
Véritable monument du saxophone jazz, Joshua Redman a honoré le Théâtre Maisonneuve le 2 juillet dernier de sa présence lors d’une prestation magistrale, sans surprise @ FIJM et amplement à la hauteur de sa réputation. Habituellement associé aux jazz instrumental, le saxophoniste était cette fois accompagné de la chanteuse Gabrielle Cavassa. S’éloignant passablement des conventions du jazz vocal, les instrumentistes ont pris le devant de la scène, la voix de la chanteuse s’intégrant discrètement dans des pièces qui faisaient davantage la part belle aux longs développements improvisés.
Joshua Redman lance les festivités avec un long solo captivant
La soirée s’est amorcée sur un mashup audacieux des standards Going to Chicago Blues et Chicago, Joshua Redman lançant les festivités avec un long solo captivant. Son entrée en scène enflammée a progressivement été complémentée par de délicats arpèges du pianiste Paul Cornish, avant que le reste du groupe ne se joigne à eux. Naviguant brillamment dans un contexte plus pop, le saxophoniste explore et étire le matériau musical avec une totale liberté harmonique, sans jamais perdre l’auditeur une seule seconde.
Le groupe enchaîne avec une reprise surprenante de The Streets of Philadelphia du Boss
Le groupe enchaîne avec une reprise surprenante de The Streets of Philadelphia du Boss, conduisant à une autre improvisation incroyable du leader. Les musiciens nous servent ensuite une autre reprise encore une fois puisée dans le répertoire classique rock. Instantanément reconnaissable par sa suite d’accords emblématiques, le pianiste entonne Hotel California des Eagles sans toutefois s’empêcher quelques écarts harmoniques, qui sont les bienvenus. Malgré quelques incertitudes vocales, la chanteuse ayant parfois des hésitations sur le ton et le phrasé, l’ensemble parvient à revisiter le classique avec panache.
By the Time I Get to Phoenix de Jimmy Webb est ensuite introduit avec un ostinato de basse dans un style rappelant les arrangements de velours de Diana Krall, accentuant le charme nostalgique du morceau. Popularisée par Tony Bennett, I Left My Heart in San Francisco a suivi avec une interprétation cette fois plus conventionnelle en termes de ballade jazz, elle aussi brillamment exécutée. Après une brève sortie de scène, les musiciens sont revenus pour un rappel débutant avec l’électrisante Place St. Henri d’Oscar Peterson, les musiciens troquant le jazz moderne pour un bon vieux swing up-tempo.
Le concert s’est conclu sur une note ludique avec une réinterprétation inventive de Mandy de Barry Manilow, reconfigurant habilement les airs familiers pour leur donner un nouveau souffle, sans perdre de vue leur essence originale.
Du grand Joshua Redman, qui éclipse toutefois un peu la performance de Gabrielle Cavassa, qu’on devine néanmoins pleinement complice de cette aventure musicale.
Joshua Redman – saxophone
Gabrielle Cavassa – voix
Paul Cornish – piano
Philip Norris – contrebasse
Nazir Ebo – batterie
Festival International de Jazz de Montréal
Mardi le 2 juillet @ 20 h
Théâtre Maisonneuve
Arnaud G. Veydarier : arnaudgveydarier@gmail.com / Facebook / twitter
Arnaud G. Veydarier est guitariste, a étudié la musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Pour voir tout ses bons plans et chroniques d’albums, c’est ici