
Si le jazz est pour les vieux, grand-papa est bien mieux d’avoir graissé ses rotules avant de venir au concert de Hiromi’s Sonicwonder, dimanche le 28 juin au FIJM 2026. Je ne savais pas que les bancs du Théâtre Maisonneuve pouvaient swinger autant!
Hiromi EXPLOSE et on est tout ouïe
C’est la première fois que je la voyais en vrai. Elle a les cheveux hérissés comme le héro d’un mangas, et quand elle joue au piano, elle est toute recroquevillée et grimaçante comme une créature sauvage et extraordinaire. Comme un trou noir n’a pas besoin d’être volumineux pour altérer l’espace autour de lui, Hiromi n’a pas besoin d’être imposante ou froide pour susciter le respect, la confiance et l’admiration. Elle EXPLOSE et on est tout ouïe.
Avec Adam O’Farrill (trompette) Hadrien Feraud (basse) et (Gene Coye) batterie
La japonaise de 47 ans est accompagnée de Hadrien Feraud à la basse, de Gene Coye à la batterie et du trompettiste Adam O’Farrill. Souriante et candide, elle tourne souvent son visage lumineux vers nous en guise d’invitation, ce qui incite la foule à crier son enthousiasme. Le PARTY commence.

La première pièce débute sur des sonorités rêveuses et des rythmes hip hop
La première pièce débute sur des sonorités rêveuses et des rythmes hip hop. Soit on est dans la jam session la plus hip de la planète, soit on est dans le prochain jeu vidéo qui conquérira les GenAlpha. Mais vraiment, leur musique est parfaite pour sauver la génération Tik Tok, à la fois dépendante à l’hyperstimulation et en grand besoin de bonnes « vibes ».
La deuxième pièce se joue avec des synthés grinçants qui me font pouffer de rire
La deuxième pièce se joue avec des synthés grinçants qui me font pouffer de rire. De motifs mélodiques ultra rapides tout droit sortis des machines Dance Dance Revolution sont joués en unissons et enchaînés de section en section de façon si précise et énergique que le public en est hilare. C’est tellement le fun! Et l’hyperactivité des thèmes vient évidemment nourrir à souhait la créativité des improvisateurs qui livrent des solos bebop sur des rythmes disco.
Ces génies m’enseignent aussi quelque chose sur la construction d’un spectacle: chaque solo est un moment, donc une opportunité pour la création d’un nouveau paysage sonore, une nouvelle texture. C’est vraiment comme dans un jeu vidéo; le décor évolue de façon drastique quand on change d’étape sur la carte. La fin de la pièce est hystérique et ahurissante, digne d’une symphonie chostakovitienne.
Ensuite, Hiromi’s Sonicwonder enchaînent les mouvements de la quadrilogie Out There (2025)
Adam O’Farrill alterne entre des solos rythmés et mélodieux avec un ton magnifique, et un des bruits d’ambiance devant un micro très réverbérant lié à un looper. Hadrien Feraud me fait penser à un Viking sur le pont de son Drakkar. Je suis constamment surprise par l’agilité avec laquelle ses doigts fourmillent sur les cordes de sa basse électrique bleutée pour exécuter les motifs les plus complexes! Et Gene Coye. Je n’en reviens pas comment il est aussi bien accroché à sa leadeuse, ponctuant chaque moment des solos de la pianiste, répondant à chaque appel, faisant de chaque pièce terrain de jeu polyrythmique et jamais inaccessible pour nous modestes auditeurs.

Hiromi garde la foule en haleine du début à la fin
Hiromi’s Sonicwonder mélange la rapidité mélodique du bebop avec le rythme branché du hip hop, du dance et parfois l’euphorie de l’hyper pop. L’arrangement est généralement fait pour que la trompette porte les mélodies, belles et simples, sur des grooves entrainants. J’aime tellement comment, sur un rythme linéaire, Hiromi fait les solos les plus SWINGÉS! Son sens de la composition et de l’improvisation est juste irrésistible. Elle garde la foule en haleine du début à la fin.
Pour le rappel, Hiromi nous joue une improvisation au piano solo, puis le band remonte sur scène pour nous jouer une pièce encore plus palpitante que le public semble reconnaitre. C’est le générique!
Repasse quand tu veux, Hiromi !!!
À la fin du concert, mon cerveau en compote me supplie de lui donner un jus de fruit ou quelque chose pour nourrir les nouvelles connections qui s’y sont formées. Je suis fatiguée mais reconnaissante d’avoir été témoin d’un étalage aussi spectaculaire de virtuosité. Repasse quand tu veux, Hiromi !!!
Hiromi’s Sonicwonder @ Théâtre Maisonneuve – FIJM 2026
Dimanche 28 juin 2026
Hiromi – piano
Adam O’Farrill – trompette
Hadrien Feraud – basse
Gene Cove – batterie
Le 46e FIJM – 25 juin au 4 juillet 2026
Charlotte Désilets : charlotte.desilets@gmail.com
La chanteuse de jazz et comédienne Charlotte Désilets nous raconte les passionnants concerts et ses rencontres avec les artistes de la grande famille du jazz.
photos – une gracieuseté du FIJM 2026
Benoit Rousseau

