
Pour cette deuxième chronique d’albums vintage de jazz je vous propose 3 albums : Just Us du Roy Haynes Trio (New Jazz, 1960), Gettin’ Together! de Paul Gonsalves (Jazzland, 1960) et The Tender Gender de Kenny Burrell (Cadet, 1966).
The Roy Haynes Trio – Just Us (New Jazz, 1960)
On dit souvent d’une coïncidence qu’elle est drôle. Ce n’est malheureusement pas le cas de celle qui est arrivée le 12 novembre dernier. Le matin même, je recevais cet album du Japon et décidai, alors que je l’écoutais, de l’ajouter à ma prochaine chronique. Dans l’après-midi de cette même journée, nous apprenions la mort du légendaire batteur Roy Haynes… Nous portons trop souvent une attention particulière à certains musiciens après leur décès. Ce n’en n’est pas la raison aujourd’hui.
Avec Richard Wyands (piano) et Eddie De Haas (contrebasse)
Le piano trio est une formation qui m’a toujours particulièrement attirée pour de nombreuses raisons, principalement l’interplay, la plus grande place qu’occupe chaque instrument, les possibilités d’arrangement, et le groove, sans doute plus facile à trouver et maintenir à trois qu’à six ou sept musiciens. Outre Roy Haynes à la batterie, le personnel sur cet album comporte Richard Wyands au piano et Eddie De Haas, un contrebassiste américain au nom néerlandais, né en Indonésie en 1930.
Con Alma, Sweet And Lovely
La sélection de cet album comporte sept morceaux dont trois standards, un original de Curtis Fuller, Con Alma de Dizzy Gillespie, et deux morceaux de Roy Haynes et Richard Wyands. Les arrangements sont bien pensés et exécutés à merveille. La version de Sweet And Lovely est parmi mes préférées : écoutez comment Richard Wyands harmonise la mélodie.
En plus d’un son très reconnaissable, on retrouve toujours chez Roy Haynes une excitation liée à une impression d’urgence, de note jouée in extremis. Il en tirait probablement son surnom « Snap Crackle ». La version de Speak Low et ses solos sur Down Home, Con Alma et Well Now en sont de bons exemples.
Selon moi, c’est un excellent album qui mérite autant d’attention que We Three (New Jazz, 1959), le fameux album trio du pianiste Phineas Newborn, comparable à celui-ci et qui met également Roy Haynes en vedette.
Paul Gonsalves – Gettin’ Together! (Jazzland, 1960)
Le saxophoniste Paul Gonsalves est surtout connu pour son travail (et devrais-je mentionner sa célèbre sieste sur Perdido ?) avec le big band de Duke Ellington. Sa musique en tant que leader est, je pense, moins connue : l’album fait donc partie de mes suggestions ce mois-ci de nos albums vintage de jazz.
Avec Wynton Kelly (piano), Sam Jones (contrebasse), Jimmy Cobb (batterie) et Nat Adderley (cornet)
La section rythmique comporte Wynton Kelly au piano, Sam Jones à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie. Agréable surprise. Nat Adderley est aussi présent sur cinq des huit morceaux.
Yesterdays, I Cover The Waterfront, I Surrender, Dear
Leur sélection est judicieuse. Trois standards, dont Yesterdays, et deux que l’on entend trop rarement à Montréal : I Cover The Waterfront et I Surrender, Dear. Les amateurs de blues seront par ailleurs ravis car l’album en compte trois : Walkin’ de Richard Carpenter, (rendu célèbre par Miles Davis), J. And B. Blues (Joe Livramento), et Low Gravy (lent et mineur, composé par Jelly Roll Morton). Deux originaux également : le titre éponyme, composé par le poète et chanteur Babs Gonzales et Hard Groove, un original de Paul Gonsalves.
J’espère que le son du saxophoniste vous plaira par sa chaleur (vous comprendrez dès les premières notes du premier morceau) et son intonation. Comme la plupart des titres de Riverside/Jazzland, l’album est très bien enregistré et mixé, et swing de A à Z, comme le laissait deviner les crédits. Un contraste musical très intéressant se dégage du groupe : Paul Gonsalves est un musicien suave, et la section rythmique, plus dynamique, lui apporte une énergie exceptionnelle.
Le saxophoniste a enregistré une vingtaine d’albums en tant que leader que je vous invite à aller écouter si vous en voulez davantage.
Kenny Burrell – The Tender Gender (Cadet, 1966)
Pour ce dernier titre de ma 2e chronique d’albums vintage de jazz, j’ai choisi quelque chose de plus groovy. C’est un des traits de Kenny Burrell, en plus de sa mélancolie, surtout depuis l’album Midnight Blue, bien connu des jazzophiles.
J’ai fait la découverte de cet album en fouillant dans sa discographie l’année dernière et il est devenu un de mes favoris. C’est un format un peu différent des albums dont j’ai parlé auparavant, car nous sommes en 1966. Les morceaux sont plus nombreux et donc plus courts (rappelons qu’il n’est possible de graver qu’une vingtaine de minutes de musique par face sur un 33 tours), mais semblent avoir été choisis avec une grande attention.
Avec Richard Wyands (piano), Martin Rivera (contrebasse) et Oliver Jackson (batterie)
La version de Girl Talk, une excellente composition de Neal Hefti et Bobby Troup, m’apporte une profonde satisfaction à chaque écoute. Le personnel comporte Kenny Burrell à la guitare, Richard Wyands, que je vous présentais plus haut, au piano, Martin Rivera à la contrebasse et Oliver Jackson à la batterie. L’élégance dont ils font preuve tout au long de l’album est exemplaire.
Mother-In-Law, Isabella, People, The Tender Gender, I’m Confessin’ (That I Love You)
Mes autres coups de cœur sur le disque sont Mother-In-Law, Isabella, People, et The Tender Gender. Aussi, l’arrangement de I’m Confessin’ (That I Love You) rafraîchit le morceau qui aura bientôt cent ans.
Il s’agit d’un album relativement doux, comme l’indique son titre, et plus accessible, mais qui vaut qu’on s’y penche attentivement. Vous ne serez pas déçus.
Attention : sur la plupart des plateformes d’écoute, l’album n’est uniquement disponible dans une compilation intitulée Soulero. The Tender Gender, dont je parle ici, ne constitue que la première moitié de cette compilation (pistes 1 à 10).
Baptiste Lejeune : baptiste.beats@gmail.com
Baptiste Lejeune est un batteur franco-canadien qui a étudié le jazz et la musique classique au Conservatoire de Paris, à l’Université McGill à Montréal, et au Tribeca Jazz Institute, à New York. Il se produit régulièrement sur la scène montréalaise et québécoise, enseigne à l’École de Jazz de Montréal et collectionne les disques de jazz. Sa chronique d’albums vintage de jazz est mensuelle.