
Du 8 octobre 2026 au 6 mai 2027 la Salle Bourgie nous présentera un florilège de concerts de la grande famille du jazz incluant : Jean-Michel Pilc, François Moutin et Ari Hoenig, Pierre Génisson et Bruno Fontaine, Mike Bruzzese et Angelica Sanchez, le Rafael Zaldivar 4tet, le Taurey Butler Trio, le Caelan Cardello Trio, Reginald Mobley et Baptiste Trotignon, l’ensemble Carn Davidson 9, Walter Smith III et Carlos Jiménez et le BR3/Bernard Riche Trio. Dans cette entrevue zoom, Olivier Godin, le directeur artistique de la Salle Bourgie, nous parle de cette saison a venir.
Olivier Godin, le directeur artistique de la salle Bourgie du MBAM, nous parle de la saison jazz 2026-2027
Claude Thibault : Cette saison démarre avec le trio Pilc Moutin Hoenig le 8 octobre 2026, pour se conclure avec l’hommage à Paul Motian de BR3 le 6 mai 2027. Olivier, tu peux nous présenter un survol de cette série de concerts ?
Olivier Godin : On a 9 concerts, puis si on rajoute aussi notre traditionnel Noël de Charlie Brown, qui est un grand classique depuis 12 ans, ça nous fait en tout 11 soirées de jazz à la Salle Bourgie. Un ajout important cette année, c’est qu’on est revenu à nos 5 à 7 jazz qui sont toujours très populaires. Le jeudi, la salle ouvre à 17h, on peut prendre un verre au bar, et puis le concert est à 18h. Mais on a aussi remis des grandes soirées jazz avec des artistes internationaux, des soirées un petit peu plus tardives. Donc le concert va être à 19h30 et l’ouverture du bar est à 18h30. Donc on a vraiment deux formules parce qu’il y a des gens qui préfèrent aussi les concerts en soirée.
Jean-Michel Pilc, François Moutin et Ari Hoening
Parmi ces concerts-là, oui, le 8 octobre, c’est le trio Pilc, Moutin et Hoening. C’est un grand privilège d’accueillir ce trio international de Jean-Michel Pilc, pianiste français qui est installé d’abord à New York dans les années 90 et maintenant à Montréal. François Moutin, contrebassiste virtuose, et puis Ari Hoenig, qui est un batteur américain qui est réputé pour son approche presque mélodique de la batterie, qui est vraiment unique. C’est un concert où l’improvisation est totale. Ils n’annoncent jamais le programme d’avance, on ne sait jamais ce qu’ils vont faire. C’est des relectures souvent très libres aussi de standards de jazz. Donc, c’est un concert, je pense, qui va être très attendu, que moi, en tout cas, j’ai très hâte d’entendre.
Pierre Génisson et Bruno Fontaine
Le 29 octobre, on a Pierre Génisson, un clarinettiste français, qui a la particularité d’être aussi habile en jazz qu’en musique classique. On l’a eu à la Salle Bourgie déjà, dans un concert très classique avec les musiciens de l’Orchestre Métropolitain. Mais là, il revient vraiment en jazz avec le pianiste Bruno Fontaine qui est un grand nom dans la musique française. Il a été l’arrangeur et le directeur musical de Johnny Hallyday, de Mylène Farmer, mais il a aussi travaillé avec des gens comme Ute Lemper. Et ils vont rendre hommage à Benny Goodman, qui est le second clarinettiste de jazz du 20e siècle. Ils vont jouer des standards de jazz, mais aussi des œuvres qui ont été composées pour Benny Goodman, parce que, comme Pierre Génisson, Benny Goodman jouait de la musique classique, donc on entendra aussi la sonate pour clarinette et piano de Poulenc, par exemple, qui avait été dédiée à Benny Goodman.
