
Le musicologue Jury Kobayashi a lu Holy Ghost – The Life and Death of free jazz pionneer Albert Ayler de Richard Kolada ou si vous voulez Holy Ghost : La vie du pionnier du free jazz Albert Ayler. Voici ses impressions.
John Coltrane était le père, Pharoah Sanders le fils et Albert Ayler, le Saint-Esprit.
Cette phrase un peu fatiguée m’a toujours interpellée. Malgré son mythe patriarcal et laborieux, que la partisannerie et la critique ont engendrés, j’ai toujours endossé l’expression. La musique de John Coltrane m’a beaucoup frappé quand j’étais jeune et pourrait même expliquer mon choix d’être musicien. J’étudie son travail depuis des années et j’ai toujours eu en tête qu’à un moment donné, je devrais composer avec la musique d’Albert Ayler.
Albert Ayler a toujours été un fantôme pour moi, une figure obscure qui hante la musique que je fais, qui est une musique expérimentale issue de la tradition afro-américaine. Son influence est partout dans la musique et pourtant, chaque fois que je me lance dans des recherches sur lui, j’ai du mal à me faire une idée de ce qu’il était. Le livre de Richard Koloda : Holy Ghost – The Life and Death of Free Jazz Pioneer Albert Ayler (2022) m’a fourni quelques réponses.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de biographies d’Ayler dans le passé, mais ce livre clôt la porte sur de nombreuses questions ouvertes sur la vie d’Ayler. C’est un travail minutieux et important pour tout fan de la musique d’Ayler ou de free Jazz en général. Il est extrêmement bien documenté et clairement écrit et est un excellent complément à As Serious As Your Life (1977) de Val Wilmer pour son approche approfondie et attachante du sujet.
La biographie de Richard Koloda présente Albert Ayler comme un individu ayant grandi en jouant de la musique avec son père et son frère. Initié plutôt au sport à l’adolescence (Ayler était un golfeur incroyable !), il s’est ensuite intéressé à la musique et est devenu un fort musicien local et part en tournée dès son plus jeune âge avec le leader du groupe de blues Little Walter. De fil en anguille, Ayler s’est rendu en Europe via l’armée où il a rencontré Cecil Taylor et Sunny Murray avec qui il commencera sa connexion avec le jazz d’avant-garde.
Cette biographie est minutieusement documentée et met en lumière non seulement la vie d’Ayler, ce qui est assez intéressant à lire, mais aussi ce que c’était d’être musicien à cette époque. J’ai trouvé fascinant de lire sur les débuts d’ESP (un label de free jazz éphémère mais important) ainsi que l’implication d’Ayler dans le développement du jazz à Harlem en collaboration avec Amiri Baraka, ainsi que la frustrations à faire reconnaître sa musique complexe par l’industrie du disque.
Richard Koloda passe beaucoup de temps à expliquer les origines et les détails de nombreux enregistrements importants du catalogue d’Ayler. Il résout de nombreux mystères autour de la vie d’Ayler, il documente la mort de Ayler en détail, et dissipe bon nombre de rumeurs qui l’entourent. La postface du livre fait le suivi de Donald Ayler et discute respectueusement des années difficiles que Donald a vécues suite au décès de son frère.
Albert Ayler émerge de cette biographie comme un artiste essayant de naviguer dans les complexités d’une époque changeante (les années soixante) avec un système politique et une industrie musicale en constante évolution. Cette biographie est complète, perspicace et respectueuse de l’artiste. C’est une œuvre importante de la recherche en lien avec le free jazz et est, selon moi, un incontournable pour tout fan de free jazz ou quiconque souhaite comprendre le milieu de l’avant-garde dans les années 60.
Ce texte de l’étudiant de la Faculté des Arts de l’Université d’Ottawa Jury Kobayashi est un collaboration spéciale avec la Librairie Résonance. Jury s’intéresse à l’improvisation, la composition musicale et la musicologie.
Cette librairie de la rue Beaubien est dédiée aux livres sur la musique dans tous les genres et possède une collection pas piquée des vers en Jazz et Blues.
Bonne lecture musicale !
Librairie Résonance
40 Beaubien E.
Montréal, QC, H2S1P8
instagram
Ahmad Jamal (1930-2023) – Un hommage à l’album Live At The Pershing