulement une école de danse, mais c’est aussi un organisme à but non lucratif, dont la mission, c’est de bâtir des liens entre le jazz, le blues, les claquettes, la musique, la danse et les communautés qui évoluent dans ces cultures-là ou autour de ces cultures-là.
On a une programmation de cours, on organise aussi des soirées de danse sociale, ça fait plus de 20 ans, des soirées mensuelles de musique live avec des orchestres de jazz montréalais. On a une programmation aussi plus d’activités communautaires pour rassembler les personnes qui viennent prendre les cours ou participer à nos activités. Puis on organise des événements qui ont une portée nationale et internationale autour du jazz. Fait que Cat’s Corner c’est très gros. Ça a une belle histoire aussi, ça fait quand même 27 ans que ça existe.

Une communauté autour du jazz et du swing
Charlotte Désilets : Donc, cette communauté-là que vous avez construite est vraiment, à ce que je comprends, construite autour de la tradition du jazz puis du swing, c’est ça? Qu’est-ce que vous mettez à l’avant dans les valeurs, dans les objectifs de création, de recherche artistique dans cette communauté ?
Hélène Bernardot : En fait, l’idée, et ça c’est vrai depuis le début, c’était de rassembler des personnes qui s’intéressent d’abord au Lindy Hop, puis ensuite par extension à d’autres formes de danse, swing, blues et claquettes, de mettre l’accent sur la musique et l’histoire de ces danses-là qui viennent des communautés afro-américaines de Harlem à New York, et qui vient avec une histoire et un héritage qui est celui de l’esclavage et du racisme.

Donc c’est aussi parler de ça, d’où ça vient, comment ça a évolué et faire le lien avec les street dance qui sont la continuation de la culture jazz. On parle beaucoup d’histoire, on parle beaucoup des personnes qui ont façonné cette culture-là, on parle beaucoup de musique aussi, parce que c’est au cœur de tout ce qu’on fait chez Cat’s Corner.
Un concert de jazz avec un spectacle de danse ? pourquoi pas !
Charlotte Désilets : Mais là, pour les lecteurs de sortiesjazznights.com, ceux qui nous suivent, sont souvent très intéressés par l’aspect musical. Puis il y en a sûrement qui ne sont pas nécessairement habitués avec l’aspect danse, mouvement. Comment est-ce que tu penses que Cat’s Corner pourrait être intéressant pour des amateurs de jazz qui sont plus habitués d’aller dans les clubs voir des concerts plutôt que d’aller danser.
Hélène Bernardot : Je pense sincèrement, et je crois que c’est le cas pour les gens qui fréquentent Cat’s Corner, qu’il n’y a pas de danse sans musique. Et encore une fois, la musique, c’est vraiment au cœur de tout ce qu’on fait.
Dans tous les mois chez Cat’s Corner, on a un orchestre de jazz où on essaye de mettre en valeur, de faire rayonner des talents locaux, des orchestres qui se sont formés par bouche à oreille. On a beaucoup de monde qui arrive de McGill aussi, fait que c’est vraiment une belle communauté tissée-serrée qui s’intéresse à la musique jazz qui est swing. Et pour nous, les danseurs, ça apporte une qualité supplémentaire à nos soirées.
Pour les gens qui sont moins familiers avec la danse, déjà pour remettre en contexte, le swing c’est un style de musique jazz qui a émergé au cours des années 20 et qui s’est tiré jusqu’à la fin des années 40, voire 50, et puis après qui a pris d’autres formes aussi, mais c’est ce qui a inspiré le rhythm and blues, entre autres.
Charlotte Désilets : Quel genre d’interaction il se passe? Car, des fois, c’est un big band qui est là au complet, c’est un orchestre de musiciens en personne, qui voient les danseurs danser. Quelle interaction tu observes entre les danseurs et les musiciens?
Hélène Bernardot : C’est une question qui est assez complexe puis je pense qu’il n’y a pas une réponse puis c’est en constante évolution mais on essaye toujours de faire du lien c’est sûr qu’il y a un peu de timidité puis c’est comme si on parlait la même langue mais avec deux manières différentes fait que l’idée c’est d’être capable de se comprendre mais Honnêtement, il faut le vivre pour le voir. Je pense que ça se ressent quand on voit une salle de balle qui est pleine de danseurs avec un orchestre sur le stage. Il y a beaucoup de jeu. Il y a une énergie qui est très forte, très intense.
Charlotte Désilets : En quoi est-ce que tu pourrais faire le parallèle entre l’improvisation instrumentale et l’improvisation dansée?
Hélène Bernardot : C’est tout un art. C’est sûr qu’il y a plein de manières différentes de l’exprimer, mais l’idée, c’est de parler de ses sentiments et de ce qu’on ressent à ce moment-là. Qu’est-ce que la musique, elle nous suggère? Qu’est-ce qu’on a envie de faire avec notre corps ou qu’on est capable de faire avec notre corps à ce moment-là? Qu’est-ce qui reflète nos émotions ou la chose qu’on a à dire? Parce qu’évidemment, la danse, comme toute forme d’art, c’est politique aussi. Qui danse, qui danse pas, qui prend sa place, à quel moment, puis l’idée c’est de créer une chorégraphie, sans mauvais jeu de mots, entre danse et musique. Je pense que c’est à peu près les mêmes principes qui s’appliquent là, si on rentre dans la technique de la musique versus la technique de la danse. Fait que l’idée c’est, encore une fois, de connaître une langue, puis de voir qu’est-ce qu’on est capable de dire avec ça. Et l’improvisation, ça fait peur. Je ne sais pas pour les musiciens…
Charlotte Désilets : Vous présentez le festival Footnotes qu’on invite les lecteurs de Sortiesjazznights.com à découvrir. C’est quoi et c’est quand?
Le Festival Footnotes du 22 au 24 mai
Hélène Bernardot : Ça s’appelle Footnotes. C’est la première édition d’un festival qui se veut faire le lien entre la culture des claquettes et du Lindy Hop, qui historiquement sont quand même très liés. Elles viennent des mêmes communautés, puis elles font partie de la culture du divertissement, et il se trouve que la journée internationale du Lindy Hop et la journée nationale des claquettes, ça tombe l’un après l’autre. Le 25 mai pour le Lindy Hop et le 26 mai pour les claquettes.