Mike Bruzzese et Angelica Sanchez
Ensuite de ça, le 12 novembre, on a le guitariste montréalais Mike Bruzzese, qui se partagera la scène avec la pianiste américaine Angelica Sanchez. Mike Bruzzese est un guitariste montréalais qui a fait toutes ses études à l’université McGill. Et Angelica Sanchez, c’est une pianiste, compositrice, professeure aussi, qui a été installée à New York depuis les années 90 qui a collaboré avec toutes sortes de grands artistes de jazz aux États-Unis. Ils vont présenter donc la première audition des poèmes pour cordes de Mike Bruzzese On parle ici des cordes de guitare et des cordes du piano, et non pas des cordes comme les instruments classiques. Et deux pièces de Angelica.
Rafael Zaldivar Quartet
Et le 26 novembre, Rafael Zaldivar, qui est un pianiste cubain, qui vient de Québec, et qui est professeur à l’Université Laval. Rafael avait déjà joué d’ailleurs à deux pianos avec Jean-Michel Pilc il y a quelques années, mais là, il vient avec son ensemble, avec Sarah Rossy à la voix, Levi Dover à la contrebasse et Louis-Vincent Hamel à la batterie, pour un hommage au Bueno Vista Social Club.
Le Noël de Charlie Brown avec le Taurey Butler Trio x 2
Ensuite, les 16-17 décembre c’est la 12e année du Noël de Charlie Brown. On avait toujours fait appel à des chanteurs locaux pour chanter les fameuses chansons de Noël du concert mais cette année, on a fait appel à la chanteuse américaine, Halie Loren, qui est une grande chanteuse, pianiste et compositrice américaine. Bien connue, elle mélange un peu le jazz, le pop, le blues, elle revisite certains standards. Là, elle va être la soliste, la chanteuse invitée pour les chants de Noël, du Noël de Charlie Brown, avec la musique de Vince Guaraldi, évidemment.
Caelan Cardello Trio
Ensuite, en début d’année 2027, on va continuer avec le trio de Caelan Cardello. Caelan Cardello, c’est un jeune et extrêmement intéressant, t et talentueux pianiste américain qui vient pour la première fois à Montréal. Avec Jonathon Muir Cotton à la contrebasse et Domo Branch à la batterie. C’est une soirée qui va être placée sous le signe du mouvement des Young Lions, les jeunes lions qui avaient revitalisé un peu le jazz dans les années 80-90, avec toutes sortes de standards de jazz et des compositions originales de Caelan Cardello également.
Reginald Mobley et Baptiste Trotignon
Ensuite le 23 février. C’est un concert qu’on annonce jazz, mais qu’on annonce aussi dans une série de récitals vocaux classiques, parce que c’est vraiment à cheval entre le classique et le jazz. Reginald Mobley, qui est un contre-ténor américain, qui chante beaucoup, beaucoup de musique baroque, beaucoup de musique classique avec des ensembles. Mais cette fois-ci, il vient avec le pianiste français Baptiste Trotignon, qu’on avait déjà entendu à la Salle Bourgie à plusieurs reprises, dont la dernière fois avec Rémi Bolduc l’an dernier. C’est un programme qui s’appelle Because. Because, c’est le nom de l’album de Reginald Mobley qui est consacré au gospel et au spiritual américain/afro-américain. C’est un genre qui est évidemment étroitement lié à l’histoire afro-américaine. Ce concert est présenté en collaboration avec le Centre culturel Afro-Canadien de Montréal et la Table Ronde du Mois de l’Histoire des Noirs dans le cadre du mois de l’Histoire des Noirs de février.
Carn Davidson 9
On continue le 18 mars avec l’ensemble canadien Carn Davidson 9. C’est un ensemble qui vient de Toronto qu’on avait déjà entendu certains de ces musiciens-là dans l’ensemble Turboprop du batteur Ernesto Cervini en 2023. Cette fois-ci, ils reviennent avec un ensemble de neuf musiciens. C’est un ensemble qui est vraiment reconnu pour avoir un très grand dynamisme. Ils vont proposer une soirée inspirée par les rythmes de danse, c’est-à-dire du choro brésilien, du tango argentin, du hip-hop, du swing. Ils vont inspirer vraiment toutes sortes de musiques en lien avec le mouvement. Donc c’est un nonnette qui est dirigé par deux artistes de jazz qui sont très connus au Canada, le tromboniste William Carn et la saxophoniste Tara Davidson.
Walter Smith III et Carlos Jiménez
Ensuite, le 8 avril, pour la première fois aussi à la Salle Bourgie, on accueille le grand saxophoniste Walter Smith III Et le guitariste Carlos Jiménez. Carlos est connu comme compositeur montréalais. C’est une première fois pour ce nouvel ensemble avec le saxophoniste virtuose Walter Smith III qui vient du Texas. Il s’est imposé vraiment comme une figure vraiment importante du jazz contemporain actuellement. Il a joué avec des musiciens majeurs de sa génération comme Terence Blanchard, Ambrose Akinmosire et Eric Harland.
Trio BR3 – Bernard Riche, Thiago Ferté et Jonathan-Guillaume Boudreau
Et on termine cette saison le 6 mai avec cet hommage à Paul Motion, avec le trio BR3, BR pour Bernard Riche, qui est le batteur du trio et le fondateur de ce trio-là, avec Thiago Ferté au saxophone et Jonathan-Guillaume Boudreau à la contrebasse. C’est un ensemble qui a été formé à l’instigation de Bernard Riche. Et donc, on rend hommage à ce grand batteur un peu atypique qui vient de New York, Paul Motion, qui est mort en 2011. Et qui a été un collaborateur d’immenses musiciens, comme le guitariste Bill Frisel et plusieurs autres. Puis on a d’ailleurs entendu un petit extrait au lancement de saison le 29 avril dernier.
Claude Thibault : Comment as-tu pensée cette programmation pour qu’elle soit variée, diversifiée, et que votre public s’y retrouve ?
Olivier Godin : Il y a des artistes que le public adore. Comme Jean-Michel Pilc, qui à chaque fois qu’il vient, les gens se précipitent. Mais j’essaie de jamais le présenter de la même manière. Il est déjà venu avec deux pianos. Là, il vient avec un trio. Donc, j’essaie de présenter des projets différents pour qu’on voit différents aspects de ces artistes-là. Aussi, j’essaie de varier les styles. Là, on a du cubain, on a de l’américain, on a du jazz européen, on a un petit peu de tout. On fait une espèce de parcours à travers les différentes cultures de jazz, si je peux m’exprimer ainsi. Et puis, je dirais aussi que le fait de varier aussi cette année l’alternance entre les 5 à 7 et puis les concerts de soirée @ 19h30 apporte aussi une expérience différente en salle.
Claude Thibault : Aussi ce qui est intéressant, c’est qu’évidemment, tu mets en vedette des artistes Québécois et Canadiens en relation avec des artistes internationaux…donc, il y a un beau mariage, par exemple, entre Pilc, Moutinet Hoenig, évidemment, ou bien Walter Schmitt III et Carlos Jiménez.
Olivier Godin : C’est des très beaux ensembles, puis ça s’inscrit vraiment dans la philosophie de la Salle Bourgie. On fait ça autant en jazz qu’en classique, dans tous les styles musicaux. On essaie de faire un point d’honneur, d’avoir au moins la moitié de notre programmation qui comporte des artistes d’ici. Ça, c’est très important parce qu’il y a tellement de talent ici, c’est exceptionnel. Il faut pouvoir présenter nos artistes autant que ceux d’étrangers.
Claude Thibault : Tentes-tu avec cette programmation d’une salle assez classique de transformer des amateurs de musique classique en amateurs de jazz ?
Olivier Godin : J’ai pas de plan machiavélique pour faire ça (rires). Je pense qu’il y a des membres de notre public qui viennent au classique et au jazz. Il y en a qui préfèrent rester dans leur zone connue. Mais je pense qu’il y a moyen de faire croiser aussi les rendez-vous. Par exemple, l’année dernière, on avait Claire Marchand, avec des musiciens classiques, qui présentaient de la musique de chambre de Chick Corea, quelque chose qu’on connaissait. Puis oui, Marie-Josée Simard aussi cette année qui est venue jouer des concertos jazz avec François Bourassa. Donc on essaie de croiser un petit peu des fois les rencontres entre le classique et le jazz, ce qui fait que c’est du public, ou l’année prochaine avec Reginald Mobley, le contre-ténor, on essaie de faire croiser un peu les expériences, puis de voir aussi qu’on peut s’intéresser, si on aime le jazz, on peut s’intéresser aussi au classique, il y a beaucoup de Il y a beaucoup de choses en commun entre les deux pratiques.