On fête l’anniversaire de Frankie Manning, qui est un des danseurs originaux de swing, et de Bill Bojangles Robinson, qui est lui aussi une figure historique des claquettes. Et donc l’idée c’était d’organiser une fin de semaine complète autour de ces deux danseurs, en mettant à l’honneur évidemment la musique jazz. Fait que le festival s’articule autour de danse sociale, d’où la présence du Taylor Donaldson Orchestra, qui est un big band.
On va aussi avoir une journée complète d’ateliers pour pouvoir explorer nos pratiques des danses claquettes et Lindy hop, avec des professeurs majoritairement locaux, mais il y a du monde qui vient d’un peu partout dans l’Est du Canada et des États-Unis. On a une grande jam qui est organisée pour fêter la journée nationale des claquettes et rendre hommage à Ethel Bruno qui est une danseuse de cabaret originaire de Harlem mais qui a longtemps vécu à New York et dont la famille est ici à Montréal et proche de Cat’s Corner.

Charlotte Désilets : Vous organisez plusieurs événements comme ça pendant l’année ?
Hélène Bernardot : Oui, on a la chance d’avoir une belle portée internationale, en fait, notamment dans le Canada anglophone. Du fait que l’école existe depuis longtemps, les gens sont pas mal au fait de ce qui se passe chez nous. Mais là, comme Footnotes, c’est la toute première fois, on ne sait pas trop à quoi s’attendre en termes d’audience, mais c’est un pari. On sait aussi que Certaines des activités sont gratuites, mais d’autres sont payantes, fait qu’on a évidemment pensé au poids financier que ça pouvait avoir pour certains danseurs. C’est pour ça qu’on a une tarification qui est solidaire, donc les gens payent ce qu’ils peuvent. Et puis on veut faire du lien avec le grand public aussi, c’est pour ça que c’est important de parler du live band, c’est pour ça que c’est important de parler du fait qu’on va avoir des cours d’initiation pour les gens qui n’ont aucune expérience. C’est aussi pour ça qu’on fait une fête de quartier plus communautaire pour attirer du monde qui sait pas trop comment rentrer dans ce monde-là, mais qui s’intéresse à la culture jazz. Fait qu’on espère être nombreux, oui.