Claude Thibault : Oui, puis je peux te dire de mon expérience personnelle que j’ai développé un amour pour le classique en passant par le jazz. Parce qu’il y un parallèle avec les voicings et les harmonies, il y a comme un lien qui se fait naturellement.
Olivier Godin : Il y a des liens entre le jazz et la musique baroque. Souvent, les chanteurs, quand ils chantaient leurs airs d’opéra, quand ils reprenaient la deuxième fois, ils ne chantaient pas la même mélodie. C’est un petit peu la même structure, la musique baroque, par exemple. C’est une basse chiffrée, une basse qui accompagne une mélodie. Puis la mélodie, elle a été faite une fois, puis après ça, on improvise sur cette mélodie-là, donc c’est un petit peu les mêmes fondements au départ que la musique de jazz. Évidemment, ça a évolué différemment, mais beaucoup de similarités.
Claude Thibault : Puis le jazz est souvent associé à des petites salles plutôt intimes, sans prétention et enfumées (mais aujourd’hui il n’y a plus de fumée). Comment ça se vit dans cette salle qui a toute une acoustique, comment se vit l’expérience de jazz dans ce type de salle-là ?
Olivier Godin : Je dirais qu’on a une expérience qui est très différente justement des clubs de jazz ou des bars de jazz, parce que on prend notre verre de vin ou notre bière avant le concert, dans le foyer de la salle. D’ailleurs, quand les gens viennent, on est là, on discute avec eux. Et après, on monte à la salle pour le concert de jazz et le concert se fait vraiment dans une attitude d’écoute. On est assis comme dans un concert classique, donc vraiment, la qualité d’écoute de la musique est vraiment différente de ce qu’on peut avoir dans un club de jazz. Mais là, on est dans un cadre vraiment différent, avec une qualité d’écoute. Donc, on a cette intimité-là aussi avec ce qui se passe sur scène, parce que la salle a l’air grande, mais elle n’est pas tant que ça, elle a 460 places.
Claude Thibault : Aimerais-tu ajouter quelque chose ?
Olivier Godin : Bien, je dirais, que vous aimiez ou que vous n’aimiez pas le jazz, Tentez l’expérience, parce que c’est vraiment quelque chose qui est…Il y en a vraiment pour tous les goûts. Puis la salle Bourgie, c’est ouvert aux connaisseurs, aux gens qui viennent là pour un truc très précis, très particulier, mais c’est aussi ouvert à tous ceux qui sont curieux et qui veulent venir apprécier un concert, passer un bon moment aussi, parce que dans les soirées de jazz, dans les soirées classiques aussi, on passe habituellement de très bons moments ensemble. Puis n’hésitez pas à venir nous voir quand on est là, ma collègue Caroline-Louis aussi. On est toujours heureux de jaser avec les gens, de discuter avec le public.
Claude Thibault : Absolument, je te remercie infiniment et j’ai très hâte d’aller découvrir tous ces artistes-là. On va sûrement en parler sur Sortiesjazznights un peu plus dans les mois à venir. Je te remercie infiniment, je te souhaite une excellente journée et une belle saison.
Olivier Godin : Merci beaucoup, Claude.
Entrevue : Olivier Godin
Salle Bourgie du MBAM
Les 5 à 7 jazz + Les Grands Concerts Jazz
8 octobre 2026 au 6 mai 2027
Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal
1339, rue Sherbrooke Ouest
514 285-2000, poste 1
Ariane Racicot Trio – Danser avec le feu @ Bourgie (25 sept 2025)