Charlotte Désilets : Tu as mentionné le Taylor Donaldson Orchestra qui va être présent @ Footnotes. Quel jour?
Hélène Bernardot : Ça c’est le vendredi soir le 22 mai, donc c’est le premier jour du festival Footnotes, ça commence à 21 h du soir sur 3 sets, c’est 12 musiciens sur le stage, en majorité des musiciens professionnels, puis ils ont une sélection qui est inspirée des big bands des années 30, donc c’est vraiment une énergie très particulière, la qualité de la musique est exceptionnelle pour les gens qui sont amateurs de music swing, c’est vraiment fantastique.
Charlotte Désilets : Est-ce que tu voudrais nous dire un peu comment tu penses que la communauté de la danse gagnerait à collaborer avec la communauté de la musique?
Hélène Bernardot : Oui ben je pense que c’est un échange où tout le monde a gagné je pense que là évidemment la musique est au coeur de la danse la danse vient sublimer la musique en tant que danseuse je pense que que pratiquer sur la musique live, c’est essentiel, puis ça nous ramène justement à ce qui est important, c’est-à-dire être conscient de soi, jouer avec son partenaire, s’amuser avec la musique.

Charlotte Désilets : Je trouve que ça devient quand même rare. C’est un poids financier quand même d’engager tout ces musiciens pour faire de la musique live. C’est quand même un bien très précieux de pouvoir avoir un big band dans sa salle avec des danseurs. Je suis toujours impressionnée par les soirées que vous organisez. Penses-tu que ça aide à intégrer du grand public dans la communauté de la musique jazz aussi, instrumentale peut-être ?
Hélène Bernardot : Je pense que oui. Je pense qu’on vit dans une ville où on est très privilégié parce qu’on a une scène musicale jazz qui est incroyable. Je pense que Montréal, c’est une des capitales du jazz à l’échelle internationale. Au niveau du swing aussi, on a des professeurs, des artistes, des gens qui ont des parcours exceptionnels. C’est qu’on est chanceux d’apprendre de la crème, de la crème là, honnêtement, à Montréal.
C’est sûr que de la part du grand public, je pense que ça prend une forme de curiosité, une forme de vulnérabilité aussi, parce qu’apprendre à danser adulte, c’est pas facile. Mais il y a beaucoup de place pour apprendre, prendre du plaisir sans nécessairement s’impliquer. Si les gens viennent consommer la culture chez nous, on veut qu’ils se sentent acteurs, on veut qu’ils se sentent Bienvenue, et on veut leur transmettre ce qu’on sait de cette culture-là. Fait qu’un événement comme ça, c’est une porte d’entrée parfaite pour apprendre à découvrir la culture jazz, en fait.
Charlotte Désilets : Donc, le Festival Footnotes qui aura lieu le 22, 23, 24 mai, c’est ça?
Hélène Bernardot : Exactement. Chez Cat’s Corner, dans le centre-sud, en face du métro Frontenac.
Charlotte Désilets : Mais merci vraiment beaucoup pour ton temps, pour tes explications sur Footnotes. On va espérer qu’il y ait beaucoup de gens qui vont venir au festival. Puis à bientôt.
Hélène Bernardot : Ouais, merci à toi pour ton temps. Passe une belle journée.

Cat’s Corner
1956 rue Frontenac, Montréal
reception@catscorner.ca
514-874-9846
site web
Facebook
instagram
youtube
spotify
Charlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com
La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.


